Comme la plupart d’entre vous, j’ai été choqué et surpris de voir la violence envahir les rues de plusieurs villes au Mexique, suite à l’assassinat d’un important chef de cartel de drogue. Les membres de son gang ont bloqué des rues et mis le feu à plusieurs voitures, semant sur leur passage chaos et peur. Rien de bien réjouissant, vous me direz.
Mais je crois que ce qui m’a encore plus frappé, ce sont les personnes qui filmaient le tout. Et je ne parle pas ici d’un cameraman d’une chaîne d’information ou d’un vidéojournaliste qui fait son boulot. Non. Je parle de monsieur et madame tout le monde. Du touriste en bermuda fleuri qui s’est adonné à être là et qui a dégainé son cellulaire pour faire un clip percutant.
Je ne compte plus le nombre de vidéos où j’ai vu des gens qui sont près des voitures en flammes au coin d’une rue qui n’est clairement pas sécurisée par les forces de l’ordre. Trop près. Tellement proche qu’on se dit que leurs sourcils ne doivent pas avoir survécu à la chaleur qui se dégageait de la carcasse de la voiture.
Ils sont là et filment le tout comme s’il était ben relaxent dans un jardin de fleurs et de papillons. Des vidéos où on voit l’armée descendre d’un camion, mitraillettes prêtes à faire feu, et courir dans les rues. Et Micheline est là sur le trottoir à documenter le tout comme si c’était une parade du Carnaval de Rio.
Je ne suis pas devin, mais je me dis que si quinze soldats débarquent dans le coin, ce n’est certainement pas parce que c’est la pause casse-croûte et qu’ils ont une furieuse envie d’un guacamole et d’une cerveza. Dégage de là, Micheline.
D’innombrables Québécois qui vivent au Mexique et qui se filment dans le milieu de la rue avec en arrière-plan des colonnes épaisses de fumée qui sont clairement dans la rue voisine. Tout ça pour nous rassurer avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles: «Il n’y a pas de problème. Tout va bien. Venez pareil. N’annulez pas vos vacances pour ça.».
Je comprends Robert que tu as un resto de poutine au centre-ville de Puerto Vallarta et qui tu ne veux pas que les affaires tombent en miettes de fromage en grains, mais non, je ne ferais pas comme si rien ne se passait. Comme si tout était ben chill. Je sais bien que tout ça va se tasser, mais pour le moment, on ne peut pas faire comme si ça ne pétait pas de partout.
On dirait que depuis qu’on sait qu’on peut avoir nos quinze minutes de gloire sur la toile virtuelle, la peur a quitté notre corps. La sonnette d’alarme intégrée à notre cerveau qui s’activait au moindre danger imminent s’est tue. Elle a pris congé pour un temps indéfini.
Notre envie d’être le plus près du danger et de capter les images les plus folles surpasse notre résonnement. Notre protection. Comme si on était dans une production hollywoodienne et qu’on filmait une scène d’un film catastrophe. Parce qu’on filme, ce n’est pas vrai. Le réel danger n’existe plus.
Ça devient même une compétition. La personne à côté de moi s’approche plus près du feu? Je vais faire un pas de plus qu’elle. Toujours vouloir être celui ou celle qui devance l’autre. Repousser la limite au maximum pour prouver quoi? Je ne sais pas. Pour être reconnu comme celui qui a frôlé la mort du plus près possible?
Je sais bien que les gens qui ont filmé ces vidéos au Mexique ne sont pas morts. Mais reste que si une voiture explose près de moi, mon premier réflexe devrait être de fuir et me protéger et non pas de sortir mon cellulaire pour avoir les images les plus «insanes» du web.
J’entendais cet homme en entrevue dire qu’il avait été tabassé par des membres d’un gang dans une station-service parce qu’il avait commencé à les filmer. Hello champion. Tu t’attendais à quoi? Qu’ils prennent une pause coquine devant ta caméra?
On est malheureusement de plus en plus inconscient face au danger. Le problème, c’est que l’ours qu’on filme de trop proche dans une forêt, lui, il n’a pas perdu ses instincts de base. Contrairement à nous, il sait ce qu’il doit faire dans cette situation : nous manger.
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