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L’opportunité libérale

«Pour que les libéraux saisissent cette opportunité, plusieurs conditions devront être réunies», dit notre collaborateur, qui en voit «trois déterminantes».

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Chronique Victor Henriquez Noovo Info 23 12 2025 (Montage Noovo Info et La Presse canadienne)

En chinois, le mot crise, wéiji, se compose de deux idéogrammes. Le premier, wéi, signifie danger. Le second, ji, signifie l’opportunité. Cette symbolique rappelle qu’une crise peut devenir une occasion de renouveau, à condition d’être bien comprise et bien gérée.

Dans le cas du Parti libéral du Québec (PLQ), la démission de Pablo Rodriguez est venue clore un mois complet de remises en question, de rumeurs et d’informations fragmentaires. Elle ne règle pas tout. Elle ouvre toutefois une fenêtre stratégique rare. Celle de tenter un changement réel de chef et de positionnement.

Il faut le rappeler, depuis juin 2025, le ciment n’a jamais vraiment pris entre le PLQ, son nouveau chef, son entourage et le caucus.

Pour que les libéraux saisissent cette opportunité, plusieurs conditions devront être réunies. J’en vois trois qui me paraissent déterminantes.

Être indépendant du passé

Il y a six mois à peine, l’absence d’expérience politique était perçue comme un handicap majeur, et probablement comme l’un des facteurs ayant coûté la victoire à Charles Millard. Or, en politique, six mois représentent une éternité. Les débats et les crises du dernier mois en sont la démonstration la plus claire.

Le candidat à la direction du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, prend la parole lors d'un point de presse alors que le caucus du Parti libéral du Québec se réunit à Gatineau, au Québec, le mardi 3 septembre 2024. Alors candidat à la direction du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, prend la parole lors d'un point de presse alors que le caucus se réunit à Gatineau, au Québec, le mardi 3 septembre 2024. (Justin Tang / La Presse Canadienne)

Aujourd’hui, ne pas avoir d’historique au sein du PLQ ni même dans d’autres formations politiques devient paradoxalement l’une des plus grandes qualités d’un aspirant chef. Certes, le manque d’expérience peut alimenter des doutes sur le niveau de préparation à devenir premier ministre du Québec. Il peut aussi compliquer la capacité à attirer des candidats vedettes ou des personnalités déjà reconnues.

Cependant, le poids du passé libéral, sa culture organisationnelle et la perception négative qui y est associée exigent une rupture franche. Dans ce contexte, une forme de virginité politique devient un atout stratégique. Elle permet de crédibiliser le discours du renouveau et de couper avec des réflexes qui ont éloigné une partie de l’électorat.

Cap sur l’économie

Deuxième condition essentielle, un véritable profil économique. L’histoire électorale du PLQ est sans équivoque. Les libéraux gagnent lorsqu’ils dominent le terrain de l’économie et de la gestion des finances publiques. Avec un déficit de 14 milliards, le contexte actuel devrait théoriquement leur être favorable.

Or, ils ne disposent pas, à l’heure actuelle, d’un porte-étendard économique clairement identifié. Leur dernier chef n’incarnait pas cette dimension. La situation actuelle leur offre donc l’occasion de se repositionner et d’aller chercher un chef capable de ramener le débat sur leur terrain de prédilection.

Une vision économique claire, une crédibilité difficilement attaquable et des propositions concrètes sur le coût de la vie et la création de richesse permettraient aux libéraux de retrouver un narratif cohérent.

Parler d’économie pour faire oublier le financement. Une formule éprouvée, qui a de réelles chances de fonctionner si elle est bien incarnée.

La défense du français

On aura beau parler de santé ou d’économie, la question de la protection du français et de l’identité sera au cœur de la prochaine campagne. Deux partis en ont fait une priorité structurante. Les libéraux ne peuvent espérer reprendre le pouvoir sans rassurer l’électorat francophone.

Accusés depuis des années de ne pas défendre suffisamment la langue française, ils devront aller bien au-delà d’un simple exercice de communication. Il leur faudra une position claire, assumée et incarnée. Un chef francophone, issu des régions et sensible aux inquiétudes linguistiques des Québécois, devient essentiel pour recréer un lien avec l’électorat qui décide des résultats électoraux.

Au-delà de ces conditions, il faudra aussi des circonstances favorables, des erreurs de la part des adversaires, des candidatures solides et une actualité propice pour que l’aiguille commence réellement à bouger. Toutefois, si le prochain chef parvient à incarner un renouveau crédible, le PLQ pourrait faire oublier la crise du dernier mois.

Il appartient maintenant aux libéraux de faire le bon choix en 2026 pour que les Québécois recommencent à écouter, et peut-être à croire en leurs propositions et en leur option.