Il y a de ces événements sociaux qui nous permettent de jauger de la limite intellectuelle de ceux qui nous entourent. On voit tout de suite qui trouvait les cours de philo futiles.
Lundi en fin de soirée, un groupe qui s’appelle les Robins des Ruelles a dévalisé l’épicerie Metro sur la rue Laurier pour redistribuer les denrées alimentaires à la communauté dans le besoin de ce quartier gentrifié.
Le bénéfice net de Metro a atteint 1,0195 milliard cette année. L’inflation du panier alimentaire coûtera 1000$ de plus par famille, soit plus de 17 500$ pour se nourrir. Le salaire du président de Metro se situe autour de 6,1 millions de dollars, environ 14,1 millions pour ses cinq hauts dirigeants.
Il y en aura toujours pour plaider la criminalité de l’acte, sans avoir la capacité intellectuelle de reconnaître que les lois ne sont que des règles coercives pour régir la société et sa culture d’oppression. Et rien ne sert de leur expliquer qu’elles n’ont rien à voir avec le bien et le mal.
Une société capitaliste repose sur une croissance économique infinie dans laquelle on exacerbe les inégalités alimentaires en offrant de la nourriture saine et de qualité, inabordables et dispendieuses, et on offre à des prix abordables des produits transformés, mais nocifs pour l’environnement et la santé.
Cette offre inéquitable s’aggrave d’elle-même en réduisant le pouvoir d’achat des populations vulnérables, leur faisant subir des inflations sur les produits de bases, exacerbant à la fois leurs enjeux de santé et la crise environnementale.
Dans une société capitaliste, la destruction humaine est consentie par l’accumulation de richesse.
À ceux-là qui voudront casser du sucre sur le dos des Robins des bois du Plateau, j’aimerais leur dire que oui, bien sûr, voler c’est mal.
Seulement, il y a une distinction claire entre les règles morales et celles crées par les Hommes. Faut cesser de limiter notre esprit critique ainsi. Et puis, je ne crois pas qu’il n’y ait aucune prétention du système judiciaire d’institutionnaliser la morale. La désobéissance civile a toujours été un moyen puissant de prise de conscience collective, forçant parfois un changement social et législatif.
J’ignore pourquoi, si ce n’est le privilège de classe permettant à certains êtres de dénoncer un vol en vertu de sa criminalité, avant de reconnaître les failles d’un système l’ayant poussé à se produire.
La transgression des règles est parfois l’acte le plus humain, sensé et légitime qui soit. Et plaider devant nous le respect des lois ne fait pas de vous une meilleure personne, peut-être tout juste… un être simpliste.

