La politique ne prendra pas de pause cet été. Normal me direz-vous, il y a une élection générale cet automne et l’été fait office de précampagne. Mais est-ce vraiment normal ? Qu’est-il advenu de la « norme » ?
J’ai passé une dizaine d’années sur la colline parlementaire à Québec (2012-2022), avec quelques pauses. La politique est une drogue dure, ça peut prendre quelques tentatives avant de réussir à en décrocher. Durant l’un de ces hiatus, alors que je travaillais dans le secteur privé, j’ai commencé à « chroniquer ».
Matthieu Boivin, alors responsable des pages opinion du Journal, m’offrait un blogue. C’est ainsi que tout a commencé et de fil en aiguille, je me suis retrouvée avec quelques tribunes. J’ai par la suite rechuté en 2020, avec l’arrivée de la pandémie. Je suis retournée travailler en cabinet pendant deux autres années. Tout ça pour dire que ça va faire 7 ans que j’ai démarré ma petite carrière de chroniqueuse politique, et plus de 15 ans que je gravite autour de l’univers de la politique québécoise.
Durant ces années, j’ai vu plusieurs évolutions, certains de l’ordre du progrès, d’autres du recul. Mais en prenant le temps de m’arrêter quelques instants pour analyser un des aspects qui a, à mon avis, beaucoup changé, je me rends compte que la politique prend véritablement moins de pauses qu’avant.
Il y a quelques années, l’été était tranquille.
On disait: les gens n’ont pas envie d’entendre parler de politique. Ils veulent se baigner, manger du BBQ et aller camper.
Nourrir la bête
L’arrivée de la télévision en continu est souvent pointée comme un moment qui a eu des impacts importants sur la façon dont on gère, couvre, traite et présente l’information.
Ajoutons aussi que l’essor des réseaux sociaux et des médias numériques a certainement multiplié les plateformes et les occasions de communiquer. En plus des communiqués et des conférences de presse, les politiciens doivent nourrir différents canaux et veulent parler directement aux électeurs. Ils y présentent aussi tout un pan de leur vie (professionnelle ou même personnelle) dans l’envers du décor.
L’été devient donc une occasion de communiquer du travail de terrain, les boutiques, les festivals, les vacances… Alors que traditionnellement, tout ralentissait après la fête nationale, je remarque que la communication politique, elle, se poursuit au moins jusqu’aux vacances de la construction.
Été 2025 : pas de pause
Certes, cet été est une période préélectorale. On s’y attend. Mais y a-t-il eu un ralentissement l’été dernier ?
Le gouvernement Legault a décidé de déclencher une élection partielle dans Arthabaska, à la suite du départ d’Éric Lefebvre. Une campagne en plein pendant les vacances de la construction avec un scrutin le 11 août. En plus de l’attention normale qu’une élection partielle peut susciter, le chef conservateur Éric Duhaime décide de se lancer, et le PQ y présente un visage connu en la personne du morning man de Radio-Canada à Québec, Alex Boissonneault.
François Legault avait également choisi d’annoncer très à l’avance un remaniement ministériel. Ce qui a aussi donné l’occasion à tout un chacun de spéculer et de surveiller tous les faits et gestes des caquistes.
L’été dernier, j’avais une chronique quotidienne à la radio… je craignais de manquer de jus, ce fut le contraire.
Sur la scène fédérale, le nouveau premier ministre Mark Carney n’avait pas l’intention non plus de prendre de pause. Et comme la machine médiatique aime la nouveauté, et qu’il y avait du stock en masse à couvrir, nous n’avons pas manqué de sujets !
La politique américaine
On couvre énormément la politique américaine au Québec. Certains trouvent d’ailleurs que c’est trop.
Alors que l’été 2025 était généreux en sujets à couvrir, avec les tarifs, les menaces d’annexion, les actions et réactions de Mark Carney, l’annulation de la taxe Netflix, etc., etc., on peut remonter à l’été 2024 et constater que les primaires américaines nous ont occupés tout l’été ! Pas mal de gens parlent du coup de théâtre du remplacement de Joe Biden par Kamala Harris en plein mois de juillet…
Cette idée selon laquelle la politique prend une pause en été semble désormais morte et enterrée… preuve en est que j’écris cette chronique le 1er juillet.
Décidément, il ne reste qu’entre les 24 décembre et 2 janvier où on a véritablement une pause politique ! Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre… mais est-ce que les gens sont à l’écoute ? Ça reste à voir…
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