C’est dans sa circonscription de Louis-Hébert, entourée de collègues, famille et amis, que Geneviève Guilbault a choisi d’annoncer sa fin de parcours à la CAQ. Cette annonce dimanche matin met fin à toute spéculation concernant sa participation à une course à la direction.
Geneviève Guilbault s’est présentée sereine, souriante et bien entourée. Elle s’est permise de lire une allocution, ce qu’elle ne faisait jamais. La redoutable communicatrice n’a jamais eu besoin de ses notes pour s’adresser aux journalistes et aux Québécois, mais elle souhaitait ne rien oublier dans ce discours pour lequel elle a pesé chaque mot.
La décennie Guilbault
Tout débute par la démission de Sam Hamad dans Louis-Hébert. À la recherche d’un plan B après le retrait de Normand Sauvageau, la CAQ y présente Geneviève Guilbault, une ancienne employée politique libérale et porte-parole pour le bureau du coroner. Cette victoire dans Louis-Hébert mettra fin à une longue série de mauvaises nouvelles et de défaites pour François Legault. C’est le début de la séquence qui mènera la CAQ au pouvoir un an plus tard.
En 2018, elle est nommée ministre de la Sécurité publique, ministre responsable de la Capitale-Nationale et vice-première ministre.
Comme ministre de la Sécurité publique, elle déploie l’utilisation des bracelets antirapprochements pour les cas de violence conjugale. Mais c’est surtout la gestion de la pandémie qui marquera son premier mandat. Alors que le rôle de vice-première ministre a toujours été symbolique, Guilbault a joué un rôle prédominant, remplaçant notamment M. Legault une journée sur deux à l’Assemblée nationale.
Le deuxième mandat sera plus difficile, alors qu’elle est nommée ministre des Transports. Dès son arrivée, la crise à la SAAQ provoque une vaste gestion de crise. La commission Gallant, deux ans plus tard, ne sera pas tendre avec elle. Le rapport doit sortir en février et on sait déjà qu’elle sera blâmée. Cette réalité a sans doute joué dans la décision qu’elle a annoncé dimanche matin. Bien qu’il serait surprenant qu’elle soit la grande coupable du fiasco (juste la chronologie démontre qu’elle ne peut pas être à l’origine du problème), la crise politique qui s’en est suivie aura contribué à «user» la star politique.
L’annulation du projet de troisième lien est également un moment «usant» pour elle. Alors qu’en avril 2023, on l’envoie tirer la plogue, pile de cartables et données à l’appui, le premier ministre changera d’idée à la suite de la défaite dans l’élection partielle de Jean-Talon. Ce tango a brisé le lien de confiance entre la CAQ et la population… et la crédibilité de Geneviève Guilbault, prise pour défendre de nouveau le projet, s’en retrouve lourdement affectée.
Les classiques raisons familiales
Néanmoins, Geneviève Guilbault jure qu’elle a pris cette décision «personnelle» il y a un moment déjà. Elle indique que tout cela n’a rien à voir avec l’actualité, les sondages ou tout autre élément (hum hum rapport Gallant).
«Le plus important c’est d’être heureux», évoquant l’importance de sa famille dans sa vie. Cette famille, elle la mettait généreusement en scène dans ses nombreuses publications sur les médias sociaux.
Qu’on soit d’accord ou non avec l’utilisation qu’elle faisait de ses médias sociaux, qui lui ont créé quelques problèmes aussi au fil des ans, elle aura contribué à normaliser la parentalité en politique. Faire campagne enceinte n’est pas banal. Elle avait d’ailleurs fait l’objet de critiques à l’époque: «Comment pourra-t-elle vraiment s’occuper de Louis-Hébert?», disaient malheureusement certains. Elle a démontré qu’on pouvait concilier les deux.
Une telle décision professionnelle est toujours composée d’un ensemble de facteurs. Les sondages et le potentiel manque d’appuis pour la suite ont aussi eu raison de ses ambitions dont la Une du magazine L’Actualité témoignait en 2024. «Jusqu’où ira Geneviève Guilbault?», pouvait-on y lire.
Geneviève Guilbault est allée très loin et très haut. Elle termine cette course chez elle. Gageons qu’elle ne disparaitra pas complètement de nos vies… et n’excluons pas un retour un jour.

