Sauver la troisième voie. Tel est le mandat auquel aspirent les deux candidats déclarés à la course à la chefferie de la Coalition Avenir Québec, Bernard Drainville et Christine Fréchette.
En effet, au cours de la fin de semaine, les aspirants caquistes au titre de premier et première ministre ont tour à tour annoncé leurs intentions, l’un par vidéo samedi, l’autre lors d’une conférence de presse dimanche.
Faisons ensemble le tour de ces annonces et tentons d’y voir ce que les deux candidatures ont à offrir.
L’ADN caquiste. Nationalisme et économie
Dans les deux cas, les mêmes mots reviennent et s’entrecroisent. Économie et nationalisme. Il est clair que le message de François Legault sur l’ADN de la CAQ a été bien intégré dans leurs allocutions respectives. Aucune des candidatures ne cherche à s’en écarter. La CAQ se définit comme un parti fondamentalement nationaliste pour qui l’économie demeure une priorité.
Cependant, au cours des dernières années, la CAQ a eu de la difficulté à maintenir son image de parti économique auprès du grand public. D’abord, avec les échecs de Northvolt et de Lion Électrique, l’image d’un parti de gens d’affaires à succès a laissé place à celle d’un gouvernement interventionniste ayant investi au mauvais endroit avec des fonds publics. Ensuite, le scandale SAAQClic est venu fragiliser le discours sur la saine gestion des finances publiques, miné par un projet de transformation numérique hors de contrôle.
Ressources naturelles et efficacité
Il n’est donc pas surprenant de voir les deux candidatures se positionner sur ce terrain. À cet égard, Mme Fréchette a choisi d’illustrer l’importance de l’économie en lançant sa candidature dans une PME de sa région natale. Sur cette question, sa crédibilité est indéniable, construite à la fois sur son parcours professionnel et sur sa dernière année comme remplaçante de Pierre Fitzgibbon au ministère de l’Économie.
Dans son discours, elle a mis de l’avant le terroir de la richesse québécoise, l’énergie éolienne en Gaspésie, le bois au Saguenay, les minerais en Abitibi-Témiscamingue, s’éloignant quelque peu des seules filières dites d’avenir pour revenir à des richesses bien connues des Québécois.
Du côté de Bernard Drainville, le positionnement est tout aussi clair. Diplômé de la London School of Economics, il possède les connaissances pour aborder les enjeux économiques, même s’il n’est pas reconnu pour cet aspect dans le grand public. Son discours révèle toutefois des éléments intéressants sur sa vision, notamment en matière de développement régional.
«Nos régions, c’est notre énergie, nos ressources et notre territoire. Elles donnent beaucoup au Québec et elles méritent un juste retour. C’est pour ça qu’on a besoin d’un gouvernement économique.» Il a également mis une forte emphase sur la nécessité d’améliorer l’efficacité de l’État, affirmant que les Québécois paient déjà suffisamment d’impôts. Une vision cohérente avec le travail qu’il a mené comme ministre de l’Environnement et qui trouvera un écho auprès de ceux ayant apprécié le virage à droite de l’automne dernier.
Nationalisme et autonomisme
L’autre pilier de la vision caquiste constitue un élément central des discours des deux candidats. Sur cet aspect, la position de Bernard Drainville est bien connue. Père de la première Charte des valeurs, il a choisi de mettre moins d’emphase sur ce thème dans son annonce, tout en réaffirmant son attachement à l’affirmation de la langue, de la culture, de l’histoire et des valeurs du Québec. Bref, la tarte aux pommes. Des sujets qui font consensus au sein des troupes caquistes et auprès d’une majorité de l’électorat.
Mme Fréchette est allée plus loin, notamment en s’attaquant frontalement à l’idée d’un référendum. En se déclarant ouvertement autonomiste, elle mise sur l’obtention de davantage de pouvoirs pour le Québec.
En affirmant que «haïr le Canada n’est pas un projet de société» et que «c’est le pire moment en 50 ans pour tenir un référendum», elle s’oppose clairement à la vision du Parti Québécois et défend une approche pragmatique, résolument anti-référendaire. Un positionnement qui pourrait même rallier certains électeurs libéraux ou conservateurs.
Style, forme et stratégie
Là où les visions divergent le plus pour l’instant, c’est dans le style et la forme des annonces. Bernard Drainville a opté pour une stratégie de forte visibilité, avec une vidéo vue près de 200 000 fois et une première entrevue à Tout le monde en parle.
Le discours du représentant du «vrai monde» s’inscrit parfaitement dans cette approche. La contribution de son fils, Lambert Drainville, qui s’est démarqué récemment comme influenceur politique sur les réseaux sociaux, n’est probablement pas étrangère à cette stratégie particulièrement efficace en matière de portée.
Mme Fréchette, pour sa part, a choisi une formule plus classique avec une conférence de presse tenue dans une usine. Les médias ont largement relayé l’annonce tout au long de la journée, mais la portée sera sans doute plus limitée.
Ce choix correspond à un style plus conventionnel, qui a toutefois l’avantage de mettre en valeur ses appuis parmi les députés et de produire des images fortes et structurantes.
Cette course n’en est qu’à ses débuts, mais elle offre déjà de nombreux éléments de réflexion. Elle oppose deux candidatures expérimentées au discours structuré et aux idées claires. Les deux aspirants devront maintenant relever un double défi pour sauver la troisième voie : convaincre les membres de leur parti qu’ils pourront poursuivre la mission de leur parti tout en incarnant un renouveau crédible et une différence dans le discours public.
Les prochains mois diront si ce défi d’équilibriste est possible.
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