Le court règne de Pablo Rodriguez au Parti libéral du Québec est maintenant terminé. Est-ce qu’un changement de leadership peut sauver les libéraux de leur torpeur?
Le court terme, le long terme et le Parti libéral
Les études électorales mettent l’accent sur le fait que le choix électoral repose sur des facteurs dits de «court» terme et d’autres de «long» terme.
Le long terme renvoie à des clivages historiques – sociaux, linguistiques, régionaux ou religieux – qui opposent des groupes politiques rivaux et à des valeurs profondes (telles que la question nationale, la vision du rôle de l’État, etc.). La clé est que ces facteurs changent peu, ou très lentement, à travers le temps.
Le court terme réfère à des facteurs beaucoup plus variables: les enjeux du moment, le ton de la couverture médiatique, l’image des chefs, etc.
La démission de Pablo Rodriguez pourra soulager les libéraux quant à l’image de leur leader et également sur les enjeux à l’ordre du jour (l’éthique et la corruption).
Mais le changement de leadership pourrait avoir un impact positif relativement limité, car le problème du PLQ se situe davantage au niveau long terme, voire structurel.
Changement de leadership, même culture
Le Parti libéral a été régulièrement pris dans des histoires de corruptions alléguées et des manquements éthiques. Et les conséquences électorales en sont importantes.
Pensons à la fin de l’ère Charest, qui n’est pas si lointaine.
Or, on se retrouve aujourd’hui devant des problèmes de perceptions très similaires, bien que l’on soit une petite décennie et trois leaders (Couillard, Anglade et Rodriguez) plus tard.
Il semble assez clair que, peu importe les faits, le Parti libéral du Québec soit marqué au fer (rouge!) par une perception très négative de leur gestion de l’éthique et de la corruption.
Difficile de croire qu’un nouveau leadership changera cette image.
Les libéraux: un repoussoir pour les francophones
Pour pouvoir aspirer à former le gouvernement, les libéraux doivent sortir de la région de Montréal. Ils y sont pourtant confinés parce qu’ils n’arrivent pas à reconquérir l’électorat francophone essentiel pour être compétitif dans le reste du Québec.
Les positions des libéraux sur les facteurs structuraux importants, comme l’immigration, la langue ou encore la laïcité sont à mille lieues du positionnement de l’électorat francophone.
C’est tout particulièrement le cas pour l’enjeu de la langue, où la défense de français n’est pas un enjeu prioritaire pour les libéraux. Pourtant, il est clair que de plus en plus de Québécois et de Québécoises considèrent que le français est menacé et que les libéraux ne sont pas assez nationalistes à cet égard pour l’électorat québécois.
L’épouvantail du référendum ne fonctionne plus
Par le passé, la menace d’un référendum a été une carte très utile pour les libéraux pour convaincre, par la peur, les francophones de voter pour eux.
Cette carte fonctionne dans une certaine mesure. Mais bien moins efficacement que par le passé, selon toute vraisemblance.
La personne qui remplacera Pablo Rodriguez à la tête du PLQ va assurément continuer de brandir l’épouvantail du référendum (ce terrible exercice démocratique où on demande aux citoyens et aux citoyennes de se prononcer sur leur avenir). Mais cette tactique risque d’être moins efficace aujourd’hui.
Un pan important de l’électorat (presque tous ceux qui ont moins de 50 ans) n’a pas vécu de campagne référendaire n’ont aucun traumatisme ou aversion face à ce processus.
Un repositionnement stratégique?
Les libéraux doivent donc se trouver une identité autre que d’être le parti anti-référendum.
Il serait toutefois audacieux de croire que les libéraux parviendront à se retrouver en phase avec l’électorat francophone avant l’élection d’octobre prochain, car cela nécessiterait d’adopter des positions nationalistes sur plusieurs enjeux, dont la langue et l’immigration.
Pourquoi est-ce si difficile à imaginer? Premièrement, la députation libérale, à quelques exceptions près, n’est tout simplement pas nationaliste. Deuxièmement, le même constat s’applique aux membres. Troisièmement, le passé est contraignant pour l’avenir: les libéraux ont tellement été à l’offensive sur certaines mesures phares, souvent avalisées par une majorité écrasante de francophones, qu’ils renieraient leur travail parlementaire récent s’il en avait à se réorienter.
Un joker lors d’une course?
Rien n’est impossible en politique, mais pour l’instant, Karl Blackburn et Charles Milliard n’ont pas, lors de leur campagne précédente, amorcé un repositionnement permettant aux libéraux de reconquérir les francophones.
Inspiré par le reste de la famille libérale, le PLQ espère un scénario à la Mark Carney. Mais il est possible que le dénouement soit plutôt celui d’un scénario à la Michael Ignatieff.

