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Fonds de pension et morale

Les fonds de pension canadiens, ainsi que nos grandes banques, soutiennent diverses entreprises-amies de l’ICE à hauteur de… 35 milliards américains.

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Chronique Me Frédéric Bérard | «Fonds de pension et morale» (Image tirée de l'Associated Press et montage Noovo Info) Chronique Me Frédéric Bérard | «Fonds de pension et morale» (Image tirée de l'Associated Press et montage Noovo Info) (The Associated Press)

Dans les studios du 98,5, ce week-end, entre nos deux chroniques respectives, Christian Dufour me rappelait, un brin taquin, comment j’aimais la morale davantage que la politique. Traduction libre: que j’analyse et commente la dynamique partisane sans trop d’égards au pragmatisme ou au réel, mais bien à partir de paradigmes humanistes style curé.

Dufour a parfaitement raison, l’étiquette me plaisant bien, d’ailleurs. Et je le dis sans ironie ou sarcasme. Parce que s’il s’avère classique, voire confortable, d’analyser la joute à la manière descriptive d’une partie d’échecs, reste qu’il relève du ressort du chroniqueur, du moins à mon sens, de rappeler l’indéfendable, de s’objecter aux ignominies du pouvoir ou de sonner l’alarme quant au feu ayant pris d’assaut la grange des droits fondamentaux.

Je m’épate ainsi, quasi quotidiennement, de constater la fluidité médiatique avec laquelle se déplace la fenêtre d’Overton, devenue solarium. Comment l’inacceptable d’hier sera-t-il enfoui sous le banal d’aujourd’hui? Un exemple parmi (trop) d’autres : en juillet dernier, Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU, faisait la preuve que notre Caisse de dépôt et placement encourage, minimalement ou implicitement, les atrocités génocidaires de Gaza en cumulant des investissements de 27,4 milliards à même 76 entreprises «complices des crimes d’Israël en Palestine».

Plaidant d’abondant: «Alors que leurs avions, bulldozers et autres équipements servent directement à la mise en œuvre du génocide à Gaza, ces compagnies choisissent de maintenir, voire d’accroître leurs contrats avec Israël. C’est notre responsabilité commune de sortir cet argent que gère la Caisse des crimes en Palestine».

La réaction médiatico-politique?

On s’en crisse.

Un tel sort semble manifestement réservé à une nouvelle plus récente, aux allures similaires: une enquête menée par l’OSBL Stand.earth et publiée le 30 mars dernier, explique que les fonds de pension canadiens, ainsi que nos grandes banques, soutiennent diverses entreprises-amies de l’ICE à hauteur de… 35 milliards américains. Du change. La manière de procéder est multiple: prêts, obligations, investissements directs.

L’une desdites entreprises, Palantir, assure à la milice trumpiste les technologies utiles à la localisation d’individus aux fins de leur détention et, sous réserve d’une mort préalable, de leur expulsion.

OPINION | L’ICE n’est pas une police; une police, ça respecte la loi Il faut arrêter de dire que les agents de l’immigration de Donald Trump (ICE) sont une police.

Outre la liste des banques complices, sur laquelle figure d’ailleurs le Mouvement Desjardins, on retrouve également quelques fonds de pension publics.

Le plus investi, sans mauvais jeu de mots?

Le régime de pensions du Canada (RPC).

Le deuxième?

Ben oui.

Notre Caisse.

Encore.

Interrogé quant à la manœuvre, le ministre fédéral responsable du RPC, François-Philippe Champagne, y va d’un classique « il appartient à ses institutions de décider de manière autonome de la manière dont elles investissent leurs fonds ».

Bien entendu. C’est cool, quand même, la reddition de comptes.

Expositif dans l’âme, Monsieur le ministre poursuit en ajoutant qu’Ottawa s’attarde actuellement à «créer un profil d’investissement national attractif et à attirer davantage d’investissements privés dans le pays».

On cherche encore le lien, mais qu’importe.

Faut dire, remarquez bien, que le gouvernement fédéral aime bien, de son côté, subventionner ou refiler des contrats aux copains du ICE.

Palantir, par exemple.

Et sinon, les réactions de la Caisse de dépôt et du ministre québécois des Finances, sur les révélations (troublantes) de Stand.earth ?

Rien.

Ils attendent toujours la question.

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