Je n’aime jamais dire que le sort en est jeté quand j’analyse la politique durant une campagne électorale. D’abord parce que personne n’est à l’abri d’imprévus, de rebondissements et de revirements majeurs, mais aussi par respect pour les électeurs. Il est facile d’influencer le vote en y allant de grandes certitudes définitives. Je ne suis pas dans cette business-là. J’analyse, mais je ne décrète rien.
Alors je l’affirme prudemment: le Jell-O est en train de prendre.
Changer de saveur est toujours possible, mais ça prendrait une grosse affaire! Si le débat de demain se déroule à peu près comme les deux premiers, et qu’il n’y a rien de majeur qui survient, ce sera difficile de voir une autre issue que celle qui se dessine: un gouvernement péquiste. Reste à voir s’il sera majoritaire ou non.
Les débats constituent un moment fort d’une campagne électorale, surtout que cette élection se déroule sous le signe du morcellement politique et de l’imprévisibilité.
Il y a les débats comme tels, mais il y a par la suite «le débat sur le débat», c’est-à-dire ce que diront les médias et la façon dont les partis vont réussir à tourner à leur avantage ce qui s’y est passé. Si PSPP et Duhaime ont été perçus comme les gagnants par beaucoup de gens, et que Milliard et Ghazal n’ont pas mal fait, ce fut plus difficile pour Christine Fréchette.
Qui a gagné?
Alors, les observateurs de la scène politique avaient bien hâte de constater des effets sur les intentions de vote.
Dans le sondage Pallas rendu public lundi, les intentions de vote n’ont pas énormément bougé. Alors que le PQ demeure premier, la CAQ et les libéraux se chicanent la deuxième place, le PCQ garde solidement son petit bloc concentré à Québec et QS ferme la marche.
La trajectoire de l’élection n’est pas drastiquement modifiée à première vue, mais certaines données ont de quoi inquiéter la CAQ.
Par exemple, à la question « qui ferait le meilleur premier ministre », c’est le chef péquiste qui remporte la course avec 29 %, Milliard arrive deuxième à 19 %, et Fréchette obtient 16 %, soit sept points de moins depuis le dernier sondage Pallas.
Les électeurs âgés se détournent de la CAQ
Après un bon départ de campagne (lancement assez réussi, juste après l’entente de Churchill Falls et une annonce à la Davie, conjuguées avec l’arrivée de nouveaux tarifs), l’effet s’est rapidement estompé pour la première ministre.
À mi-campagne et durant les débats, Fréchette a beaucoup exploité la stratégie de brandir l’épouvantail référendaire à chaque occasion. Selon les sondages publiés, ça ne semble pas donner de fruits. Pire encore, lorsqu’elle s’est fait retourner la question contre elle, ses hésitations ont eu le don de projeter une image peu flatteuse. Avec le bilan de la CAQ qui n’est pas facile à porter, Mme Fréchette n’avait pas une grande marge de manœuvre pour convaincre.
Mais malgré tout, depuis le début de la campagne, la CAQ pouvait s’encourager en portant son regard sur l’électorat plus âgé qui semblait davantage conquis à l’« Équipe Christine Fréchette ». Ce n’est plus vrai aujourd’hui, alors que le PQ est désormais à égalité statistique avec elle dans cette tranche d’âge, selon le sondage Pallas rendu public hier.
Si la victoire semble devenir hors de portée, Mme Fréchette a aussi la lourde responsabilité de pérenniser la CAQ, alors que le fondateur de la formation politique autonomiste a quitté le printemps dernier et qu’à l’époque, on projetait sa disparition.
Notons ici que les 22 sièges qui sont projetés pour l’instant pour la CAQ selon les agrégateurs représentent un gain inespéré pour un parti qui devait n’en gagner aucun il y a quelques mois. Mais cette défaite honorable, si c’est ce qui se produit, est une défaite quand même. Voyons voir comment elle utilisera le dernier grand rendez-vous avec les électeurs, le débat de demain, pour tenter de faire bouger les choses.
Les régions clés tournent au bleu
Ce qui rend le Jell-O un peu plus mou, c’est qu’il y a beaucoup de luttes serrées pour lesquelles il est difficile de prévoir l’issue.
Je termine donc cette chronique sur quelques luttes régionales qui feront foi d’une majorité ou d’une minorité le 5 octobre au soir.
Le 450 constitue un terrain de jeu autant imprévisible que déterminant. Le PQ est présentement en avance dans les couronnes avec plus de 30 % des intentions de vote dans le dernier Segma, tout comme dans le Pallas.
Dans la région de Québec, on a cru percevoir un come back de la CAQ avant les débats, mais le PCQ semble avoir repris le dessus. Est-ce que QS et la CAQ seront en mesure de sauver des comtés? À suivre.
Une autre région intéressante à surveiller est l’Estrie. Non seulement rien n’est gagné pour le chef libéral, Charles Milliard, mais les conservateurs peuvent même rêver à y faire une percée. Dans mon temps, l’Estrie c’était très libéral. Leur performance dans cette région fera foi de l’état du parti.
Ah oui et une dernière chose: les taux de participation aussi joueront dans l’issue de cette élection. Et c’est notamment pour cette raison que je n’affirme jamais rien. Le vrai sondage sera le 5 octobre.
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