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Bitcoin: un krach qui remet la crypto à sa place

Ce repli de 47% n’est pas seulement spectaculaire. Il est révélateur.

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Chronique Fabien Major | «Bitcoin: un krach qui remet la crypto à sa place» (Crédits: banque d'images Envato) Chronique Fabien Major | «Bitcoin: un krach qui remet la crypto à sa place» (Crédits: banque d'images Envato) (Banque d'images Envato)

En octobre 2025, Bitcoin a inscrit un sommet historique au-delà de 125 000 $ US. Depuis le début de février 2026, il s’échange entre 66 000 et 70 000$ US, après une séquence de baisse marquée, sur fond de stress «risk-off» et de liquidations de positions spéculatives.

Ce repli de 47% n’est pas seulement spectaculaire. Il est révélateur.

Parce qu’il met à l’épreuve, en conditions réelles, quatre promesses qu’on colle souvent au Bitcoin — parfois avec une conviction religieuse:

Le Bitcoin serait un «actif refuge»

Un actif refuge, ce n’est pas «ce qui monte fort». Un refuge ne perd pas près de la moitié de sa valeur en quelques semaines.

C’est ce qui protège quand le reste brûle.

Or, la baisse récente s’inscrit précisément dans un épisode où les marchés ont vendu ce qui est perçu comme risqué — technos, leviers, spéculation — et Bitcoin et ses milliers de clones cryptos ont été entraînés dans la même dynamique.

Il y a des chercheurs qui résument bien cette nuance : Bitcoin peut parfois réagir à certains chocs inflationnistes… sans pour autant se comporter comme une valeur refuge au sens classique.

Une «protection contre l’inflation»

Oui, il existe de la recherche empirique suggérant que Bitcoin peut réagir positivement à des surprises d’inflation (selon périodes, méthodologies et variables).

Mais attention au glissement marketing.

Une couverture n’a pas besoin de monter tous les mois. Mais une couverture ne devrait pas, non plus, se comporter comme un actif à très forte corrélation avec la bourse, au point de faire vaciller le capital sur des horizons courts.

En clair, «une protection contre l’inflation» ne veut pas dire «stabilité». Et ce n’est pas parce qu’un actif peut parfois protéger contre certains chocs qu’il devient automatiquement un bouclier universel.

«Diversification face aux actions méga-cap»?

Depuis 2020, la corrélation est souvent significative, comme les traces d’un skieur dans la neige.

Pendant des années, on a vendu Bitcoin comme un «actif non corrélé».Puis, il s’est institutionnalisé, s’est financiarisé… et il a commencé à respirer au même rythme que les actifs risqués, souvent proches des dynamiques tech/Nasdaq.

Le CME Group note justement que la relation de Bitcoin avec les indices boursiers a changé, avec des périodes de corrélation plus positives depuis 2020, notamment vis-à-vis du S&P 500 et du Nasdaq-100.

Et quand on regarde les épisodes de stress récents, le narratif «décorrélé» devient difficile à défendre au quotidien: dans la baisse actuelle, plusieurs analyses médiatiques relient explicitement la pression sur Bitcoin à la même vague de vente qui touche les actifs «à risque élevé», techno comprise.

La diversification, ce n’est pas un mot magique.C’est un comportement mesurable — surtout quand ça brasse.

Un «actif sûr pour la liquidité d’entreprise»?

C’est là que ça devient dangereux.

La liquidité d’entreprise, c’est la capacité de payer: salaires, fournisseurs, loyers, inventaires, service de dette. On ne gère pas ça comme un portefeuille «croissance» d’un investisseur très tolérant au risque. Rappelons-nous l’épisode de Jean Coutu avec le papier commercial en 2009.

Anecdote éclairante: Tesla avait accepté Bitcoin comme moyen de paiement, puis a suspendu cette pratique en mai 2021, en citant notamment des préoccupations environnementales liées au minage. Ce revirement avait rappelé une réalité: même quand une entreprise «adopte» Bitcoin, la décision peut être fragile, sujette aux contraintes réputationnelles, réglementaires, ESG… et à la volatilité.

Aujourd’hui encore, l’actualité montre à quel point la détention de Bitcoin peut amplifier la volatilité perçue autour d’entreprises exposées à la crypto, au moment où le marché corrige.

Les Québécois de plus en plus endettés: la carte de crédit est «un outil de survie» en 2026 Les Québécois sont de plus en plus serrés dans leurs finances, notamment en raison du prix du panier d’épicerie et de la hausse des loyers. Et cette situation se fait sentir à l’échelle nationale chez les syndics autorisés en insolvabilité.

Des mythes qui ont la couenne dure

Il y a deux autres mythes qui méritent une mise à jour.

«Bitcoin est anonyme.» Non. Bitcoin n’est plus totalement anonyme, et ce n’est pas une opinion: c’est un fait opérationnel.

L’exemple le plus connu: après l’attaque ransomware de Colonial Pipeline, le Département de la Justice américain a annoncé la saisie de 63,7 bitcoins liés à la rançon. Traduction: la traçabilité on-chain, les erreurs opérationnelles, les échanges centralisés (KYC), et les capacités d’enquête font que «l’anonymat garanti» est un récit du passé, du moins pour une grande partie des usages.

Même l’idée que «Bitcoin est un catalyseur de croissance rapide assurée» doit être reléguée aux oubliettes.

Bitcoin a connu des phases d’ascension fulgurante, oui.Mais la période 2025-2026 rappelle qu’il peut aussi subir des replis majeurs, rapidement, et parfois sans déclencheur unique, juste par effet de levier, d’avidité, puis de capitulation des investisseurs en manque de liquidité.

La croissance «assurée», ça n’existe pas. Encore moins quand le prix dépend autant du positionnement spéculatif et des conditions de liquidité.

Bitcoin peut avoir une place comme actif TRÈS spéculatif (assumé)ou comme exposition opportuniste (dimensionnée). La crypto peut constituer une portion non essentielle du patrimoine, c’est-à-dire celle qu’on peut voir fluctuer sans mettre en péril ses projets.

Bitcoin n’est pas inutile… mais il n’est pas ce qu’on prétend trop souvent.

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Fabien Major

Fabien Major

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Planificateur et chroniqueur financier