Le coup de tonnerre — et c’en est un bon — résonne encore, et pour cause: pour la première fois depuis la Seconde guerre, un parti d’extrême-droite, que plusieurs considèrent d’inspiration nazi, vient de s’assurer un succès historique dans un land de ce qui fut l’Allemagne de l’est. Une victoire qui, si la tendance se maintient, en annonce d’autres, davantage d’importance.
Si la panique morale s’empare maintenant de l’Europe raisonnable, les fossoyeurs de démocratie, eux, s’en donnent à cœur joie: la percée de l’AfD, de nous dire le candidat à la présidentielle française, Éric Zemmour, constitue une «heure de vérité, que les vrais responsables sont ceux qui ont traité comme un délit ce que les peuples éprouvaient comme une évidence: le désir de demeurer soi-même.» Même son de cloche chez son ancien employeur CNews, où les Pascal Praud et Mathieu Bock-Côté glosaient, pour les mêmes motifs, de justification similaire.
Au concert de la réhabilitation, se joint un musicien de taille: Washington. Alors que son vice-président, J.D. Vance, exhorte les partis de «mettre fin au pare-feu et de collaborer avec l’AfD», l’ineffable Elon Musk appuie littéralement ce dernier, mettant sa chef en vedette sur sa plate-forme X, participant aux congrès des membres et, peu après avoir lui-même procédé au sinistre salut nazi, enjoint le peuple allemand «d’être fier» et de «soutenir l’AfD, la seule à pouvoir sauver l’Allemagne», ainsi que de «cesser la culpabilisation pour les erreurs passées.» Une suggestion, sans surprise, déjà prévue au programme du parti, notamment à ce qui a trait à l’enseignement scolaire.
Deux questions, maintenant, qui tarabustent.
La classique, d’abord: mais qu’est-ce qui peut bien influencer une nation — particulièrement celle ayant tenu le premier rôle du pire film d’horreur de l’Histoire — à considérer un remake, même édulcoré? Parce que si l’Allemagne a reçu une vague migratoire historique au milieu des années 2010, la tendance est, depuis 2024, nettement inversée: les soldes migratoires diminuent d’environ 35 % annuellement, idem pour les demandes d’asile. Au niveau de ses acolytes européens, globalement, les chiffres d’Eurostat de février témoignent, là encore, de baisse drastique.
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Quelle justification, alors, à cette inexorable montée de l’extrême droite? Ma thèse: la manipulation médiatique de quelques empires privés, érigeant l’anecdote en doctrine sociologique, martelant la théorie conspirationniste et raciste du «Grand remplacement», hurlant à la «submersion migratoire» et à «l’incompatibilité civilisationnelle» entre musulmans et Occident. Peu importe les statistiques à l’effet contraire, on insistera, aidé par-là par des politiciens populistes ou ouvertement xénophobes, sur la pression provoquée par l’immigration sur les services publics, notamment l’éducation et la santé, ou encore sur le logement. Rien de mieux, comme catalyseur de l’extrême droite, que la frustration et l’insécurité des masses.
La deuxième question, maintenant: doit-on sérieusement craindre un retour à l’idéologie nazie, véhiculée en l’espèce par l’AfD, ou s’agit-il, plutôt, de traits d’exagération pistonnés par l’insatiable mafia woke?
À vous de juger:
- Le chef du parti en 2018, Alexander Gauland, affirme qu’Adolf Hitler et son troisième Reich n’avaient été qu’une «fiente d’oiseau» dans une histoire germanique millénaire;
- L’un de ses deux présidents dans le Land de Thuringe, Björn Höcke, a été récemment condamné, à deux reprises, pour avoir délibérément utilisé, à des moments distincts, un slogan nazi. Il a également qualifié le mémorial de l’Holocauste, à Berlin, de «monument de la honte»;
- Sa cofondatrice, Frauke Petry, a déjà proposé que «les gardes-frontières allemands puissent faire feu sur les immigrants»;
- Christian Lüth, porte-parole du groupe parlementaire du parti en 2020, déclare que «les réfugiés devraient être abattus ou gazés»;
- Des slogans électoraux comme «L’islam ne fait pas partie de l’Allemagne», «Les bikinis, pas les burqas», ou encore des affiches référant à une famille où les deux parents exercent le salut nazi, en guise de toit de maison, ou des tracts électoraux représentants des billets d’avion aller simple, sur lesquels on avait inscrit des noms à consonance non allemande;
- Sortir les élèves en situation de handicap, même physique, des écoles régulières;
- Idem pour les enfants d’immigrants, à qui on refuse l’enseignement de l’Allemand, eux qui devront de toute façon quitter le territoire, après les déportations de masse prévues;
- En plus des réfugiés et autres immigrants en situation irrégulière, on parle de déporter les citoyens allemands naturalisés, mais jugés «non assimilés», de quoi rappeler la Loi sur la citoyenneté du Reich de 1935, privant les Juifs allemands de leur citoyenneté en fonction du «sang»;
- Une référence constante à l’immigration massive et au «Grand remplacement» de la nation allemand, dont une affiche électorale montrant une femme blanche enceinte affirmant «Nouveaux Allemands? Nous les ferons nous-mêmes»;
- Interdire la circoncision;
Un retour à l’ignominie, donc, et pas tant subreptice ni subtil.
Il s’en trouvera, néanmoins, pour plaider que nous sommes loin, en l’espèce, des chambres à gaz.
Comme si celles-ci avaient été, publiquement, annoncées par Adolf et ses copains.
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