Chaque printemps, les bacs de dons destinés aux organismes de bienfaisance connaissent un fort achalandage, alors que le ménage de printemps et la saison de déménagement battent successivement leur plein. Mais la bonne volonté des donateurs se transforme parfois en véritable nuisance pour les organismes...
Des vêtements sont abandonnés à l’extérieur des cloches, exposés aux intempéries ou même volés. Ce sont alors les organismes qui doivent nettoyer ces dépotoirs éphémères à leurs frais.
Au centre de tri de Renaissance, les dons arrivent en continu. Mais près de 50 % des articles ne peuvent pas être revendus. «Les trieurs évaluent un item à la fois, visuellement, pour vérifier s’il est en bon état, si la fermeture éclair fonctionne, s’il est propre», explique Marie-France Dumont, directrice principale des communications marketing et affaires publiques .
Les vêtements laissés à l’extérieur d’un bac — même à quelques centimètres de l’ouverture — sont souvent inutilisables. «Les objets à l’extérieur sont exposés aux intempéries. Des systèmes de cuisine peuvent écraser des vêtements, les abîmer. On ne peut plus rien en faire», prévient Mme Dumont.
Même son de cloche chez La Collecte, un autre organisme bien implanté au Québec. «On perd entre 15 et 20 % des matières. Ce sont des articles irrécupérables, souillés, ou mouillés. Ça nous coûte de l’argent pour les jeter», dit Benoît Tessier, directeur marketing et communications.
Un exemple frappant: La Collecte a récemment retiré un bac à Brossard, dans un stationnement commercial, à cause de dépôts illégaux répétés.
«Des gens déposaient n’importe quoi, n’importe quand. Il n’y avait pas de surveillance. Malgré nos interventions régulières, les propriétaires en ont eu assez et nous ont demandé de partir»
«Il y a même des vols. Des gens essaient de rentrer dans les conteneurs, font un tri eux-mêmes, prennent ce qui les intéresse et laissent le reste. On a déjà retrouvé des personnes coincées à l’intérieur», ajoute-t-il.
La décision de retirer ce lieu de collecte est crève-coeur pour l’organisme, qui compte sur ces conteneurs pour générer les revenus qui financent sa mission: « Quand on en perd un, c’est moins d’argent pour des programmes comme ceux de Grands Frères Grandes Sœurs.»
Et la situation risque de se détériorer...
Certaines villes réduisent leur soutien financier, rendant le maintien des cloches de dons encore plus difficile.
Les deux organismes insistent: la meilleure façon de donner, c’est de déposer les dons à l’intérieur des bacs ou, mieux encore, directement dans un centre.
Renaissance compte 27 centres de dons au Québec. «Les gens peuvent déposer leurs dons dans les cloches mais c’est sûr que nous, on incite les gens à venir davantage dans nos centres de dons parce qu'on est capable vraiment de préserver la qualité du produit pour une meilleure qualité des dons», insiste Mme Dumont.
En 2023, l’organisme a détourné 30 000 tonnes de matières des sites d’enfouissement et vise à doubler ce chiffre d’ici 2030.
De son côté, La Collecte offre un service de cueillette à domicile, parfois même à vélo, et un code QR apposé sur leurs bacs permet de localiser les points de dépôt les plus proches.
Voyez le reportage de Joy Benyamin.