Une tragédie, c’est difficile, voire impossible à oublier, et c’est parfois mieux ainsi. 30 ans après le déluge du Saguenay, un drame qui a fait 10 victimes et des milliers de sinistrés, la douleur est toujours présente chez les survivants. Plusieurs parlent tout de même du «devoir de mémoire».
Jason Paquet-Garceau avait 5 ans en juillet 1996. Il a perdu son frère et sa sœur lors du déluge. Mathieu et Andréa ont été emportés par un éboulement qui a enseveli la maison familiale à La Baie.

Encore aujourd’hui, Jason ne parle pas de guérison complète lorsqu’il parle du drame, mais bien de «reconstruction».
«Il y a une citation qui dit “Quand tu traverses l’enfer, continue d’avancer.” Si tu t’arrêtes, c’est là que tu vas couler», a-t-il partagé à Noovo Info.
Jason raconte son histoire dans un livre qui paraîtra bientôt : Entre chaos et lumière – Un devoir de mémoire. «Il a fallu que je reparte de zéro. Ça a été un cheminement libérateur [...]. Je voulais que ça apporte du bien aux gens. Je voulais que ça ait un sens, que la mort de mon frère et de ma sœur ne soit pas arrivée pour rien», a-t-il confié.
«On a tout perdu»
Le journaliste sportif Mikaël Lalancette a aussi vécu le déluge du Saguenay de très près alors qu’il a vu la maison familiale être détruite et qu’il a perdu l’un de ses bons amis, Mathieu Paquet-Garceau, le frère de Jason.
Mikaël avait alors 10 ans.
«Dans la nuit du 19 au 20 juillet 1996, on nous a demandé d’évacuer la maison parce que la rivière était sortie de son lit, l’eau était entrée dans le sous-sol», s’est-il remémoré.

Mikaël raconte que sa famille et lui étaient partis les mains vides, convaincus qu’ils rentreraient à la maison dans les prochaines heures ou dès le lendemain.
Ce que la famille de Mikaël ignorait, c’est qu’il y avait eu un déficit d’entretien sur le barrage et quand les autorités ont voulu l’ouvrir, elles n’ont jamais été capables de le faire.
«Le lac a monté, monté, monté, et une fois trop plein, il s’est carrément vidé d’un seul coup. Ça a été une vague absolument incroyable», a raconté Mikaël.
La maison de la famille Lalancette a été emportée par les eaux le lendemain soir. «À 20 h 54, on a tout perdu.»
Mikaël confie que sur le coup, la situation a été difficile pour sa famille et lui. «Tu fais la file pour aller chercher un bon de la Croix-Rouge pour manger, pour te rhabiller. Il me restait mon pyjama sur le dos, il ne me restait plus rien.»
Mikaël a lui aussi raconté son histoire dans un livre en 2021 pour souligner les 25 ans de la tragédie. «Ce que je souhaite, c’est qu’on n’oublie pas ceux que nous avons perdus dans cet événement. La résilience, les leçons du passé, je souhaite qu’on s’en souvienne.»

