Santé

EXCLUSIF | Deux amies du même CHSLD meurent après des chutes à quelques jours d’intervalle

Raymonde Asselin et Rolande Audet auraient été poussées par d’autres résidents. Le Bureau du coroner déclenche des enquêtes.

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EXCLUSIF | Deux amies meurent après des chutes dans le même CHSLD à quelques jours d’intervalle Le Bureau du coroner déclenche des enquêtes sur les tragiques événements.

«Les chats et les chiens, je crois qu’ils sont encore mieux traités [que nos aînés].»

Le cri du cœur de Claudia Fortin, dont la mère a perdu la vie à la suite de blessures causées par une chute dans un CHSLD, résonne à travers les murs de sa maison, où Noovo Info la rencontre.

Le 10 décembre dernier, les vies de Claudia, de sa mère et de ses proches ont basculé. Raymonde Asselin, 91 ans, aurait alors été poussée par un résident ou une résidente de l’unité du CHSLD de la Colline, où elle vivait depuis près de deux ans, à Chicoutimi-Nord.

La chute mène à deux fractures à la hanche, puis à des soins de confort et à son décès, deux jours plus tard.

«J’étais sous le choc», confie Claudia, qui soutient que sa mère était en parfaite santé physique, malgré son âge vénérable.

«Je ne m’attendais pas à ça.»

—  Claudia Fortin, fille de Raymonde Asselin, décédée après une chute au CHSLD de la Colline
Claudia Fortin fille de Raymonde Asselin 8 janvier 2026 Claudia Fortin, fille de Raymonde Asselin. (Noovo Info)

Ce n’est pas le seul drame qui se serait déroulé entre les murs de ce CHSLD au cours des dernières semaines.

Quelques jours auparavant, le 29 novembre, Rolande Audet, une amie de Mme Asselin, aurait aussi été poussée par un résident, selon sa famille.

Même scénario: la hanche de la femme de 87 ans n’a pas supporté la chute. Le 2 décembre, elle a rendu l’âme, à l’hôpital de Chicoutimi.

Le bureau du coroner a confirmé à Noovo Info mener deux enquêtes pour faire la lumière sur ces événements. C’est Me Andrée Kronström qui est responsable des dossiers.

Un manque de surveillance?

Les deux amies vivaient sur l’unité D2 du CHSLD de la Colline avec dix autres aînés souffrant de troubles cognitifs, comme elles.

Les femmes souffraient toutes deux d’un début d’Alzheimer, alors que Mme Asselin faisait également de la démence.

À moins de deux semaines d’intervalle, elles ont rendu l’âme.

La situation se serait dégradée dans les derniers mois avec l’arrivée de nouveaux résidents dans le département où séjournaient les deux femmes.

Les familles des victimes déplorent un manque de surveillance et un manque de personnel dans l’unité.

«Les préposés [aux bénéficiaires], quand ils vont changer ceux qui ont besoin d’avoir “la mise en nuit”, les dix autres personnes restent seules», décrit Claudia Fortin. «C’est ce qui est arrivé au moment de la chute de ma mère et ça, c’est inconcevable.»

Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean a précisé à Noovo Info que deux préposés aux bénéficiaires s’occupent de 12 résidents le jour et le soir et que ce chiffre diminue à un préposé la nuit.

À ce personnel s’ajoutent une infirmière et une infirmière auxiliaire.

La famille de la seconde victime, Rolande Audet, a confié à Noovo Info que sa mère disait avoir tout le temps peur et souhaitait quitter cette résidence.

Mme Audet aurait subi de la violence physique de la part de résidents, dès son arrivée il y a un an. D’autres aînés seraient rentrés à répétition dans sa chambre sans son consentement, elle aurait aussi reçu un café au visage.

D’ailleurs, la famille aurait fait la demande pour déménager leur mère, tout comme les proches de Mme Raymonde Asselin.

Un historique sombre au CHSLD de la Colline

C’est une tuile de plus qui s’abat sur le CHSLD de la Colline.

D’après les informations du Quotidien, un homme y aurait également perdu la vie lors d’une chute en décembre 2023.

Sans compter que l’établissement est celui comptant le plus haut bilan de morts au Saguenay-Lac-Saint-Jean pendant le pic de la pandémie avec 21 décès.

Le silence du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean

Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean a décliné nos demandes d’entrevue, expliquant ce refus par les enquêtes du coroner en cours.

Par voie écrite, l’organisation a mentionné que «sur l’unité concernée, des mesures supplémentaires ont été mises en place au cours de l’automne, incluant une vigilance accrue afin de renforcer la sécurité et la protection des personnes».

Il nous a été impossible d’avoir davantage de précisions sur la nature desdites mesures appliquées.