Le prix de l’essence a connu un sursaut, jeudi, dans plusieurs régions canadiennes, dont Montréal, alors que les plus récents développements des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine ravivent les craintes de perturbations de l’approvisionnement en pétrole.
Le vice-président pour l’est du Canada de l’Association canadienne des carburants, Carol Montreuil, évoque «une crise historique» qui a débuté l’hiver dernier avec le conflit entre les États-Unis et l’Iran.
Après les espoirs, maintes fois déçus, d’une trêve entre l’administration Trump et l’Iran, les investisseurs réalisent que les vents contraires vont perdurer.
«Ce qu’on observe présentement, c’est un retour où le marché, essentiellement, reconnaît toute la gravité de la situation qu’ont vit», résume-t-il en entrevue.
Dans la métropole, la moyenne du prix de l’essence a grimpé à 2,07 $/l, jeudi avant-midi, selon des données de la Régie de l’énergie du Québec. C’est une augmentation de 0,07 $, ou 3,5 %, en une seule journée.
À la fin février, avant les frappes américaines et israéliennes en Iran, le prix moyen à la pompe dépassait de peu la barre du 1,50 $/l.
Les avancées des rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, dans la mer Rouge compliquent encore plus les exportations de pétrole de l’Arabie saoudite. Ce n’est plus que la circulation dans le détroit d’Ormuz qui est perturbée, mais également celle dans le détroit de Bab el-Mandeb, souligne M. Montreuil.
Les frappes de l’Ukraine contre des raffineries russes ajoutent également de la pression sur les marchés mondiaux.
Ces frappes sont préoccupantes, particulièrement pour le diesel utilisé par les véhicules lourds et le chauffage, estime le président de l’association Canadians for Affordable Energy, Dan McTeague, en entrevue.
«Il y a seulement trois pays qui sont de grands exportateurs de diesel, les États-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite», souligne-t-il.
La pression sur le marché risque de s’accentuer alors que la demande devrait augmenter durant la saison froide.
Or, le prix du diesel est déjà en forte hausse. «Le prix ont plus que doublé depuis un an», souligne M. McTeague en citant l’exemple du diesel aux États-Unis.
Le prix du diesel a un effet sur l’économie. Il s’agit d’un intrant important pour des industries, comme le transport de marchandises et l’agriculture.
Les gouvernements n’auront pas le choix de trouver des solutions, croit M. McTeague. «On est dans une situation périlleuse.»
D’autres régions épargnées
La ville de Québec était relativement épargnée pour le moment, jeudi en avant-midi. Les prix sont restés relativement stables, tandis que les stations-service ont plutôt réduit leurs marges bénéficiaires, selon les données de la Régie de l’énergie.
La marge au détail dans la région de la Capitale-Nationale a reculé de 8,7 ¢/l, mercredi, à 2,6 ¢/l, selon les données de la Régie de l’énergie.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la différence entre deux régions, comme la concurrence dans les marchés locaux, les marges de la raffinerie qui approvisionnent le marché en question ainsi que les taxes des municipalités et des provinces, résume M. Montreuil.
Il invite à ne pas tirer de conclusions pour les résultats d’une seule journée. «Il faut éviter de le faire sur quelques jours, surtout en période de grande volatilité.»
Montréal n’est toutefois pas l’exception. Les prix à la pompe ont connu un sursaut dans plusieurs régions du Canada.
Aux États-Unis, l’American Automobile Association fait état d’une hausse du prix de 0,16 $ US le gallon en une semaine, dans son suivi des prix de jeudi.
Attendre avant de faire le plein?
Les automobilistes québécois devraient patienter un peu avant de faire le plein, suggère Dan McTeague de l’association Canadians for Affordable Energy, en entrevue.
M. McTeague, qui fait des prévisions quotidiennes sur le prix de l’énergie, s’attend à ce que les prix reculent de 0,10 $/l à Montréal et à Québec, notamment. «L’essentiel, ici, c’est de ne pas faire le plein aujourd’hui, mais d’attendre à demain», conseille-t-il.
Il attribue cette prévision au passage vers l’essence d’hiver, qui est moins coûteux que l’essence d’été, dont la composition est différente pour des raisons environnementales.
M. Montreuil concède que ce changement peut parfois entraîner une réduction de prix, mais il souligne que le contexte est volatil et que plusieurs variables entrent en ligne de compte.
«Évidemment, avec les hausses importantes qu’on vit depuis des mois, tout le monde va être d’accord pour dire que ce n’est pas le changement aux essences d’hiver qui va faire une immense différence», ajoute M. Montreuil.

