Les différentes initiatives politiques pour lutter contre la flambée des prix du gazole sont des solutions de court terme, or le marché de ce carburant incontournable va rester tendu en 2027, a averti l’AIE mercredi, craignant d’importantes conséquences économiques.
Les prix records du diesel ont déjà «de larges répercussions économiques, en augmentant le coût des biens et en pesant sur le revenu réel des ménages, l’activité économique et l’inflation», a observé l’organisation chargée de travailler à la sécurité de l’approvisionnement énergétique mondial.
Ils sont aussi inflammables politiquement, au point que le président américain Donald Trump a signé vendredi un accord contesté avec la Russie afin de relâcher immédiatement sur les marchés américains et mondiaux 300 000 tonnes de diesel russe (2,2 millions de barils), soit un peu plus de la moitié d’un jour de consommation américaine.
En France, le premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le déstockage à partir de novembre de 10 millions de barils de gazole, visant à faire baisser les prix à la pompe en France.
Mais les difficultés sur le marché mondial sont parties pour durer, avertit l’AIE mercredi. Même si les pays membres du G7 ont eux aussi affiché récemment leur volontarisme pour «accélérer le déstockage de volumes» d’hydrocarbures, et notamment de diesel, le marché fait face à des problèmes structurels.
Dans la région du Golfe, les exportations d’hydrocarbures et notamment de produits raffinés sont perturbées depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran, fin février, et que ce dernier a réagi en bloquant les flux d’hydrocarbures empruntant le détroit d’Ormuz.
Les exportations de pétrole brut ont depuis repris des niveaux significatifs, mais celles de produits raffinés demeurent perturbées.
En outre, les infrastructures énergétiques sont de plus en plus ciblées ces derniers mois dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine, notamment les raffineries de la Russie qui est un très important producteur de diesel.
«Cette situation a privé les marchés mondiaux du gazole de réserves essentielles à l’approche de la période de pointe de la demande hivernale», commente l’AIE mercredi.
«Même si les taux de fonctionnement des raffineries devraient s’améliorer rapidement d’ici la fin de l’année, l’offre de gazole restera insuffisante pour satisfaire la demande au quatrième trimestre 2026».
Un carburant essentiel à l’économie
La demande mondiale de gazole est en effet «étroitement liée à l’activité économique», ce qui la rend «relativement peu sensible aux variations de prix», poursuit l’AIE.
En d’autres termes, des secteurs clés comme le transport routier, l’agriculture, la construction ou l’industrie sont très dépendants du gazole pour continuer à fonctionner, et sont donc contraints d’en acheter, même si les prix sont très élevés.
Cela risque de nourrir l’inflation des prix au-delà de celle des carburants, observable dans le monde entier.
Cette flambée des prix à la pompe a certes pour effet de limiter la demande, par exemple parce que les particuliers diffèrent ou annulent des déplacements jugés non essentiels.
Mais l’offre de diesel reste globalement inférieure à la demande pour le moment, détaille l’AIE et la reconstitution des stocks est jugée «peu probable» avant la deuxième moitié de 2027. Ce, «même si les taux de fonctionnement des raffineries devraient s’améliorer rapidement d’ici la fin de l’année».
L’AIE avertit en outre que la situation sur le marché du gazole reste dépendante d’une «reprise de l’approvisionnement en produits pétroliers en provenance du Moyen-Orient».
En cas de nouvelles perturbations, «de nouvelles réductions de la demande» pourraient devoir intervenir, avec des «coûts économiques importants», détaille l’organisation basée à Paris.
À l’heure actuelle, les exportations de pétrole brut des producteurs du Golfe, menés par l’Arabie saoudite, ont atteint «plus de 75% des niveaux d’avant-guerre», observe l’AIE, mais elle évoque un «rebond fragile» dans un contexte d’«intensification des attaques houthies dans la région en octobre».
Quant à la demande mondiale de pétrole, l’agence a revu de nouveau légèrement à la baisse son estimation pour 2026, anticipant désormais une baisse de 2,6 millions de barils par jour, soit une demande moyenne équivalente à 102,4 Mb/j sur l’année.
