Prix de l'essence

«C’est fou»: les prix de l’essence devraient rester élevés tout l’été

Les budgets et les projets de voyage de nombreux Canadiens seront affectés.

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«Pire crise énergétique de l’histoire»: l’essence bientôt à 3$ le litre? Les impacts du conflit en Iran sur le secteur pétrolier continuent à se faire ressentir. Et plus la situation perdure, plus on pourrait se rapprocher d’un point de rupture, prévient un expert.

Depuis que les prix de l’essence ont commencé à grimper en mars, Sarah Bradley se retrouve à faire la chasse aux bonnes affaires dans plusieurs supermarchés de Montréal.

«Avant, j’étais du genre à tout acheter au même endroit», explique-t-elle. «Maintenant, j’y réfléchis à deux fois. «Je me dis : “OK, est-ce que j’ai besoin de ça chez IGA ou est-ce que je peux le trouver ailleurs moins cher?”»

«C’est fou», a-t-elle dit à propos du coût du plein de son VUS Toyota RAV4 cette semaine, une dépense qui grignote d’autres postes de son budget.

En fait, Mme Bradley ne fait même pas le plein. Elle achète 12 litres pour 24,57 $ dans une station Petro-Canada où le prix vient de dépasser les 2 $ le litre. Elle prévoit de faire le reste du plein chez Costco, où elle est membre et bénéficie d’une réduction.

«Je passe beaucoup de temps sur la route et cela affecte nos choix de mode de vie, c’est certain», a expliqué la consultante.

Alors que le conflit au Moyen-Orient s’éternise et que l’offre mondiale de pétrole s’amenuise, le prix de l’essence continue de flotter près de ses plus hauts historiques, sans aucun signe de baisse avant que la saison estivale, propice aux déplacements, ne démarre véritablement — ni même avant qu’elle ne touche à sa fin.

Carney annonce une suspension temporaire de la taxe fédérale sur l’essence Le gouvernement fédéral suspendra temporairement la taxe fédérale d’accise sur l’essence et le diesel à compter du 20 avril, jusqu’au 7 septembre. Cette suspension temporaire survient alors que les cours mondiaux du pétrole restent volatils dans un contexte de tensions entre les États-Unis et l’Iran.

Selon Ressources naturelles Canada, l’essence ordinaire sans plomb coûtait en moyenne 1,98$ le litre dans tout le pays jeudi, ayant grimpé au cours de la semaine dernière pour suivre la trajectoire des prix du pétrole.

Les prix de l’essence ont atteint 1,94$ le litre à Toronto, 2,04$ à Montréal, 2,23$ à Vancouver, 1,90$ à Calgary et 1,92$ à Halifax.

«Nous sommes en terrain inconnu. Nous n’avons jamais connu une crise énergétique comme celle-ci», a mentionné Dan McTeague, président du groupe de défense Canadians for Affordable Energy. «Ce problème de pénurie va nous accompagner jusqu’à la fin de l’année.»

Même si le détroit d’Ormuz — qui achemine normalement un cinquième des produits pétroliers mondiaux — rouvre après une fermeture prolongée provoquée par l’attaque américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, il faudra des mois, voire des années, avant que les producteurs du golfe Persique puissent recommencer à produire du pétrole à pleine capacité et à l’expédier vers les raffineries pour la vente en gros et la consommation au détail.

«Le mal est fait», a indiqué M. McTeague, évoquant les frappes contre les champs pétroliers, les raffineries et les installations de gaz naturel en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis, au Koweït et en Irak.

«Nous avons épuisé toutes les réserves mondiales», a-t-il ajouté. «Il faut du temps pour les reconstituer.»

Plus de 80% du pétrole et du gaz naturel qui transitent normalement par le détroit d’Ormuz sont destinés aux marchés asiatiques. Mais les matières premières dérivées du pétrole sont cotées à l’échelle mondiale, ce qui signifie que les acheteurs du monde entier en ressentent les effets à des degrés divers.

De nombreux sites de distillation de brut ont réduit leur production, provoquant une flambée des prix. Et même après la fin des hostilités, la réparation des installations endommagées lors des attaques pourrait prendre des mois. Sur certains sites, la livraison des pièces de rechange pourrait prendre des années. Et le scepticisme des transporteurs quant à la sécurité réelle du passage par cette voie navigable pourrait empêcher le trafic de revenir à ses niveaux d’avant-guerre pendant un certain temps.

Le niveau que prendra le prix de l’essence cet été dépendra «entièrement» du fait que le détroit reste bloqué ou non, selon Patrick De Haan, responsable de l’analyse pétrolière sur le site de suivi des prix GasBuddy.com.

L’Iran écarte tout compromis après le rejet de sa proposition par Trump L’impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l’idée d’amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes «à mettre à la poubelle».

«Plus la situation perdure, plus les Canadiens risquent de limiter leurs déplacements», a-t-il avancé à propos des prix élevés de l’essence.

«Pour l’instant, je ne m’attends pas à une baisse massive de la demande», a nuancé M. De Haan. «Beaucoup de Canadiens, comme les Américains, ne veulent pas nécessairement renoncer à leurs projets de voyage estivaux simplement parce que les prix sont élevés.»

Au lieu de cela, ils pourraient essayer de réduire leurs dépenses ailleurs, selon lui.

Almoustapha Haidala est l’un de ces Canadiens qui a dû faire exactement cela, en réduisant le budget hebdomadaire de sa famille pour les courses.

«Nous allons certainement réduire nos dépenses alimentaires. Réduire nos dépenses alimentaires va affecter notre qualité de vie», a confié cet agent de sécurité montréalais, tout en faisant le plein de sa Toyota Corolla et en jetant un coup d’œil au panneau indiquant 2,01 $ le litre.

«C’est trop cher. Et cela fait grimper nos dépenses à la fin du mois, ce qui signifie que nous avons vraiment du mal financièrement à joindre les deux bouts au quotidien», a-t-il précisé.

Christopher Reynolds

Christopher Reynolds

Journaliste