Après plusieurs mois de négociations, notamment à propos du financement du tramway de Québec, le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial ont conclu une entente concernant le financement du transport collectif. Cette annonce fait partie de cinq ententes conclues en matière d’infrastructures.
Ces cinq pactes totalisent près de 10 milliards de dollars (G$) sur cinq ans.
De ce fait, la province aura droit à toutes les sommes accessibles dans le cadre du Fonds pour le transport en commun du Canada créé en 2024.
Le Québec était jusqu’à mardi la seule province qui ne bénéficiait pas de fonds, faute d’entente. Présente lors de l’annonce, la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, s’est réjouie de l’entente.
«L’annonce d’aujourd’hui était fortement attendue.»
— Catherine Fournier, mairesse de Longueuil
Pour le transport collectif, un financement de base de 1,329 G$ sera accordé sur les 10 ans de l’entente. Ce montant servira à agrandir les garages et les centres d’entretien, d’acquérir des équipements et à moderniser des stations de métro.
Quelque 4,4 G$ seront aussi accordés pour financer des projets structurants, dont le tramway de Québec. 2,75 G$ seront d’ailleurs consacrés au projet de la vieille capitale. Une liste finale des projets qui auront droit à une part de cette enveloppe sera prochainement dévoilée par Ottawa et Québec.
À noter que 459 M$ seront également octroyés pour contribuer à l’électrification du transport collectif.
En outre, à Montréal, la mairesse Soraya Martinez Ferrada tient à ce que le financement serve notamment au renforcement du transport structurant dans l’Est montréalais.
Agir «rapidement»
Les réactions provenant de divers organismes n’ont pas tardé à arriver après l’annonce des ententes. La vice-présidente de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, a indiqué que les membres de l’organisation sont «satisfaits» de voir les ententes «enfin conclues».
«Il est maintenant essentiel que ces fonds soient déployés rapidement dans des programmes qui permettent réellement aux municipalités d’agir et de planifier à long terme.»
— Geneviève Dubois, vice-présidente de l'UMQ
Pour la présidente de la Fédération canadienne des municipalités (FCM), sa présidente Rebecca Bligh a indiqué que l’organisation «soutient les investissements annoncés».
«L’annonce d’aujourd’hui montre que lorsque tous les ordres de gouvernement travaillent ensemble, la population canadienne est avantagée. En simplifiant le financement des transports collectifs et en lançant un nouveau Fonds pour le transport en commun fort pour les grands projets, nous accélérerons les mises en chantier et les projets de transport en commun», a notamment indiqué Mme Bligh dans une déclaration écrite.
Du côté de Trajectoire Québec, Maggie Harvey, directrice générale de l’organisme, a également déclaré qu’il est «impératif» que les sommes allouées le soient rapidement. «C’est un grand pas en avant, mais le rattrapage ne fait que commencer», a également écrit Mme Harvey.
La Société de transport de Montréal (STM) a qualifié le tout via le président de son conseil d’administration «d’excellente nouvelle pour le transport collectif».
Considérant l’ampleur des besoins, assurer un bon état des actifs doit être la base sur laquelle on relance le développement du transport collectif. Comme nous l’avons maintes fois démontré, les besoins en entretien sont criants dans le métro de Montréal, alors que 46 % des actifs sont jugés en mauvais ou en très mauvais état.
— Aref Salem, président du conseil d'administration de la STM
M. Salem dit également voir en l’annonce, une opportunité pour démarrer le projet de modernisation du métro de Montréal qui englobe notamment le remplacement des trains MR-73.
Finalement, la Société de transport de Lévis a affirmé accueillir «très favorablement» cette entente et a rappelé «l’importance vitale de poursuivre les démarches d’électrification des sociétés de transport en commun».
Des sommes également pour des hôpitaux et des cégeps
Trois autres ententes ont également été conclues concernant les infrastructures au Québec.
Tout d’abord, un milliard de dollars sera octroyé au gouvernement du Québec d’ici 2028-2029 afin de financer des projets de modernisation, d’agrandissement ou de constructions dans plusieurs hôpitaux à travers la province. Dans un communiqué de presse, on nomme notamment l’Hôtel-Dieu de Lévis ou encore l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.
D’ailleurs, la coalition HMR a réagi via une déclaration en parlant d’un engagement «concret envers les patients, le personnel soignant et l’ensemble de la population qui dépend de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont».
Près de 2,7 G$ seront aussi accordés d’ici 2035-2036 afin de «soutenir des infrastructures liées au logement, à l’enseignement supérieur et à des systèmes d’approvisionnement en eau potable». Selon le gouvernement, cette somme servira à construire des logements étudiants et à rénover/moderniser des cégeps et universités.
Lorsqu’on lui a demandé quand l’argent serait disponible, Mark Carney a immédiatement répondu: «C’est disponible à partir de maintenant. Mais cela dit, c’est sur une décennie. (…) Mais il n’y a pas de question de délai de l’accès à l’argent fédéral.»
Une mesure qui n’est pas électoraliste, dit Fréchette
En conférence de presse commune avec Mark Carney, Christine Fréchette a soutenu que l’annonce faite mardi n’était pas électoraliste. «Dès mon arrivée, j’ai demandé à ce qu’on accélère vraiment les discussions», a affirmé la première ministre qui a ajouté que la situation était «urgente» pour la population.
L’annonce a fait réagir l’opposition à l’Assemblée nationale alors qu’il ne reste que deux semaines de travaux parlementaires à l’approche d’une campagne électorale.
Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a affirmé que les sommes étaient nécessaires pour le transport collectif, mais qu’il ne félicitait pas la première ministre pour le fait que le Québec soit la dernière province du pays à conclure une entente sur le transport avec le fédéral.
«Est-ce que Christine Fréchette a vraiment gardé toutes les revendications que François Legault avait ou est-ce qu’on a laissé aller certains principes au niveau du fédéral qui tente de décider à notre place dans nos champs de compétences?» s’est quant à lui demandé Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois.
La co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal a quant à elle réagi sur le fait que l’annonce arrive alors qu’il ne reste que deux semaines à la session parlementaire et qu’une campagne électorale approche. Son collègue, Sol Zanetti, a affirmé que «pour avoir notre argent sans conditions», il faut faire un pays.
Finalement, Éric Duhaime du Parti conservateur du Québec a déploré que le projet du troisième lien «avance à pas de tortue» comparativement au projet du tramway qui avance «à vitesse grand V», selon lui.


