Un gouvernement St-Pierre Plamondon mettrait un terme au «fiasco financier de 200 milliards de dollars» que représente le projet de TGV fédéral afin d’utiliser les fonds à d’autres fins, notamment l’entretien des infrastructures jugées vétustes. La prise de position de la formation indépendantiste lui a valu des critiques tant des maires que des oppositions.
«À l’heure où nous sommes devant l’un des pires déficits de notre histoire au Québec et des infrastructures qui tombent en ruine, il faut faire des choix difficiles», mentionne le chef du Parti québécois (PQ) dans un long message partagé sur les réseaux sociaux mardi.
Selon l’élu, qui cite le Bloc québécois (BQ), le projet de train à grande vitesse qui doit relier Québec et Toronto devrait couter 200 milliards de dollars (G$). La part du Québec s’élèverait à 40 G$.
«Des sommes colossales que devront payer les Québécois pour plusieurs décennies», souligne le péquiste, qui évoque «le vrai problème en matière de transport collectif», soit celui de ne pas pouvoir se déplacer efficacement dans sa propre ville, «où l’offre demeure insuffisante.»
Avec l’importante somme prévue pour le Québec pour le développement du projet, M. St-Pierre Plamondon estime qu’il serait possible de rénover la quasi-totalité de nos infrastructures vétustes», comme les écoles et les autres hôpitaux mis à mal par le manque d’entretien.
Un gouvernement péquiste réclamerait qu’Ottawa verse à Québec 40 G$ «sans condition» afin de de procéder à la mise à niveau de nos infrastructures dans le besoin.
«Nous n’avons ni le luxe, ni intérêt de nous payer un train à potentiellement 200 milliards dont l’objectif premier est de répondre au désir de “nation building” et de renforcement de l’unité canadienne par le gouvernement libéral fédéral», ajoute le politicien.
De nombreuses voix se sont récemment élevées contre le tracé actuel du projet annoncé par le gouvernement Trudeau en 2025.
Selon les producteurs agricoles et acéricoles au Québec et en Ontario, le tracé pourrait porter une atteinte irréparable aux terres de milliers de producteurs agricoles.
Fortes d’une étude réalisée par trois chercheurs universitaires des HEC, de l’Université Laval et de l’Université de Waterloo, l’Union des producteurs agricoles (UPA) et les Fédérations agricoles canadienne et ontarienne réclament d’Ottawa de réexaminer le projet de TGV Alto.
Bloquer le projet «serait une grave erreur»
Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) Charles Milliard estime que ce serait une «grave erreur» pour l’économie québécoise de bloquer le projet fédéral.
Dans une réplique également adressée sur les réseaux sociaux, M. Millard avance que «le Québec a besoin de projets structurants, de création d’emplois et d’investissements dans ses régions, pas d’une politique du refus systématique.»
Ceci étant, Alto devra répondre aux nombreuses préoccupations des citoyens, particulièrement les agriculteurs. «Tourner le dos à un tel projet serait une grave erreur pour l’avenir économique du Québec», conclut le libéral.
Le maire de Québec, Bruno Marchand, n’a pas tardé à réagir après la sortie du PQ.
«Le TGV va rapprocher Québec des grands centres économiques et politiques du continent et deviendra un puissant moteur économique, comme ça a été le cas dans tous les pays du G7 avant nous», a-t-il affirmé dans une déclaration transmise à La Presse Canadienne.
«C’est un projet qui va attirer des investissements dans toutes les régions sur son parcours — et spécialement dans la Capitale nationale. Un pays se bâtit autour de grands projets, et pour les réussir, il faut se retrousser les manches pour surmonter les défis qui y sont associés au lieu de constamment repartir à zéro. On est déjà assez en retard comme ça.»
Le maire de Laval, Stéphane Boyer, a aussi signifié son appui au projet.
Dans une rare sortie publique depuis qu’il n’est plus premier ministre, François Legault a affirmé que le PQ défendait «indirectement la vache à lait d’Air Canada» en retirant le Québec du projet proposé par Ottawa.
En mêlée de presse, le ministre caquiste responsable des Infrastructures, Benoit Charette, a affirmé que son gouvernement ne cautionne pas encore le projet, mais qu’il y est intéressé.
La ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, a vanté les qualités du projet et a rappelé que les provinces n’ont pas un sou à verser dans le projet.
«Les Québécois sont “tannés” de voir qu’en France, c’est possible (de rouler en TGV), mais qu’au Québec ce n’est pas possible», a-t-elle déclaré au parlement.
Le projet de TGV, piloté par la société d’État Alto, doit relier Toronto à Québec, avec plusieurs arrêts dans des villes ontariennes et québécoises. La construction du premier segment, entre Montréal et Ottawa, doit commencer en 2029 ou 2030.
À l’heure actuelle, Alto évalue que le projet coûtera entre 60 et 90 milliards $, mais certains experts jugent que cette prévision est irréaliste.
Avec de l’information de Patrice Bergeron la Presse canadienne

