«L’assemblage de locomotives retourne au Canada!»
C’est avec enthousiasme et sous les applaudissements des employés de Via Rail que le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a annoncé un investissement de 1,95 milliard $ non seulement pour fournir 45 nouvelles locomotives à Via Rail, mais aussi pour que la plupart de celles-ci soient assemblées à Montréal.
Les locomotives elles-mêmes représentent un déboursé de 1,6 milliard $, auquel s’ajoute un montant de 357 millions $ pour la construction de nouvelles installations sur les terrains de l’actuel centre d’entretien de Via Rail dans le secteur Pointe-Saint-Charles à Montréal. La construction des nouvelles installations est déjà en cours.
Il s’agira des premières locomotives hybrides à être mises en service en Amérique du Nord. Elles seront construites par la société suisse Stadler: les neuf premières seront fabriquées à ses installations de Valence, en Espagne, avec la participation de travailleurs canadiens, et les 36 restantes seront assemblées au Canada, une fois que les travailleurs canadiens auront été formés.
Hybride diesel-batterie
Ces locomotives «permettront de réduire les émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 95 % et pourront circuler sans produire d’émissions lors de leur passage dans les centres urbains. Leurs batteries seront fournies par ABB à partir de son usine de Saint-Laurent», a précisé le ministre MacKinnon.
L’autonomie de la batterie est d’environ 300 kilomètres et elle se recharge en extirpant l’énergie du freinage, mais le représentant de Stadler, Miguel Cerda, a expliqué que «le principal objectif de la batterie n’est pas de travailler seule. (...) Le principal objectif de la batterie est de mieux faire fonctionner le moteur diesel dans le processus d’accélération, dans les demandes de puissance de pointe et aussi quand on exige zéro émissions et zéro bruit dans certaines zones urbaines.»
La première de ces nouvelles locomotives sera livrée en 2028 et sera soumise à des essais, notamment en hiver, pour être mise en service en 2029. À Montréal, l’assemblage commencera en 2030 et l’ensemble de la nouvelle flotte devrait être en service en 2033.
À l’essai dans l’hiver canadien
Le constructeur affirme que ces locomotives ont été conçues pour résister à des températures allant de -50 degrés Celsius à +50 degrés Celsius. Elles sont déjà en service dans plusieurs pays européens, notamment dans le rigoureux climat des pays scandinaves.
Ces locomotives remplaceront la flotte de Via Rail sur l’ensemble des liaisons longue distance, régionales et en régions éloignées au Canada, à l’exception du corridor Windsor-Québec, où le gouvernement fédéral prévoit la construction d’une nouvelle ligne ferroviaire à grande vitesse.
M. MacKinnon précise que cet investissement permettra de soutenir 1200 nouveaux emplois à temps plein.
Voitures: annonce «très bientôt»
Une question demeure en suspens, soit l’achat des voitures de passagers. Ni le ministre, ni le président-directeur général de Via Rail, Mathieu Paquette, n’ont voulu donner de détails sur cet achat à venir, mais M. Paquette a promis une annonce «très bientôt». Le ministre MacKinnon a tout de même laissé entendre que les wagons ne viendront pas du même fournisseur. «On a des choses à attacher du côté de l’approvisionnement des voitures, mais il est certainement possible, voire même probable, que Stadler fasse les locomotives et quelqu’un d’autre fasse les voitures.»
Interrogé sur la possibilité d’un contrat comme celui des locomotives qui exigerait un contenu canadien ou qui ferait en sorte que les voitures soient aussi construites ici, Steven MacKinnon a souligné que «nous avons un processus d’approvisionnement ici qui a été entamé avant la mise en place de notre politique achetons canadien ou acheter canadien. Évidemment, on est animé par les pressions qui s’exercent sur le front du commerce, notamment avec les États-Unis», a-t-il rappelé.
À ce sujet, il a noté que le contrat des locomotives «est un excellent exemple de collaboration canado-européen. Ici, on a un partenaire de confiance avec Stadler» dont l’intention d’assembler ici les locomotives en a fait une offre «très, très alléchante».
Problèmes de fiabilité
L’annonce n’arrive pas trop tôt. La flotte vieillissante de trains de Via Rail donne du fil à retordre à la société d’État, a reconnu M. Paquette. «On a eu certains enjeux opérationnels, on travaille fort, on a un plan d’action pour améliorer la situation», a-t-il dit.
Le ministre MacKinnon ne s’est d’ailleurs pas gêné pour critiquer le service. «Il est vrai qu’il y a des obstacles vis-à-vis l’opération fiable de Via Rail dans certains tronçons du pays, notamment là où Via Rail partage ses voies ferroviaires avec des trains à marchandises. Ça, c’est un obstacle majeur. Évidemment, dans les choses que l’on peut contrôler chez Via Rail, on s’attend à des améliorations, on s’attend à des améliorations en termes de service à la clientèle, on s’attend à des améliorations en termes de fiabilité.»
«On est là pour desservir le pays et les gens doivent pouvoir compter sur un service de train que l’on soit dans une région éloignée ou que l’on soit le long du corridor très, très achalandé. On a le droit de s’attendre à un service de train fiable.»

