Transport

Menaces de Trump: le ministre des Transports ne s’immiscera pas dans la certification des avions

La semaine dernière, M. Trump a pris pour cible Bombardier en menaçant d’immobiliser au sol et d’imposer des droits de douane sur les avions fabriqués au Canada.

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Une rangée d’avions Bombardier Global Express inachevés est visible dans une usine Bombardier à Montréal, le vendredi 5 juin 2020. Une rangée d’avions Bombardier Global Express inachevés est visible dans une usine Bombardier à Montréal, le vendredi 5 juin 2020. (Paul Chiasson/La Presse canadienne)

Le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, n’entravera pas le travail des organismes de réglementation après que le président américain Donald Trump a menacé de retirer la certification des avions construits au Canada si le gouvernement ne donnait pas son feu vert aux avions d’affaires Gulfstream.

«Je n’interfère pas dans ce processus, évidemment», a affirmé M. MacKinnon aux journalistes à Ottawa mardi, avant d’ajouter une précision. «J’ai vérifié ce processus.»

Tout en soulignant le caractère indépendant de la réglementation, il a également cherché à apaiser la tempête déclenchée dans le secteur aéronautique par l’avertissement lancé par M. Trump la semaine dernière, mentionnant avoir discuté avec les constructeurs et signalant les avantages d’une collaboration transfrontalière.

«Dans la mesure où il pouvait y avoir des ambiguïtés ou des malentendus, je pense qu’ils ont été dissipés», a-t-il indiqué.

«Nous disposons d’un système de certification des avions qui couvre toute l’Amérique du Nord. Nous entretenons une excellente coopération avec la FAA», a ajouté M. MacKinnon, en référence au bureau fédéral de l’aviation américaine.

«Cela va continuer.»

Escalade des tensions

La semaine dernière, M. Trump a pris pour cible Bombardier en menaçant d’immobiliser au sol et d’imposer des droits de douane sur les avions construits au Canada si Ottawa ne certifiait pas les avions de luxe G700 et G800 de Gulfstream, une entreprise établie en Géorgie, marquant ainsi la dernière escalade des tensions commerciales entre les deux pays.

«Nous retirons la certification de leurs Bombardier Global Express et de tous les avions fabriqués au Canada jusqu’à ce que Gulfstream, une grande entreprise américaine, soit entièrement certifiée, comme cela aurait dû être le cas il y a de nombreuses années», a déclaré M. Trump dans un message publié sur Truth Social.

Les responsables de la Maison-Blanche ont ensuite clarifié que le président faisait référence aux nouveaux avions, et non aux plus de 5400 appareils construits au Canada déjà immatriculés aux États-Unis.

Les G700 et G800 ont été certifiés aux États-Unis en 2024 et 2025, respectivement, selon le site web de Gulfstream.

Le blocage de la certification semble être lié à un problème de dégivrage dans les systèmes de carburant de Gulfstream, les régulateurs américains n’ayant accordé aux deux avions qu’une autorisation temporaire à condition que la société corrige le problème avant la fin de l’année.

Le directeur de la FAA, Bryan Bedford, n’a pas précisé s’il comptait mettre à exécution la menace de M. Trump de retirer la certification.

«Notre préoccupation est de savoir si les ressources consacrées aux produits américains sont suffisantes par rapport à celles que nous consacrons à la certification des produits étrangers, a-t-il déclaré lundi aux journalistes à Singapour. Nous voulons simplement des conditions de concurrence équitables.»

Des concurrents

Certains experts ont émis l’hypothèse que la menace de M. Trump à l’égard des avions canadiens découle de préoccupations commerciales chez General Dynamics, une société établie en Virginie qui détient Gulfstream.

Bombardier et Gulfstream sont des rivaux directs, la série Global luttant pour gagner des parts de marché face aux derniers modèles de Gulfstream.

Les avions construits au Canada comprennent les jets de luxe de Bombardier ainsi que les Twin Otters et les bombardiers à eau de De Havilland Canada, les jets monocouloirs A220 construits par le géant aérospatial français Airbus et les hélicoptères de la société texane Bell Textron.

Historiquement, les interdictions de vol imposées par les autorités de réglementation étaient strictement liées à la sécurité, comme lorsque le Boeing 737 Max 8 a été interdit de vol pendant 20 mois sous la première administration Trump.

«Une mesure menaçante prise par un organisme de réglementation de la sécurité à des fins politiques créerait un dangereux précédent dans l’industrie aérospatiale — la FAA n’a peut-être même pas le pouvoir légal d’immobiliser un avion au gré du président», a expliqué Cameron Doerksen, analyste à la Banque Nationale, dans une note adressée aux investisseurs la semaine dernière.

Entreprise dans cette dépêche: (TSX:BBD.B)

Christopher Reynolds

Christopher Reynolds

Journaliste