OTTAWA — Le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, dit avoir demandé à Alto d'étudier la possibilité d'instaurer un arrêt du train à grande vitesse (TGV) à Kingston, en Ontario.
Il a expliqué lundi qu’il donnait suite à ce qu'il a entendu lors des consultations publiques menées cette année pendant trois mois dans une vingtaine de communautés.
«Cela montre clairement qu’un tracé est préféré à un autre», a-t-il déclaré aux journalistes à Kingston, tout en soulignant qu’aucune décision définitive n’avait encore été prise.
Le projet de TGV a suscité une vive opposition dans les zones rurales de l’est de l’Ontario et à Mirabel, où ses opposants affirment que la ligne traverserait leurs propriétés et entraînerait des expropriations.
L’ajout d’un huitième arrêt sur le corridor allongerait probablement la durée du trajet et augmenterait les coûts du projet, ce qui soulève des questions quant au budget ainsi qu’aux prévisions de fréquentation et de recettes.
À ce jour, le coût est estimé entre 60 milliards $ et 90 milliards $ — et les projets ferroviaires complexes ont la réputation de dépasser largement les plafonds budgétaires initiaux.
La ligne permettrait aux trains de circuler entre Toronto et Québec sur des voies électriques vouées à cet usage à des vitesses dépassant les 300 km/h.
Alto, la société d’État chargée de superviser le projet, a indiqué que M. MacKinnon avait demandé d’élaborer un plan évaluant une option d’itinéraire sud entre Ottawa et Peterborough, en Ontario, qui inclut un «arrêt potentiel à Kingston». Cet arrêt éventuel serait relié à la gare Via Rail de cette ville.
Selon Alto, cela réduirait de près de moitié la durée du trajet entre Kingston et Toronto, la ramenant à environ 90 minutes, et permettrait à une importante partie des habitants de la région située entre Peterborough et Ottawa de rejoindre une gare en moins d’une demi-heure en voiture.
La construction de la première phase de cette ligne ferroviaire d’environ 1000 kilomètres devrait commencer en 2029 ou 2030 et relier Montréal et Ottawa. À ce jour, le gouvernement fédéral a prévu sept arrêts: Toronto, Peterborough, Ottawa, Laval, Montréal, Trois-Rivières et Québec.
Vive opposition
Le projet se heurte à l’opposition d'agriculteurs et d'habitants de zones rurales situés le long du tracé proposé, ainsi qu’à celle des conservateurs fédéraux et du Parti québécois. Ses opposants affirment que le corridor ferroviaire diviserait les communautés, entraînerait des centaines d’expropriations et n’apporterait que peu d’avantages aux populations locales, tout en coûtant des milliards de dollars aux contribuables.
À Mirabel, la population a évoqué «les séquelles laissées par les expropriations lors de la construction de l’aéroport de Mirabel dans les années 1970 afin de rappeler les répercussions multigénérationnelles à long terme que ces processus peuvent entraîner», indique le rapport de consultation d'Alto.
Des enjeux sont aussi liés au patrimoine, comme la préservation d'églises et de maisons classées à Sainte-Scholastique qui «occupent une place centrale dans la vie communautaire». Les clubs équestres de la région ont également évoqué l'importance d'assurer la sécurité des cavaliers et des chevaux.
«Je sais qu'il y a des craintes, il y a des appréhensions, mais nous allons, je pense, arriver avec un tracé qui va faire en sorte que cette peur-là soit amoindrie», a déclaré en français le ministre MacKinnon lors d’une conférence de presse.
Dans son communiqué, il assure également que ces préoccupations seront prises en compte.
«Des producteurs agricoles, des propriétaires fonciers et des communautés rurales ont soulevé des questions importantes concernant l’expropriation, les répercussions sur les terres et les activités agricoles, la question de l’accès, ainsi que les effets potentiels du projet sur leurs propriétés et leurs communautés», note-t-on.
«Ces commentaires contribuent à orienter les travaux actuels liés à la planification, à la conception et aux mesures d’atténuation.»
Au Québec, le Parti québécois, qui est toujours premier dans les sondages, a affirmé qu'il se retirerait du projet s'il était porté au pouvoir en octobre.
David Baxter, La Presse Canadienne

