Transport

La disparition de Spirit Airlines fait craindre une hausse des billets d’avion aux États-Unis

«Outre proposer des sièges peu chers, Spirit a forcé les autres compagnies à tarifer différemment.»

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Un voyageur passe devant les guichets de Spirit Airlines, recouverts de bâches, le samedi 2 mai 2026, à l'aéroport intercontinental George Bush, à Houston. (Photo AP) Un voyageur passe devant les guichets de Spirit Airlines, recouverts de bâches, le samedi 2 mai 2026, à l'aéroport intercontinental George Bush, à Houston. (Photo AP) (Lekan Oyekanmi)

La disparition de la compagnie Spirit Airlines, considérée comme une ultra low-cost (ULCC), qui a contraint la concurrence à baisser ses prix, risque d’entraîner une inflation des billets aux États-Unis, mais un complet retour en arrière paraît peu probable, estiment des experts.

Lancée en 1992, la compagnie est à l’origine d’un concept baptisé «L’Effet Spirit» en vendant des billets secs quand ses concurrentes proposaient encore des billets tout inclus (choix du siège, bagage en soute, repas, etc).

En dégroupant ces services pour permettre au passager de payer uniquement les options dont il a besoin, Spirit «a forcé le reste de l’industrie (…) à réagir à ses innovations et à ses prix bas», expliquait en 2023 le ministère de la Justice dans un document de justice.

La compagnie jouait «un rôle unique et perturbateur» dans une industrie aérienne américaine où quatre compagnies contrôlent près de 80% du marché (Delta, United, American, Southwest), ajoutait-il.

Selon lui, l’arrivée de la compagnie à la livrée jaune vif sur une liaison entraînait en moyenne une baisse immédiate de 17% des prix. Et une hausse de 30% lorsqu’elle arrêtait une desserte.

Mais avec la cessation à effet immédiat de ses activités le 2 mai, des craintes d’un rebond des prix ont émergé surtout dans un contexte de cours élevés du kérosène à cause du conflit au Moyen-Orient depuis fin février.

Le ministère américain des Transports a annoncé mercredi que la facture de kérosène pour les compagnies américaines avait bondi de 56% en mars par rapport à février et de 30% sur un an.

Jan Brueckner, professeur émérite d’économie à l’Université de Californie à Irvine, estime que les compagnies traditionnelles vont sans doute conserver leur classe tarifaire «Basic economy», créée en réaction à l’offre de Spirit, «mais elle risque d’être moins attractive» sans la pression de leur concurrent.

Pour Richard Aboulafia, directeur de la société de conseil AeroDynamic, «il ne fait pas de doute que dans certains marchés, les tarifs vont probablement augmenter».

«Trublions»

«Pendant plus d’une décennie, Spirit a joué les trublions», a commenté Richard Maslen, analyste du Centre pour l’aviation (CAPA), dans une note. «Les prix les plus bas pourraient ne pas perdurer mais la connectivité restera», a-t-il anticipé.

En effet, l’industrie dans son ensemble s’est mobilisée dès samedi pour rapatrier passagers et équipages, mais aussi pour s’engouffrer sur les dessertes les plus prometteuses.

Les compagnies low-cost comme Breeze, Avelo ou Frontier, ont été particulièrement actives, avec une politique tarifaire néanmoins moins extrême que celle de la défunte compagnie.

Toutes participent à la curée, lançant leurs services sur des liaisons désormais orphelines ou renforçant leur programme de vols sur des liaisons où elles étaient en concurrence avec Spirit.

«Spirit a joué un rôle important pour fournir des voyages bon marché à une vaste gamme de consommateurs dans une industrie dominée par quatre grandes compagnies», a commenté mardi James Dempsey, PDG de Frontier, lors d’une audioconférence avec des analystes.

Il a annoncé l’ouverture de quinze nouvelles lignes cet été et le renforcement des liaisons sur une vingtaine de routes aériennes opérées en concurrence avec Spirit.

Son directeur financier Robert Schroter s’attend, en conséquence, à une hausse de 3% à 5% du revenu par siège-mille disponible (RASM) et de 6% à 8% des capacités.

L’impact pour les passagers «va au-delà des simples perturbations immédiates», a expliqué Bradley Akubuiro, de la société de conseil Bully Pulpit International.

«Outre proposer des sièges peu chers, Spirit a forcé les autres compagnies à tarifer différemment», a-t-il relevé. «Remplacer un siège n’est pas comme remplacer une pression sur les prix».

«La version la meilleure marché du voyage aérien va devenir immédiatement plus difficile à trouver sur certains marchés et, avec le temps, le prix moyen va augmenter parce que le pion qui tenait en joue le système a disparu», a-t-il poursuivi.

D’autant que Spirit utilisait semble-t-il peu l’ATPCO, un dispositif sectoriel sur lequel une compagnie informe d’une hausse ou d’une baisse à venir sur une desserte. Si les autres ne suivent pas la hausse, il peut arriver que l’initiatrice y renonce.