TORONTO — Les négociations collectives ont débuté lundi matin entre Ford Motor et le plus grand syndicat du secteur privé canadien, qui s'attend à la «série de négociations automobiles la plus décisive» de son histoire.
Réunis dans une salle de conférence d’un hôtel du centre-ville de Toronto, les négociateurs ont officiellement entamé les pourparlers après une poignée de main protocolaire entre Lana Payne, présidente nationale d’Unifor, et Meredith Keenan, vice-présidente des ressources humaines chez Ford Canada.
Unifor, qui représente près de 19 000 salariés canadiens du secteur automobile, a généralement recours à la négociation collective pour ses négociations dans ce secteur.
Le syndicat a choisi Ford comme première cible pour entamer le processus de négociation collective, tout comme il l’avait fait lors du dernier cycle en 2023.
Les négociations avec Stellantis et General Motors devraient avoir lieu une fois qu’un accord aura été conclu avec Ford.
Les accords actuels signés il y a trois ans par les trois constructeurs automobiles de Detroit et Unifor expireront le 20 septembre. Le syndicat cherche à conclure un nouveau contrat de trois ans avec chaque entreprise et a fixé au 10 juillet la date limite pour parvenir à un accord avec Ford.
Cette nouvelle série de négociations intervient dans un contexte difficile pour le secteur, qui doit faire face aux droits de douane américains, aux incertitudes liées à l’avenir de l’ACEUM et à l’arrivée de véhicules électriques chinois sur le marché canadien.
Un défi «sans précédent»
Le syndicat veut garantir des mesures de protection en matière de sécurité de l’emploi, le secteur de la construction automobile ayant perdu près de 6500 emplois au total depuis février 2025.
«Il ne fait aucun doute que nous sommes confrontés à une série de défis sans précédent alors que nous entamons ces négociations dans le secteur automobile», a mentionné Mme Payne lors d’une conférence de presse, deux heures après le début officiel des négociations.
Elle a précisé que le syndicat restait concentré sur ces négociations malgré le «bruit» extérieur. Cela inclut notamment «les manœuvres des États-Unis» concernant l’avenir de l’ACEUM, a-t-elle ajouté.
«La réalité, c’est que les constructeurs automobiles américains ont été, je dirais, très clairs dans ce qu’ils ont dit à la Maison-Blanche. Ils ont besoin d’un accord (sur l'ACEUM) pour continuer», a avancé Mme Payne.
Elle a affirmé qu’il aurait été trop «risqué» d’attendre que la situation s’éclaircisse concernant l’avenir de cet accord commercial avant d’entamer le processus de négociation avec les trois grands constructeurs de Detroit.
«En réalité, nous n’avons qu’une seule mission ici: conclure une convention collective en ces temps difficiles», a-t-elle soutenu.
«Nous attendons un accord qui protège les emplois, ainsi que l’engagement de Ford envers la construction automobile au Canada, et qui apporte des améliorations réelles et significatives aux travailleurs qui ont fait le succès de cette industrie depuis plus d’un siècle», a-t-elle ajouté.
Un droit de douane de 25 % sur toutes les voitures et tous les camions non fabriqués aux États-Unis reste en vigueur, mais les pièces conformes à l’ACEUM ne sont actuellement pas soumises à cette taxe.
Ford a mentionné que la stabilité et la flexibilité étaient essentielles pour faire face à un contexte en pleine évolution, citant la hausse des coûts, l’arrivée de nouveaux concurrents et l’évolution de la demande de produits, qui redéfinissent ses considérations concernant les investissements potentiels.
«Nous sommes fiers du partenariat que nous entretenons depuis de nombreuses années avec Unifor et amorçons ces négociations dans le plus grand respect du processus de négociation collective ainsi que de la contribution essentielle de nos employés au succès de Ford», a déclaré Mme Keenan dans un communiqué de presse.
«Nous abordons ces discussions dans un esprit de collaboration et de bonne foi afin de parvenir à une entente juste et équilibrée, qui assurera à la fois la stabilité de notre main-d'œuvre et la compétitivité à long terme de nos activités manufacturières au Canada», a-t-elle fait savoir.
L’entreprise a mis en avant son investissement en cours de 5 milliards $ destiné à rééquiper son usine d’assemblage d’Oakville, en Ontario, afin de soutenir le lancement de ses pick-up Ford Super Duty. Ce financement a également été affecté à la première usine d’emboutissage de Ford au Canada, qui, selon l’entreprise, créera 100 emplois sur le site.
D'autres tranches de financement ont été allouées aux installations de Ford à Windsor, notamment à son usine de moteurs d’Essex, qui fait actuellement l’objet d’un agrandissement afin de soutenir la production de sa gamme de moteurs de 7,3 litres.
Mme Payne a expliqué qu’Unifor était «encouragé» par cette première journée de négociations avec Ford et qu’il considérait l’entreprise comme la meilleure option «pour parvenir à un accord solide que nous pourrons ensuite reproduire avec les deux autres constructeurs automobiles».
Elle a toutefois reconnu qu’il restait encore un long chemin à parcourir.
Mme Payne a souligné d’autres défis auxquels le secteur est confronté, notamment l’arrivée de nouveaux concurrents depuis que le gouvernement fédéral a ouvert la porte aux véhicules électriques fabriqués en Chine.
Dans le cadre d’un accord annoncé plus tôt cette année, Ottawa s’est engagé à réduire de 100 % à 6,1 % les droits de douane sur les véhicules électriques chinois, avec un plafond annuel de 49 000 véhicules.
La présidente du syndicat a avancé que le Canada ne pouvait pas «devenir un marché réservé aux véhicules fabriqués ailleurs».
«Si nous voulons une industrie manufacturière de pointe au Canada, cela commence par la construction de voitures et de camions ici même, dans ce pays», a-t-elle souligné.
Sammy Hudes, La Presse Canadienne

