L’enquête du Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada a relevé «plusieurs lacunes» au niveau de la voie ferrée à Repentigny où a eu lieu le déraillement d’un train du CN. L’évènement n’avait pas fait de blessé, mais fait peur à bien des résidents, le 5 juillet dernier.
«Le son de l’accident va nous marquer pendant très longtemps», a commenté une résidente au micro de Noovo Info.
Le BST n’a pas encore émis toutes ses conclusions, car l’enquête suit son cours, mais les observations préliminaires sont assez importantes pour diffuser une mise à jour et transmettre un avis de sécurité à Transports Canada.
Cet avis a été envoyé le 10 juillet dernier et inclut des images des découvertes du BST. On constate notamment que plusieurs traverses n’étaient plus perpendiculaires aux rails sur la voie ferrée dans le secteur où a lieu le déraillement, à Le Gardeur.
Mais surtout, il y avait des anticheminants déplacés ou même manquants sur la voie. Voilà qui peut «réduire la stabilité longitudinale et latérale de la voie», et donc «accroître le risque de déraillement».

La chaleur lors de la journée du 5 juillet aurait aussi pu jouer un rôle dans le déraillement.
«La chaleur va effectuer des forces d’expansion sur l’acier des rails, donc les rails vont se déplacer. Le rôle des anticheminants c’est de pincer le rail après les traverses de bois pour éviter qu’il y ait un déplacement excessif du rail», explique Luc Régis, enquêteur régional principal au BST.
Le BST a inspecté huit autres sections de voie non touchées par l’accident, ce qui laisse entendre que les observations ne se limitaient pas uniquement au point du déraillement.
«Compte tenu de ces risques, Transports Canada pourrait vouloir considérer vérifier l’intégrité de la voie ferrée de la subdivision de Joliette du CN (la division où se trouve la partie de voie ferrée de Repentigny, NDLR) afin de veiller à ce que celle-ci soit sécuritaire et réponde aux exigences d’exploitation», a écrit le directeur aux enquêtes rail/pipeline du BST, Vincenzo De Angelis, dans sa lettre envoyée à Transports Canada.
Le maire de Repentigny, Nicolas Dufour, se dit «extrêmement préoccupé» et interpelle directement le ministère fédéral des Transports pour un arrêt du transport sur la ligne de chemin de fer.
«On demande que tant et aussi longtemps qu’il n’y a pas de correctif apporter sur la ligne de chemin de fer, qu’il y ait une pause du transport ferroviaire à Repentigny», dit-il.
Autrement, «le BST poursuit son analyse des informations recueillies afin d’identifier les facteurs qui ont causé l’événement ou y ont contribué, de même que les lacunes de sécurité qui doivent être corrigées», a écrit le BST dans sa mise à jour de l’enquête.
Le BST conclut jusqu’ici que d’autres aspects constituant la voie ferrée à Repentigny semblent en bon état.
«Le nombre de traverses en bon état était conforme aux critères du RSV pour une voie de catégorie 4», a déclaré le directeur De Angelis. «Le nombre de crampons fixant les selles de rail aux traverses était suffisant pour cette catégorie de voie. Le ballast de pierre concassée paraissait en bon état.»
Le CN publie ses propres conclusions
Dans une déclaration partagée en après-midi jeudi, le CN a indiqué que les éléments de preuves récoltées à ce jour démontrent que le déraillement a été causé «par un désalignement thermique de la voie», un phénomène qui «se produit lorsque des températures extrêmes provoquent un déplacement du rail hors de son alignement.»
On avance aussi que ce désalignement résulte d’une «application incorrecte de ses normes d’ingénierie visant à gérer les effets des températures extrêmes sur les rails» lors de réparations effectuées sur le passage à niveau au printemps 2026.
«À ce stade, le CN ne considère pas que la vitesse, la conduite du train ou une défaillance mécanique aient causé le déraillement», précise-t-on dans le communiqué.
«Le pire a été évité»
L’accident ferroviaire est survenu le 5 juillet vers 16h30 à l’intersection du boulevard le Bourg-Neuf et de la rue Émile-Genest. Les équipes d’urgences et celles du Canadien National (CN) avaient été déployées sur place.
Une cinquantaine de wagons ont déraillé et se sont trouvés dans «diverses positions». Le train en entier comportait 176 wagons, dont certains pouvaient contenir des matières dangereuses.
Au total, 200 résidences ont dû être évacuées temporairement. Les résidents ont pu regagner leurs domiciles dans la soirée, vers 20h30.
Le soir même, une interruption préventive du courant avait également été effectuée dans deux secteurs de la ville.
Il n’y a eu aucune fuite, aucun incendie ni aucun blessé n’ont été signalés. En réaction aux événements, le maire de Repentigny, Nicolas Dufour, s’était dit soulagé que le pire ait été évité.
La circulation a repris sur la voie ferrée quelques jours après les événements, ce qui avait suscité la grogne citoyenne.
Avec de l’information d’Audrey Bonaque pour Noovo Info, ainsi que de La Presse canadienne.

