Transport

Comment l’accident d’avion d’Air Canada pourrait-il aggraver les craintes liées aux voyages

Il est essentiel d’affronter la peur plutôt que de l’éviter, conseille un expert.

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On voit ici des voyageurs se diriger vers la zone des départs vers le Canada à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, le mercredi 18 mars 2026. On voit ici des voyageurs se diriger vers la zone des départs vers le Canada à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, le mercredi 18 mars 2026.

À la suite de la collision mortelle d’un avion d’Air Canada survenue dimanche dans un aéroport de New York, les voyageurs pourraient ressentir une montée initiale d’anxiété qui, chez certains, pourrait renforcer les craintes déjà existantes liées aux voyages en avion, selon un expert canadien en psychologie.

Deux pilotes ont été tués et 41 personnes ont été transportées à l’hôpital après qu’un avion d’Air Canada, transportant 72 passagers et quatre membres d’équipage, est entré en collision avec un camion de pompiers sur une piste de l’aéroport LaGuardia de New York, tard dans la nuit de dimanche.

Le vol AC8646, opéré par Jazz Aviation, la filiale d’Air Canada Express, venait d’arriver de l’aéroport international Montréal-Trudeau.

Martin Antony, professeur et directeur du département de psychologie de l’Université métropolitaine de Toronto, a estimé que les personnes qui ont déjà peur de prendre l’avion pourraient voir ces craintes renforcées à la suite de l’accident.

«Je pense que pour beaucoup de gens, il peut y avoir une certaine anxiété initiale après un événement comme celui-ci, mais elle a tendance à passer», a expliqué celui qui se spécialise dans la recherche sur l’anxiété. «Les personnes qui ont peur de prendre l’avion ont tendance à accorder beaucoup plus d’attention aux accidents d’avion qu’aux 10 millions de vols qui décollent et atterrissent en toute sécurité pour chaque avion qui ne s’en sort pas.»

«Même si cela ne provoque pas de peur chez les gens, cela peut contribuer à entretenir les craintes qu’ils ont déjà.»

—  Martin Antony, professeur et directeur du département de psychologie de l’Université métropolitaine de Toronto

À l’aéroport de Montréal, Andrew Burke, un passager d’Air Canada qui se rendait à Toronto avec sa femme, a déclaré avoir appris l’accident de LaGuardia alors qu’il était encore chez lui.

«Ma mère est en voyage, mais nous ne lui avons rien dit», a-t-il confié lundi. «Elle est nerveuse en avion ; elle aurait peur.»

M. Burke a précisé qu’il n’avait pas peur de prendre l’avion après l’accident. «C’est comme ça», a-t-il dit. «J’aurais pu être au volant et avoir un accident de voiture sur l’autoroute.»

De son côté, le voyageur Kevin Sullivan a suivi l’actualité de près toute la journée après avoir appris l’accident, et se sentir de plus en plus inquiet à l’approche de son propre vol à destination de l’aéroport international John F. Kennedy, prévu à 19 h 10 au départ de Montréal.

«Honnêtement, je suis un peu nerveux», a-t-il soutenu. «J’ai suivi la couverture de l’accident toute la journée, et j’ai l’impression que plus j’en apprends à ce sujet, plus je suis anxieux. Les vidéos sont assez terribles.»

Il a ajouté que cette nouvelle était difficile à oublier, en particulier le décès des deux pilotes. «C’est vraiment triste», a-t-il lâché.

Deux pilotes tués dans une collision entre un avion d’Air Canada et un camion de pompiers Un avion d’Air Canada parti de Montréal avec 76 personnes à bord a percuté un camion de pompiers lors de son atterrissage à l’aéroport LaGuardia de New York, tard dimanche, causant la mort du commandant et du premier officier, basés au Canada.

Martin Antony a fait remarquer que cet accident n’était pas le seul élément susceptible de renforcer les craintes existantes liées aux voyages. Le psychologue a expliqué que cet incident pouvait aggraver d’autres angoisses liées à l’actualité mondiale.

«Ce n’est pas le seul événement qui se produit. Il y a beaucoup d’autres choses qui pourraient potentiellement susciter de l’anxiété à l’idée de voyager, ne serait-ce qu’avec tous les différents conflits dans le monde», a-t-il avancé. «Cela pourrait simplement être un élément de plus contribuant à une situation qui rend déjà certaines personnes quelque peu nerveuses.»

M. Sullivan a ajouté qu’il s’inquiétait également de se rendre aux États-Unis alors qu’un arrêt partiel des services publics a semé le chaos dans les aéroports.

Après des semaines sans salaire, de nombreux agents de l’Administration américaine de la sécurité des transports (TSA) se sont mis en arrêt maladie — voire ont démissionné — alors que les difficultés financières s’accumulent. Le manque de personnel a parfois contraint certains aéroports à fermer des points de contrôle, ce qui a entraîné des variations considérables des temps d’attente pour les voyageurs.

M. Sullivan n’a pas pris l’avion pour les États-Unis récemment et a déclaré ne pas pouvoir parler en connaissance de cause des changements éventuels dans le fonctionnement des aéroports du pays. Il a toutefois appris par des membres de sa famille aux États-Unis que les procédures dans les aéroports semblaient affectées par les coupes budgétaires, ce qui ajoute à son inquiétude.

«Ils m’ont dit que les files d’attente à la TSA étaient très longues ces derniers temps, parfois de plusieurs heures», a-t-il dit.

M. Sullivan est arrivé à l’aéroport de Montréal vers 15h30, bien avant son vol, dans l’espoir que cela apaiserait quelque peu sa nervosité. «J’avais simplement l’impression qu’en arrivant tôt, je serais mieux préparé à toute éventualité», a-t-il mentionné.

«Il était toujours prudent»: un couple qui a connu l’un des pilotes décédés à New York se confie Claudette Thibeault et Jean-Noël Bergeron ont été marqués par Antoine Forest, l’un des pilotes qui a tragiquement perdu la vie dans une collision survenue à l’aéroport LaGuardia de New York.

Benoit Lafayette, un Montréalais de 57 ans qui devait s’envoler pour Toronto pour son travail, a déclaré qu’il avait tendance à être inquiet lorsqu’il prenait l’avion, mais que l’accident n’avait pas accru ses inquiétudes.

«Je suis généralement un peu tendu quand je voyage, mais ce genre d’accident ne m’inquiète pas autant que, par exemple, un crash d’avion», a-t-il dit. «C’est étrange, quand quelque chose se passe au sol, cela semble moins dramatique, mais bien sûr c’est grave, surtout avec deux personnes tuées.»

Pour ceux qui pourraient ressentir de l’anxiété à l’idée de voyager à la suite de l’accident de dimanche, le professeur Martin Antony a soutenu qu’il était utile de «garder les choses en perspective». Il est essentiel d’affronter la peur plutôt que de l’éviter, a-t-il ajouté.

«La meilleure chose à faire est de reconnaître la peur, mais aussi de reconnaître que la situation, tout bien considéré, n’est pas aussi dangereuse qu’elle peut le paraître après un événement comme celui-ci pour la plupart des gens la plupart du temps», a-t-il conclu.

Avec des informations de l’Associated Press