MONTRÉAL — Sous la pression des prix élevés du carburant, Air Canada a annoncé ce mois-ci aux agents de voyage qu'elle allait réduire leurs commissions dans le cadre d'une mesure de réduction des coûts susceptible de peser sur les revenus de milliers de professionnels du secteur.
La plus grande compagnie aérienne du pays a informé l'Association canadienne des agences de voyages et des conseillers en voyages que ces nouveaux tarifs entreraient en vigueur le 1er juillet.
«Bien que l'impact varie d'une entreprise à l'autre, certains membres ont indiqué que ces changements pourraient avoir de graves répercussions sur la viabilité à long terme de leurs agences, en particulier lorsque les ventes liées à Air Canada représentent une part importante de leur chiffre d'affaires», a expliqué par courriel la présidente de l'association, Suzanne Acton-Gervais.
Les milliers de membres de l’association pourraient ainsi subir une perte d’environ un quart de leurs revenus liés à Air Canada, a-t-elle ajouté. Le Canada compte près de 27 000 agents de voyage, selon l’association.
Les commissions correspondent à la rémunération que les agents perçoivent d’une compagnie aérienne ou d’un prestataire de voyages lorsqu’ils vendent des billets aux passagers pour le compte de ces derniers. Certaines agences facturent également des frais de service à leurs clients.
Les modalités de rémunération pour les réservations varient d’une agence à l’autre, mais elles oscillent souvent entre 8 et 10 % du prix de base d’une réservation.
Brenda Slater, cofondatrice de l’Association of Canadian Independent Travel Advisors, a mentionné que bon nombre de ses confrères ont vu les commissions versées par Air Canada réduites de moitié, pour s’établir à environ 4 ou 5 %, voire moins dans certains cas.
«Le fait qu’ils disent en substance: “Bon, désormais, nous ne vous donnerons plus que 3 %”, c’est un peu un camouflet», a mentionné Mme Slater lors d’un entretien téléphonique.
Cette décision de la compagnie aérienne intervient après qu’elle a réduit son programme de vols et suspendu ses prévisions financières pour l’année, dans un contexte de flambée prolongée des prix du kérosène provoquée par la fermeture du détroit d’Ormuz.
Air Canada a indiqué qu’elle ne récupérerait que 50 à 60 % de la hausse des coûts énergétiques au cours de son deuxième trimestre.
Le carburant d’aviation ne représente qu’une partie du problème. La hausse générale des coûts, l’incertitude croissante sur les marchés et l’avènement de l’intelligence artificielle, «qui promet de remodeler l’ensemble de l’écosystème du voyage», l’ont poussée à modifier son système de commissions, a déclaré lundi l’entreprise établie à Montréal.
«Nous subissons de fortes pressions sur les coûts. Pour nous adapter à ces changements, nous devons gérer nos coûts en conséquence», a souligné le porte-parole Peter Fitzpatrick dans un courriel.
«Nos coûts de vente par l’intermédiaire des agences augmentent plus rapidement que la croissance de notre chiffre d’affaires, ce qui n’est pas tenable», a-t-il ajouté.
M. Fitzpatrick a précisé que la compagnie aérienne ne pouvait pas se prononcer sur une éventuelle hausse des taux de commission si les prix du carburant venaient à baisser.
Mme Slater a toutefois averti de conséquences inattendues pour Air Canada.
«Ils doivent savoir que les conseillers en voyages sont attentifs et veillent à choisir les prestataires en fonction de ceux qui offriront le meilleur service à nos clients, et qui nous apporteront également le meilleur soutien», a-t-elle rappelé.
«S’ils ne comptent pas le faire, c’est leur choix. Mais nous avons aussi le choix», a-t-elle précisé.
Même dans un contexte d’incertitude persistante quant à la sécurité de la traversée du golfe Persique, les cours du kérosène ont commencé à baisser, grâce à la mise en place d’un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran.
Le prix moyen du kérosène en Amérique du Nord a baissé de 23 % la semaine dernière par rapport au mois précédent, selon l’Association internationale du transport aérien.
Il reste toutefois supérieur de près d’un tiers à celui d’il y a un an.
Porter Airlines a annoncé qu’elle réduirait de moitié sa surtaxe carburant sur les nouvelles réservations, «le marché du carburant ayant commencé à se normaliser».
La compagnie aérienne installée à Toronto a réduit cette surtaxe de 40 $ à 20 $ pour les nouvelles réservations de vols récompenses à compter de mardi, comme elle l’a indiqué aux membres de VIPorter dans un courriel.
Une valeur ajoutée
Mme Acton-Gervais a par ailleurs souligné que le poids de la baisse des commissions pourrait peser de manière disproportionnée sur certaines catégories de population.
«Les agences de voyages et les conseillers en voyages sont en grande majorité des petites et moyennes entreprises, a-t-elle mentionné. La majorité des conseillers en voyages sont des femmes.»
Mme Acton-Gervais et Mme Slater ont tenu à souligner la valeur ajoutée que ces professionnels apportent aux passagers dans un contexte marqué par de nombreuses perturbations dans le secteur du voyage, en mettant en avant la gestion des risques et la facilité d’accès à leurs services, contrairement aux services client de certaines compagnies aériennes, souvent difficiles à joindre.
«Aujourd’hui, les gens remettent en question ces partenariats avec le secteur, a précisé Mme Slater à propos de ses collègues. On nous répète sans cesse que nous sommes un partenaire important à leurs yeux, mais cela ne semble pas être le cas.»
Entreprise mentionnée dans cette dépêche : (TSX : AC)
Christopher Reynolds, La Presse Canadienne

