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Une responsable britannique s'inquiète de l'évolution de la cyberguerre

«L’IA est une force imparable qui offre de formidables opportunités. Mais c’est aussi une force qui comporte des risques.»

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Une vue extérieure du manoir du musée de Bletchley Park, situé dans la ville du Buckinghamshire de Bletchley, en Angleterre, le 15 janvier 2015. Photo AP Une vue extérieure du manoir du musée de Bletchley Park, situé dans la ville du Buckinghamshire de Bletchley, en Angleterre, le 15 janvier 2015. Photo AP (Matt Dunham)

L’intelligence artificielle est «une force imparable» qui est actuellement militarisée d’une manière qui frôle la guerre traditionnelle, a averti mercredi la responsable du cyberespionnage du Royaume-Uni.

Anne Keast-Butler, directrice du GCHQ, l’agence de renseignement des communications du pays, a déclaré que le Royaume-Uni et ses alliés se trouvaient dans «un espace entre la paix et la guerre» alors que la Russie intensifie ses «activités hybrides quotidiennes» contre l’Occident — même pendant que le nombre de soldats russes tués en Ukraine approche les 500 000.

Elle a prévenu que l’Occident risquait de perdre le conflit dans le cyberespace contre la Russie et d’autres adversaires si les citoyens, les entreprises et les gouvernements ne traitaient pas la cybersécurité avec beaucoup plus d’importance.

«J’ai passé trois décennies à travailler dans le domaine de la sécurité nationale, et le risque d’erreur de jugement n’a jamais été aussi élevé», a déclaré Mme Keast-Butler lors d’un discours prononcé dans un centre de décryptage de la Seconde Guerre mondiale situé près de Londres.

Elle a ajouté que «les entreprises technologiques lancent des innovations basées sur l’IA à un rythme remarquable, avec des conséquences incalculables, car les algorithmes sont souvent utilisés comme des armes frôlant la guerre traditionnelle.

«L’IA est une force imparable qui offre de formidables opportunités, a-t-elle ajouté. Mais c’est aussi une force qui comporte des risques.»

Conflit au Moyen-Orient: attention à la vague de désinformation et d'IA Images recyclées, séquences de jeux vidéo présentées comme des frappes réelles, visuels de combats générés par l’IA : l’attaque américano-israélienne contre l’Iran a déclenché une «guerre des récits» parallèle aux véritables développements militaires au Moyen-Orient.

Mme Keast-Butler a désigné la Russie comme une menace, accusant Moscou de «cibler les infrastructures critiques, les processus démocratiques, les chaînes d’approvisionnement et la confiance du public sans relâche» au Royaume-Uni et en Europe, en plus de voler des technologies et de comploter des actes de sabotage et des tentatives d’assassinat.

«La Russie intensifie ses activités hybrides quotidiennes contre le Royaume-Uni et l’Europe, allant des fonds marins au cyberespace», a-t-elle déclaré devant un public composé d’experts en informatique, de diplomates, de journalistes et de hauts fonctionnaires.

«L’un de nos principaux axes de travail consiste à protéger les données et l’énergie transitant par les câbles et les pipelines critiques situés dans et autour des eaux britanniques, a-t-elle indiqué. Pour ce faire, nous exposons les intentions, les motivations et les capacités sous-marines de la Russie.»

Elle a également indiqué que les troupes russes reculaient sur le champ de bataille: de nouveaux renseignements suggèrent que «près d’un demi-million de soldats russes» ont été tués depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.

Augmentation des attaques

Ce discours est le dernier d’une série d’avertissements lancés par des espions et des experts du renseignement occidentaux, quant à l’intensification des activités hostiles de la Russie dans une «zone grise» aux limites de la guerre.

Ces derniers mois, les autorités de pays tels que la Suède, la Pologne, le Danemark et la Norvège ont affirmé que des pirates informatiques liés à la Russie avaient pris leurs infrastructures critiques pour cible, notamment des centrales électriques et des barrages.

Le directeur du Centre national de cybersécurité britannique, Richard Horne, a affirmé le mois dernier que des États hostiles, dont la Russie, la Chine et l’Iran, sont à l’origine des cyberattaques les plus graves auxquelles le pays est confronté.

Il a averti que de telles attaques pourraient augmenter de manière spectaculaire si le Royaume-Uni venait à être impliqué dans un conflit international.

Mme Keast-Butler a prévenu que les progrès rapides de l’intelligence artificielle faisaient bouger «le sol sous nos pieds» et que la fenêtre pour que le Royaume-Uni et ses alliés gardent une longueur d’avance sur des pays comme la Chine, une «superpuissance» scientifique et technologique, était «de plus en plus étroite»

Elle a fait valoir qu’un effort devait être déployé «des salles de réunion aux salons» pour rendre la cybersécurité «dix fois plus urgente».

La directrice des services de renseignement a déclaré que le GCHQ élaborait un plan visant à «intégrer de l’IA agentique de pointe dans une cyberdéfense aussi rapide que les machines». Utilisée de manière responsable, a-t-elle soutenu , l’IA peut aider les espions à «améliorer les algorithmes, traduire des langues étrangères et trouver des aiguilles dans des bottes de foin plus rapidement que jamais».

Un modèle d’IA est trop dangereux pour être rendu public, selon ses développeurs Les dirigeants des banques canadiennes et les autorités de régulation se sont réunis le 10 avril dernier pour discuter des risques posés par Claude Mythos Preview, le nouveau modèle d’IA d’Anthropic, que l’entreprise juge si puissant qu’elle a décidé de ne pas le rendre public.

Mme Keast-Butler a également souligné l’importance des partenariats internationaux alors que la politique étrangère «America First» du président américain Donald Trump et son mépris pour ses alliés traditionnels mettent les relations entre Londres et Washington à rude épreuve.

Elle a fait valoir que le partenariat entre les services de renseignement britanniques et américains était fondamental pour la sécurité des deux pays.

Le GCHQ, abréviation de Government Communications Headquarters, est l’agence britannique chargée du renseignement électronique et cybernétique. Il travaille en collaboration avec les services de sécurité intérieure (MI5) et les services de renseignement extérieur (MI6).

Mme Keast-Butler, première femme à diriger l’agence, a prononcé le discours annuel de la direction du GCHQ au siège que l’agence occupait pendant la Seconde Guerre mondiale, à Bletchley Park, un manoir situé à 72 kilomètres au nord-ouest de Londres où des centaines de mathématiciens, de cryptographes, de créateurs de mots croisés, de maîtres d’échecs et d’autres experts ont travaillé pour déchiffrer les codes secrets de l’Allemagne nazie.

Leur travail a à la fois raccourci la guerre et accéléré la naissance de l’informatique moderne.