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Un tribunal japonais juge que la voix humaine est protégée face à l’IA

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La plateforme vidéo chinoise TikTok s'est engagée à investir 8,8 milliards de dollars dans la construction de centres de données dédiés à l'intelligence artificielle à travers la Thaïlande au cours des cinq prochaines années. La plateforme vidéo chinoise TikTok s'est engagée à investir 8,8 milliards de dollars dans la construction de centres de données dédiés à l'intelligence artificielle à travers la Thaïlande au cours des cinq prochaines années. (LUDOVIC MARIN/Photographer: LUDOVIC MARIN/AFP)

Un tribunal de Tokyo a jugé mercredi que la voix humaine était juridiquement protégée au Japon, après qu’un célèbre comédien de doublage a poursuivi TikTok pour des vidéos imitant selon lui son timbre de voix à l’aide de l’intelligence artificielle (IA).

La décision constitue une victoire partielle pour Kenjiro Tsuda, connu pour ses rôles principaux dans des franchises d’anime à succès comme Jujutsu Kaisen et Yu-Gi-Oh!, même si le tribunal a rejeté sa demande de suppression des vidéos.

«L’utilisation non autorisée de la voix d’un interprète (…) peut être considérée comme une atteinte au droit à l’image à des fins commerciales», a déclaré la présidente du tribunal, Aya Takahashi.

La reproduction par l’IA de l’apparence ou de la voix d’un acteur agite le cinéma mondial, mais prend une résonance particulière au Japon, où les comédiens de doublage des «animés» sont parfois autant vénérés par les fans que leurs personnages.

Cette action en justice serait la première dans le pays visant à défendre l’identité vocale d’une personne contre des copies générées par l’IA.

Elle portait sur une série de vidéos TikTok dont la narration était assurée par une voix particulièrement «grave» et «somptueuse» qui, selon Kenjiro Tsuda, 55 ans, ne peut être que la sienne.

La plateforme a toutefois fait valoir qu’il s’agissait d’une «voix masculine générique», dont la ressemblance perçue avec celle de Kenjiro Tsuda est au mieux subjective, selon des documents judiciaires consultés par l’AFP.

Le verdict rendu mercredi est considéré comme le premier au Japon à établir que la voix humaine est protégée au titre du droit à l’image à des fins commerciales, si «l’utilisation de cette voix a pour but exclusif de tirer parti de son attrait commercial», a déclaré la juge Takahashi, estimant qu’une voix était «aussi emblématique de la personnalité d’un individu que l’est son portrait».

Ce droit permet de contrôler l’utilisation à des fins commerciales des attributs de l’identité d’une personne et d’en tirer profit.

«Deux camps victorieux»

La juge Takahashi a toutefois estimé que TikTok n’était «plus tenu de supprimer» les vidéos en question, car l’utilisateur anonyme qui les avait publiées les avait retirées plusieurs mois après le début de la procédure.

L’avocat de Kenjiro Tsuda, Takashi Hirano, a déclaré aux journalistes que la décision avait «fini par donner l’impression que les deux camps étaient victorieux».

Le compte anonyme, dont l’image de profil rappelle un personnage de «Jujutsu Kaisen» doublé par Kenjiro Tsuda, a publié les vidéos incriminées qui combinaient des animations et une voix apparemment générées par IA, évoquant légendes urbaines, phénomènes occultes et théories du complot.

Il a compté à un moment donné plus de 200 000 abonnés et aurait généré plus de 500 000 yens de revenus mensuels, selon la plainte.

Les grands patrons de l’IA promettent de s’autoréguler: doit-on s'inquiéter? Confrontés à des inquiétudes croissantes concernant les dangers de l’intelligence artificielle, les grands patrons du secteur ont adopté lundi un code de bonne conduite non contraignant, sous l’œil satisfait de Donald Trump, hostile à toute réglementation obligatoire.

La décision était très attendue par les doubleurs au Japon, qui craignent que l’imitation par IA de leur outil de travail ne contribue fortement au déclin de ce secteur historique.

En parallèle, la doubleuse Yuko Sasaki, directrice générale du Syndicat japonais des acteurs, et d’autres doubleurs japonais ont lancé une campagne contre l’imitation par IA générative des artistes sans leur accord.

«Notre secteur peut être anéanti» si une victoire de TikTok en justice ouvre la voie à un usage «débridé» du clonage vocal par IA au risque de «désespérer» les jeunes comédiens, avait déclaré à l’AFP l’acteur Bin Shimada.

Le problème est mondial: «Dans de nombreux pays, les lois sur le droit d’auteur et la protection des données ne sont pas suffisamment adaptées» pour protéger les artistes des clones IA, jugeait l’an dernier la Fédération Internationale des Acteurs.

L’américain OpenAI, créateur de ChatGPT, a été contraint de présenter des excuses en 2024 à la vedette américaine Scarlett Johansson pour une voix synthétique qui ressemblait à la sienne, alors qu’elle avait refusé de travailler avec l’entreprise.