Développement de nouveaux jeux annulé ou sortie d’autres reportée, réduction des coûts et audiences ciblées: la directrice des studios d’Ubisoft Marie-Sophie de Waubert et le directeur financier du groupe Frédérick Duguet ont détaillé mercredi à l’AFP un nouveau modèle opérationnel visant au «redémarrage» du numéro 1 français du jeu vidéo, en difficulté depuis plusieurs années.
Question: Début avril, Ubisoft mettra en place une nouvelle organisation en répartissant ses différents studios dans le monde en cinq «maisons de créations». Comment cela va-t-il fonctionner ?
Marie-Sophie de Waubert: Elles seront soutenues par une plateforme d’expertise partagée qui s’articule sur deux niveaux : le premier, c’est un réseau mondial de studios Ubisoft qui vont offrir aux maisons des capacités de production de premier plan et qui vont être mobilisées projet par projet sous la direction stratégique de chaque maison.
Le second sera apporté par des équipes technologiques, de production et marketing et de distribution mutualisées.
Dans ce modèle décentralisé, le siège d’Ubisoft va se recentrer sur un rôle de soutien. Il va notamment fixer les priorités stratégiques, veiller au suivi de la performance, à la bonne allocation du capital et assurer les fonctions support du groupe.
Ce sont des changements majeurs pour nous qui modifient radicalement notre façon d’opérer et de concevoir des jeux. On peut parler de “reset” («redémarrage» en anglais). C’est quelque chose de très important qui marque un nouvel Ubisoft.»
Question: Comment va se traduire cette responsabilité financière pour ces maisons ?
Frédérick Duguet: «Il y aura des discussions entre chaque maison et le siège quant à la livraison de son plan de marche, qui sera défini sur 3 à 5 ans. Bien sûr, le siège écoutera les recommandations de chaque maison, mais tiendra ces maisons effectivement redevables de ses résultats.
Donc un jeu qui réussira bien sera la preuve qu’il y a une recette qui fonctionne bien et qui pourra nous engager à réinvestir. Si, en revanche, un jeu ne fonctionne pas, il faudra se questionner sur les raisons. Soit ça voudrait dire réinvestir, soit ça voudrait dire arrêter d’investir sur ce segment ou ce type de jeu.»
Question: Vous annoncez également l’annulation du développement de six jeux dans le cadre de cette réorganisation. Pourquoi cette décision ?
Marie-Sophie de Waubert: «Le niveau de qualité doit monter, nos standards de qualité augmentent en interne et donc il faut être cohérent.
Ce ne sont pas des décisions faciles mais elles sont absolument nécessaires si on veut repartir sur des bases saines et allouer aussi nos ressources et notre énergie sur les jeux qui ont le plus fort potentiel sur un marché très saturé et très compétitif.»
Question: Ces dernières années, Ubisoft a réduit ses effectifs de plus de 3000 salariés dans le monde et fermé plusieurs studios dans le cadre d’un programme de réduction des coûts. Vous annoncez un nouvel objectif de 200 millions d’euros d’économie supplémentaires d’ici deux ans. Est-ce que d’autres fermetures sont à prévoir ?
Frédéric Duguet: «Je ne peux pas vous dire ça à ce stade. Il y a des choses qui vont continuer d’être faites mais dans le même esprit que ce qu’on a fait depuis trois ans.»
Question: Ubisoft est parfois critiqué pour son immobilisme et sur le fait de proposer toujours les mêmes jeux. Est-ce un moyen aussi de répondre aux critiques et de rassurer les actionnaires ?
Marie-Sophie de Waubert: «Tant mieux si c’est le cas. Après, l’objectif principal, c’est de réussir cette transformation et de vraiment la faire, plus que d’en parler. Et tant mieux si ça transpire de cette façon-là.»
