Le géant technologique derrière Facebook et Instagram a annoncé son intention d’implanter en Alberta son premier centre de données dédié à l’intelligence artificielle au Canada, qui sera également son plus grand centre de ce type en dehors des États-Unis.
Meta a indiqué mercredi que ce projet de plus de 13 milliards $ serait construit dans le comté de Sturgeon, dans la région de l’Industrial Heartland, au nord d’Edmonton. Ce centre de données d’une puissance d’un gigawatt sera alimenté par une centrale au gaz naturel qui sera construite par un consortium comprenant notamment la société Pembina Pipeline, établie à Calgary.
«Nous pensons que le succès d’un centre de données n’est possible que si la communauté elle-même prospère en même temps que lui. Plus encore, nous voulons que le comté de Sturgeon et l’Alberta s’épanouissent», a déclaré Gary Demasi, vice-président responsable de la stratégie et du développement des centres de données chez Meta, lors d’une conférence de presse à Calgary.
«Nous sommes impatients de nous implanter dans cette communauté et de construire un partenariat solide et constructif pour de nombreuses années à venir.»
Les centres de données abritent le matériel informatique nécessaire à un large éventail d’applications technologiques. Avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA), ces installations ont atteint des dimensions vertigineuses, nécessitant souvent autant d’électricité que pour alimenter une ville entière. La croissance fulgurante du secteur des centres de données s’accompagne de préoccupations concernant la consommation d’eau, la pollution, ainsi que le coût et la disponibilité de l’électricité dans les communautés voisines.
Meta a précisé que son projet sera équipé d’un système de refroidissement à circuit fermé, de sorte qu’il ne puisera pas d’eau dans les environs. L’entreprise a également indiqué qu’elle prévoyait d’investir 60 millions $ pour améliorer les infrastructures locales, telles que les routes et les réseaux d’approvisionnement en eau.
L’Alberta veut attirer les centres de données
L’Alberta cherche activement à attirer des centres de données à très grande échelle, comme Meta, pour qu’ils s’implantent dans la province, en mettant en place un service de «conciergerie» destiné à faciliter les démarches réglementaires. Fin 2024, le ministre de la Technologie et de l’Innovation, Nate Glubish, a déclaré que l’Alberta espérait voir 100 milliards $ de centres de données en cours de construction d’ici 5 ans.
Mais son réseau électrique ne dispose actuellement pas d’une capacité suffisante pour accueillir plusieurs projets de cette envergure. L’Alberta donne donc la priorité aux projets qui construisent ou sous-traitent leur propre production d’électricité, comme Meta prévoit de le faire.
L’annonce de Meta est «une aubaine pour l’Alberta», a souligné le ministre Glubish mercredi.
«Nous n’avons pas agi par hasard. Nous avons agi de manière réfléchie. Nous avons agi d’une manière qui profitera aux Albertains», a-t-il ajouté.
«Nous ne voulions pas être les premiers et nous lancer à l’aveuglette. Nous voulions agir de la manière la plus avisée possible pour garantir un cadre réglementaire équitable, raisonnable et clair, afin que quiconque souhaite construire un centre de données ici sache exactement à quoi s’attendre, ce qu’il doit faire, et que chaque Albertain puisse être certain que ses intérêts sont protégés et qu’il tirera profit de cet investissement.»
Le comté de Sturgeon est en train de devenir «un maillon important du corridor émergent de l’IA et de l’énergie au Canada», a ajouté la mairesse Alanna Hnatiw.
«Cela ouvre des perspectives, mais cela implique également des responsabilités», a-t-elle précisé.
«Je suis ravie que Meta ait adopté les normes environnementales en vigueur dans notre zone industrielle désignée et qu’elle participe de plein gré à notre démarche de gestion responsable du territoire.»
À la suite d’un projet énergétique
La semaine dernière, Pembina Pipeline, Morgan Stanley Infrastructure Partners et Kineticor Asset Management ont annoncé avoir décidé de donner le feu vert à leur projet «Greenlight Electricity Centre» dans le comté de Sturgeon. Ils n’avaient pas révélé l’identité du client, qui s’est avéré être Meta mercredi.
Elles estiment que la construction de ce projet énergétique de 932 mégawatts leur coûtera 4,6 milliards $, la mise en service étant prévue pour le second semestre de 2030. Les entreprises disposent de permis leur permettant de doubler la capacité à terme.
Keith Stewart, stratège en énergie chez Greenpeace Canada, a appelé à un moratoire sur les «mégacentres de données» jusqu’à ce que des protections législatives en matière d’environnement et de droits de l’homme soient mises en place concernant l’IA.
«Nous voyons ce genre de promesses faites par tous les promoteurs de centres de données d’IA à travers le monde, mais la réalité, c’est que ce sont des milliardaires qui tentent de nous voler notre eau et de polluer l’air afin de pouvoir doubler notre consommation d’électricité tout en nous privant de nos emplois.»
— Avec des informations de Jack Farrell à Edmonton.

