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Musk vs Altman: réunis puis divisés par l’IA

Explications.

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Archives- OpenAI Archives- OpenAI (Michael Dwyer | The Associated Press)

Elon Musk et Sam Altman se sont rapprochés sur une vision commune de l’intelligence artificielle (IA) et la création d’OpenAI, avant de diverger brutalement, une séquence au cœur du procès qui va opposer ces deux grosses personnalités clivantes.

La légende fait remonter leur première rencontre à 2012, à l’initiative de l’investisseur Geoff Ralston.

Cadet d’Elon Musk de près de 14 ans, Sam Altman est immédiatement impressionné par le pouvoir de persuasion du patron de Tesla, lui qui est déjà considéré, à moins de 30 ans, comme l’un des plus brillants commerciaux de la tech.

Issu d’une famille sans histoire, charmeur, Sam Altman n’a, sur la forme, pas grand-chose à voir avec son aîné, abrasif voire brutal verbalement, mais il partage avec lui la fibre de l’entreprenariat et de la prise de risques.

Le libertarien Elon Musk et l’apolitique Sam Altman se retrouvent surtout sur une certaine vision du futur et sur le développement de l’IA.

Un modèle d’IA est trop dangereux pour être rendu public, selon ses développeurs Les dirigeants des banques canadiennes et les autorités de régulation se sont réunis le 10 avril dernier pour discuter des risques posés par Claude Mythos Preview, le nouveau modèle d’IA d’Anthropic, que l’entreprise juge si puissant qu’elle a décidé de ne pas le rendre public.

Elon Musk voit en Google et sa filiale DeepMind, rachetée en 2014, un danger, celui d’un acteur en quête d’une intelligence IA supérieure à celle des humains sans se soucier de la contrôler.

En mars 2015, quelques mois avant la création d’OpenAI en décembre de la même année, Sam Altman publie sur son blogue un appel à «limiter la menace» de l’IA avec des propositions concrètes.

Cette philosophie préside à la naissance d’OpenAI, structure à but non lucratif, dédiée à un avancement responsable de l’IA et dont les travaux et le code de programmation seront en accès libre.

Sam Altman vend cette idée à Elon Musk, qui investira au moins 38 millions de dollars pour aider à mettre OpenAI sur les rails lors de ses premières années d’existence.

En février 2018, l’entrepreneur d’origine sud-africaine démissionne du conseil d’administration, officiellement pour se concentrer sur Tesla, de plus en plus investi dans l’IA.

Petit doigt

Mais en coulisses, le torchon brûle entre Elon Musk et Sam Altman, le premier s’inquiétant de voir le second transformer les statuts d’OpenAI pour en faire une entreprise commerciale et accueillir des investisseurs.

Dès l’année suivante, l’entreprise en démarrage entame ainsi sa mue, conclue en 2025, son chatbot ChatGPT bouleversant, entre-temps, la planète en novembre 2022.

Après des années de promotion d’une IA humaniste, développée sans attaches financières, Elon Musk brouillera quelque peu son message en lançant xAI, sa propre entreprise en démarrage d’intelligence artificielle, en juillet 2023.

Dans la profession de foi de xAI, puis celle de son robot conversationnel Grok, l’homme le plus riche du monde n’accordera qu’une place limitée aux dangers de l’IA, sans plus évoquer de menace existentielle.

Le fossé se creuse encore entre les deux patrons, l’un devenu sympathisant de la droite dure et proche de Donald Trump, tandis que l’autre garde sa verve pour les investisseurs.

Conflit au Moyen-Orient: attention à la vague de désinformation et d'IA Images recyclées, séquences de jeux vidéo présentées comme des frappes réelles, visuels de combats générés par l’IA : l’attaque américano-israélienne contre l’Iran a déclenché une «guerre des récits» parallèle aux véritables développements militaires au Moyen-Orient.

Peu après, les tensions s’exposent publiquement, Elon Musk passant à l’offensive par réseaux sociaux interposés.

Le patron de SpaceX compare notamment son rival à Littlefinger (petit doigt), personnage de la série «Game of Thrones» connu pour être un manipulateur hors pair.

«C’est parce qu’il veut être celui qui contrôle l’IA la plus puissante», réagit Sam Altman (41 ans aujourd’hui) au sujet d’Elon Musk (54 ans), qui saisit la justice en 2024 pour obtenir le départ de son meilleur ennemi. C’est cette procédure qui va donner lieu à un procès à partir de lundi.

«C’est une lutte entre deux milliardaires définie par leur égo et leur foi dans le fait que le vainqueur contrôlera une nouvelle technologie», résume Darryl Cunningham, auteur d’un livre sur Elon Musk. «Je doute qu’aucun d’entre eux y parvienne.»