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«Même si tu dis non, ils t’envoient des nudes»: 9 adolescentes sur 10 sont touchées par la violence sexuelle en ligne

Pour plusieurs jeunes, ces situations sont devenues presque quotidiennes.

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Australia Passed Social Media Ban for Children Under Age 16 (Brendon Thorne/Bloomberg)

Au Canada, la cyberviolence sexuelle touche une proportion alarmante d’adolescentes. Selon une récente étude du Centre canadien de la protection de l’enfance, neuf adolescentes sur dix de 13 à 17 ans affirment avoir déjà subi une forme de violence sexuelle en ligne.

Quatre adolescentes sur cinq disent avoir reçu des messages à caractère sexuel non sollicités, tandis qu’une sur deux rapporte avoir reçu des photos sexuelles qu’elle n’avait jamais demandées. Ces agressions surviennent le plus souvent en messages privés, principalement sur Snapchat, Instagram et Facebook.

Pour plusieurs jeunes, ces situations sont devenues presque quotidiennes.

«Sur Snapchat, ce sont des personnes qui te demandent des nudes (photos nues) et même si tu dis non, eux, ils t’en envoient», témoigne une adolescente ayant vécu ce type d’expérience.

Une violence encore trop banalisée

Selon Myriam Day Asselin, directrice Expérience client et innovation sociale à Tel-Jeunes, la problématique est davantage dénoncée qu’auparavant.

«On remarque que c’est un peu plus dénoncé. Par contre, les jeunes ne savent pas davantage quoi faire avec ça. C’est même banalisé: on a l’impression que puisque beaucoup de jeunes en reçoivent, c’est devenu la norme. Mais c’est dangereux, parce que ça reste une forme de violence sexuelle», explique-t-elle.

Face à cette réalité, les victimes sont largement unanimes. 93 % d’entre elles estiment que le Canada devrait imposer des lois obligeant les plateformes numériques à prévenir la cyberviolence. Elles croient également que des mesures de sécurité renforcées pourraient réellement changer les choses.

«Les jeunes s’attendent à ce que des mesures soient mises en place. On ne peut pas espérer que toute la responsabilité repose uniquement sur leurs épaules.»

—  Myriam Day Asselin, directrice Expérience client et innovation sociale à Tel-Jeunes.

Peu de signalements

Malgré la gravité des actes, seulement une victime sur cinq a signalé l’agression à la plateforme concernée. La raison la plus souvent évoquée: le sentiment que cela ne mènera à rien.

«Ça ne change rien», affirme une adolescente.

«Moi, je l’ai fait, mais ils ne font rien. Il faut qu’il y ait plusieurs signalements avant que quelque chose se passe.»

—  Témoignage d'une adolescente.

Un besoin criant d’accompagnement

Pour Tel-Jeunes, le manque d’outils et d’information est au cœur du problème.

«Les jeunes s’attendent à ce qu’il y ait des paramètres et des mesures qui les protègent. Il faut faire plus. Ce qu’on voit, c’est qu’ils ont vraiment besoin de savoir quoi faire: comment bloquer quelqu’un, comment porter plainte, comment en parler autour d’eux», souligne Myriam Day Asselin.

La peur du jugement freine aussi la prise de parole.

«Souvent, il y a une crainte que la situation se retourne contre eux, qu’ils se fassent chicaner ou réprimander. C’est pour ça que nous les accompagnons pour leur montrer comment en parler à des adultes de confiance», conclut-elle.

Si vous êtes en crise ou si vous connaissez quelqu’un qui l’est, voici quelques ressources disponibles:

Tel-jeunes(1-800-263-2266, texto 514-600-1002, clavardage)

Jeunesse, J’écoute (1-800-668-6868)

AidezMoiSVP.ca

Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC (1 866 532-2822)