Technologie

L’intelligence artificielle ne rime pas forcément avec «MAGA»

«Il y a plus de régulations sur un sandwich au jambon que vous achetez au coin de la rue que sur l’IA.»

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Un participant porte une casquette « Ultra MAGA » avant un meeting électoral avec l'ancien président américain Donald Trump, absent de la photo, au Fiserv Forum de Milwaukee, dans le Wisconsin (États-Unis), le vendredi 1er novembre 2024. Un participant porte une casquette « Ultra MAGA » avant un meeting électoral avec l'ancien président américain Donald Trump, absent de la photo, au Fiserv Forum de Milwaukee, dans le Wisconsin (États-Unis), le vendredi 1er novembre 2024. (Jim Vondruska/Bloomberg)

Moins régulée qu’un «sandwich au jambon»: là où Donald Trump veut un développement à marche forcée de l’intelligence artificielle, certains de ses partisans les plus convaincus s’avouent beaucoup plus sceptiques, voire franchement inquiets.

Il faut que les conservateurs «se réveillent», juge Amy Kremer, présidente de l’organisation conservatrice Humans First (Les humains d’abord), en déplorant que nombre de parlementaires aient été «achetés» par le secteur.

«Il y a plus de régulations sur un sandwich au jambon que vous achetez au coin de la rue que sur l’IA», s’indigne cette trumpiste de la première heure.

«L’Amérique n’est pas devenue la plus grande nation du monde en laissant des élites privées mener des expériences sur le grand public sans garde-fous ni responsabilité», lit-on dans une récente lettre à Donald Trump, publiée en premier par Axios, initiée par Humans First et signée par une soixantaine de militants, en grande majorité conservateurs.

Parmi eux, Amy Kremer, qui s’active depuis 2016 pour le milliardaire républicain, mais aussi Steve Bannon.

Un modèle d’IA est trop dangereux pour être rendu public, selon ses développeurs Les dirigeants des banques canadiennes et les autorités de régulation se sont réunis le 10 avril dernier pour discuter des risques posés par Claude Mythos Preview, le nouveau modèle d’IA d’Anthropic, que l’entreprise juge si puissant qu’elle a décidé de ne pas le rendre public.

Bannon

Idéologue incontournable de «MAGA» (Make America Great Again), cette mouvance hétéroclite née autour de Donald Trump pendant sa première campagne présidentielle, il a qualifié dans le passé l’IA de «technologie la plus dangereuse de l’histoire de l’humanité».

Les signataires de la lettre encourageaient le président américain à signer un décret obligeant les nouveaux modèles d’IA de pointe à être testés par le gouvernement avant leur sortie.

Las, Donald Trump, sous la pression de grands investisseurs selon la presse, a renoncé à la dernière minute le 21 mai à signer un texte déjà bien dilué, qui ne prévoyait plus que des contrôles facultatifs.

Le milliardaire de 79 ans ne veut pas entraver une technologie qu’il considère comme un attribut de puissance incontournable de l’Amérique, malgré les mouvements de protestation dans tout le pays contre la construction des gigantesques centres de données indispensables à son essor.

Cette révolte, qui se joue des divisions partisanes, rappelle à Megan Mullin les mobilisations locales contre des projets de logement social.

Ruralité

Mais ce qui la rend «unique, c’est la véritable explosion des +data centers+», souligne cette professeure de sciences politiques à UCLA (University of California, Los Angeles), ainsi que leur implantation dans des zones rurales, dotées d’une forte identité locale et qui se sentent déjà «ignorées ou négligées par les politiciens».

Dans cette Amérique rurale très «MAGA», l’installation à marche forcée de gigantesques hangars climatisés, aussi gourmands en eau et en électricité qu’ils sont avares en nouveaux emplois, «active cette rancœur et ce sentiment d’être assiégés», dit-elle à l’AFP.

Donald Trump a largement puisé dans cette colère contre des élites perçues comme lointaines et méprisantes depuis son entrée en politique.

Le républicain a remporté plus de 90% des comtés ruraux des États-Unis lors des trois dernières élections présidentielles, selon le centre de recherches Economic Innovation Group. En pourcentage des votes ruraux, sa part n’a cessé de grimper, passant de 59% en 2016 à 65% en 2020 puis 69% en 2024, a évalué l’institut Pew Research.

Son soutien enthousiaste à l’IA ne suffit pas pour l’instant à aliéner ses partisans les plus dévoués.

Conflit au Moyen-Orient: attention à la vague de désinformation et d'IA Images recyclées, séquences de jeux vidéo présentées comme des frappes réelles, visuels de combats générés par l’IA : l’attaque américano-israélienne contre l’Iran a déclenché une «guerre des récits» parallèle aux véritables développements militaires au Moyen-Orient.

«Prémices»

Amy Kremer garde sa confiance en un président qui selon elle a gouverné jusqu’ici «de manière formidable» et dont «le cœur et l’âme sont avec le peuple».

Cette trumpiste convaincue accable plutôt les entreprises de l’IA et leurs lobbyistes: «Ils ont creusé un fossé autour de la Maison-Blanche», qui empêcherait les inquiétudes de parvenir aux oreilles du maître des lieux.

La chercheuse Megan Mullin, prudente, discerne «les prémices d’une révolte qui fermente contre l’IA», mais juge totalement prématuré de prédire son devenir ou son éventuel impact sur les comportements électoraux.

Le militant Alex Dray, 23 ans, est persuadé que l’intelligence artificielle deviendra rapidement une thématique de premier plan pour les jeunes électeurs, qui s’inquiètent de son impact sur la santé mentale, sur l’emploi et sur le coût de la vie.

Son organisation «Young People’s Alliance» (Alliance des jeunes), qui revendique de travailler autant avec des démocrates que des républicains, a également signé la lettre adressée à Donald Trump, alors qu’Alex Dray lui-même affirme à l’AFP être «en désaccord massif» sur nombre de sujets avec Steve Bannon par exemple.

«Les politiciens ont vraiment, vraiment peur de ce lobby (de l’IA) parce qu’ils ont des tonnes d’argent. Ils savent que s’ils deviennent des cibles, des millions de dollars seront dépensés contre eux» dans les élections, constate-t-il, mais les plus jeunes électeurs finiront par «demander des comptes».