Technologie

L’IA utilisée pour briser la solitude chez des aînés ayant un trouble cognitif

Pauline se présente sous la forme d’un téléphone et est proposée dans plusieurs résidences à travers la province.

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Amical prise 2 Un téléphone de l'entreprise Amical. (Courtoisie via Amical)

Briser la solitude chez les aînés ayant un trouble cognitif grâce à l’intelligence artificielle. C’est l’objectif d’une entreprise de Québec qui a développé un téléphone qui permet à des personnes âgées ayant un trouble cognitif d’avoir une conversation à n’importe quel moment grâce à l’intelligence artificielle.

Fondée en 2024 par Tony Aubé et François-Xavier Ratté, Amical a développé Pauline, un agent conversationnel avec qui une personne aînée vivant avec un trouble cognitif peut discuter grâce à un téléphone.

Amical fondateurs Tony Aubé et François-Xavier Ratté (Courtoisie via Amical)

En entrevue avec Noovo Info, M. Aubé qui a travaillé dans la Silicon Valley pendant plusieurs années, a expliqué que le projet a débuté alors que sa grand-mère était atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle recevait souvent des visites, mais elle se sentait seule alors qu’elle oubliait qu’elle était visitée. «Il y a beaucoup de solitude», indique M. Aubé en parlant également de ce qui a observé dans les résidences.

C’est alors que l’idée de Pauline est entrée en jeu, celle d’un compagnon qui serait disponible pour discuter de n’importe quoi à n’importe quel moment. En pensant aux robots qui sont présents dans certaines résidences, l’idée d’intégrer le compagnon à un téléphone est apparue. Un premier prototype a été développé en une fin de semaine.

Au fil du temps, l’idée s’est développée et un test en milieu réel a été réalisé dans une résidence. Ce test a duré quelques mois et les résultats se sont avérés positifs.

«Ça a fonctionné très très bien.»

—  Tony Aubé, cofondateur d'Amical

Aujourd’hui, Pauline est utilisée dans 70 résidences pour personnes âgées. Le produit n’est pas directement offert aux consommateurs malgré une demande et est seulement disponible pour des résidences pour aînés et des établissements de santé. Toutefois, à long terme, la vente auprès du grand public est envisagée.

Un projet qui attire l’attention

L’IA se présente sous la forme d’un téléphone sans clavier. L’appareil affiche le message «Décrochez pour parler à quelqu’un». Au bout du fil, l’intelligence artificielle demande des questions à savoir comment va la journée notamment. On peut d’ailleurs tester l’IA directement sur le site internet d’Amical. L’IA peut être adaptée en fonction des besoins de la personne et de sa condition.

L’entreprise que l’on a pu voir à l’émission Dans l’œil du dragon a même récemment remporté une bourse de 100 000 $ de la part de l’entreprise AWS Canada dans le cadre de sa participation à l’émission. Une participation qui a permis d’obtenir un investissement de 400 000 $.

La bourse sera utilisée en crédits AWS alors que l’infrastructure technologique est basée sur le système de l’entreprise américaine.

Au moment de l’entrevue avec Noovo Info, M. Aubé avait effectué un passage en France, notamment au congrès VivaTech à Paris afin de présenter le produit.Plusieurs investisseurs se sont également montrés intéressés par le projet au cours des derniers mois.

À long terme, Tony Aubé explique avoir une vision du produit similaire au concept de Jarvis, l’intelligence artificielle et assistant personnel de Tony Stark alias Iron Man dans la franchise Marvel.

Le projet a aussi attiré l’attention sur les réseaux sociaux alors que plusieurs se questionnent sur l’enjeu éthique d’utiliser l’IA dans un tel environnement et avec des personnes aînées. L’entreprise se défend en indiquant qu’elle refuse de cloner la voix d’un proche et que si on pose la question à Pauline, elle va répondre qu’elle est en réalité une intelligence artificielle. Amical met également en avant la notion de «mensonge empathique» dans le cas d’utilisation par une personne atteinte d’Alzheimer.

«Dans le domaine des troubles cognitifs, le mensonge empathique est une notion importante et étudiée. Celui-ci peut être acceptable lorsqu’il apporte plus de bénéfices que d’inconvénients, par exemple en réduisant l’anxiété, la détresse ou certains comportements à risque», explique notamment dans une publication sur les réseaux sociaux Amical.

D’ailleurs, les conversations sont enregistrées et le personnel de la résidence ou les proches d’une personne peuvent accéder aux conversations. Il y a également une alerte qui est envoyée s’il y a quelque chose de particulier qui est détecté dans une conversation. Sur son site internet, l’entreprise précise qu’un résumé est généralement accessible pour une famille.

Une recherche est d’ailleurs en cours à l’Université Laval afin d’évaluer la technologie et ses effets sur les usagers.

L’essor de l’AgeTech

L’intérêt autour d’Amical survient alors que le secteur des technologies du vieillissement est en plein essor. Cette branche porte même un nom: l’AgeTech. Selon Age-Well, un réseau qui rassemble plusieurs acteurs du secteur, un Canadien sur quatre sera âgé de plus de 65 ans d’ici 2035. Le réseau compte plus de 70 entreprises en démarrage du secteur.

Plusieurs projets existent à travers le pays concernant le vieillissement dont certains utilisent l’IA que ce soit une poupée basée sur l’IA pour faire la conversation ou encore un capteur qui détecte et analyse les activités humaines. La réalité virtuelle est également très utilisée.

«En permettant aux gens de vivre plus longtemps dans l’indépendance et la dignité et en meilleure santé, la technologie peut transformer la signification de “vieillir”, tout en allégeant la pression sur le système de santé», a écrit Bridgette Murphy cheffe de la direction d’Age-well dans le rapport d’impact pour l’année 2025 de l’organisation. Dans ce même rapport, on indique également que l’IA ouvre «de nouvelles perspectives».