Les véhicules modernes sont devenus de véritables centres numériques complexes qui surveillent et enregistrent en permanence vos faits et gestes.
Telles sont les conclusions publiées dans un nouveau rapport de la Commission d’éthique en science et en technologie (CEST).
«Nous avons voulu recenser les risques et les défis liés aux véhicules connectés, a déclaré le président de la CEST, Luc Bégin. Les voitures d’aujourd’hui sont essentiellement des ordinateurs sur roues.»
De nombreuses voitures intelligentes ou connectées sont équipées de capteurs, de caméras et de microphones qui collectent des données tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du véhicule.
Ce rapport de 64 pages recense 12 risques majeurs pour la vie privée, notamment en matière de cybersécurité, de géolocalisation et de pratiques d’assurance déloyales.
«La Fondation Mozilla a conclu en 2023 que les véhicules actuels constituaient la pire catégorie de produits qu’elle ait évaluée au chapitre du respect de la vie privée», dit M. Bégin.
Par exemple, les programmes d’assurance «conducteur prudent» surveillent les conducteurs en échange de réductions, mais ils peuvent s’avérer très inéquitables, selon ce dernier rapport.
Les algorithmes informatiques pénalisent souvent les personnes qui conduisent la nuit ou qui traversent certains quartiers, ce qui entraîne une hausse des primes d’assurance pour les travailleurs à faibles revenus. Les entreprises ne divulguent pas la manière dont les clients sont notés, ce qui les empêche de contester une mauvaise note, précise le rapport.
Les données collectées par les véhicules sont stockées sur des serveurs externes gérés par des prestataires tiers. Le rapport indique que chaque point de transfert et de stockage constitue une cible potentielle pour les pirates informatiques, et qu’il existe un manque de transparence quant à la manière dont les données sont protégées.
Cela pourrait même entraîner des problèmes de sécurité dans le pays, souligne M. Bégin.
Le rapport met en évidence une faille de sécurité majeure survenue en 2024. Une fuite massive de données stockées sur des serveurs Amazon (AWS) en 2024 avait exposé les données d’environ 800 000 véhicules électriques du groupe Volkswagen pendant plusieurs mois.
Les données de localisation peuvent être dangereuses entre de mauvaises mains, rappelle M. Bégin.
Le rapport de la CEST soulève des inquiétudes concernant la violence intrafamiliale et le contrôle coercitif. «Cette confidentialité [de l’emplacement d’un refuge pour personne violentée] est mise à mal par les technologies de géolocalisation, y compris les voitures», peut-on lire.
Les chercheurs ont constaté que beaucoup ne sont pas conscients des risques, car seuls environ 7% des consommateurs lisent les conditions générales, qui sont «excessivement longues», vagues et difficiles à comprendre.
«Il règne actuellement une grande opacité autour de cette question, constate M. Bégin. Certes, le client donne son consentement, mais comprend-il toujours pleinement ce à quoi il consent ? Et quelles sont les conséquences potentielles de ce consentement ?»
Le rapport conclut que le modèle classique du consentement individuel est «entièrement inefficace» dans l’écosystème des véhicules connectés.
M. Bégin ajoute que les caméras des véhicules connectés filment également des passants et des passagers qui ignorent qu’ils sont filmés.
Dans certains cas, les données de localisation peuvent être utilisées dans le cadre de procès pénaux. Au début du mois, des procureurs du nord de l’État de New York ont utilisé les données d’un véhicule pour condamner Luciano Frattolin pour le meurtre de sa fille, qui vivait à Montréal.
«On peut y voir un intérêt public, tout comme on peut y voir un risque de surveillance excessive. Tout dépend donc de la manière dont ces données sont utilisées, dit M. Bégin. Pour moi, la question de l’équilibre ne se résume pas à savoir si les avantages l’emportent sur les inconvénients ou les risques. C’est beaucoup plus nuancé.»
Le rapport recommande de renforcer la surveillance gouvernementale, d’améliorer les systèmes de données et de suivre les évolutions internationales afin d’évaluer et de mettre à jour les protocoles.
M. Bégin reconnaît que les voitures connectées présentaient des avantages. Parmi ceux-ci, on peut citer les alertes en temps réel signalant des accidents sur la route, ainsi que le diagnostic des défaillances mécaniques et des pannes afin de prévenir les accidents.
