Confrontés à des inquiétudes croissantes concernant les dangers de l’intelligence artificielle, les grands patrons du secteur ont adopté lundi un code de bonne conduite non contraignant, sous l’œil satisfait de Donald Trump, hostile à toute réglementation obligatoire.
Après une réunion à la Maison-Blanche, le président américain s’est présenté devant la presse pour annoncer l’adoption de principes «contraignants sur le plan moral», dont les contours n’ont pas été précisés, entouré d’une concentration inédite de pouvoir technologique et économique.
Elon Musk (Tesla, X, Grok, SpaceX), mais aussi Dario Amodei (Anthropic), Sundar Pichai (Google), Mark Zuckerberg (Meta) et Jensen Huang (Nvidia) se sont succédé devant les caméras.
Mark Zuckerberg a évoqué des «accords de la Maison-Blanche» et précisé: «Nous avons rédigé un ensemble de principes autour de la mise en place de contrôles internes robustes.»
«Je pense que cette technologie présente de vrais risques», a déclaré pour sa part le patron d’Anthropic, qui a contribué à lancer le débat sur la réglementation de l’IA en appelant récemment à ralentir son développement.
«Le mécanisme sur la manière de faire face à ces risques est encore en discussion», a déclaré Dario Amodei, ajoutant: «Nous devons tous travailler ensemble.»
«Il y aura une très forte dimension d’autorégulation», a insisté Donald Trump, qui ne veut surtout pas entraver le développement de cette technologie face à la concurrence de la Chine.
Le président américain a aussi indiqué, sans donner de précisions, réfléchir à la création d’une «sorte de comité» qui «surveillerait» le secteur.
«Super intelligence»
Il avait déjà assuré auparavant que les grands patrons du secteur voulaient «agir de la bonne manière» et étaient animés par «l’amour» des États-Unis.
Le dirigeant républicain veut aussi signer mardi un document instituant officiellement l’utilisation du terme «super intelligence» plutôt qu’«intelligence artificielle».
Plusieurs incidents de sécurité survenus ces derniers mois et des mises en garde très sombres concernant les dangers que pourrait présenter l’IA pour l’humanité en ont fait un enjeu de campagne à l’approche des élections législatives du 3 novembre.
Selon un sondage publié par CNN, 82% des Américains se disent «inquiets» du rythme de développement de l’IA, ce qui contraste avec l’optimisme affiché par le président américain.
Pour les républicains, ce décalage se révèle inconfortable avant ces élections de mi-mandat, qui pourraient coûter au parti le contrôle du Congrès.
Le chef de file des républicains à la Chambre des représentants, Mike Johnson, est à l’origine de cette importante réunion à la Maison-Blanche.
En compagnie de Donald Trump et des grands patrons du secteur, il a déclaré: «Nous pouvons préserver l’avance de l’Amérique sur nos concurrents et nous pouvons le faire en toute sécurité.»
«Essentiellement de bons usages»
OpenAI avait annoncé lundi renoncer au lancement d’un modèle jugé trop risqué.
Resté à San Francisco, son PDG, Sam Altman, a appelé à une approche «centriste» visant à trouver un équilibre entre deux risques: celui d’une «perte de contrôle accidentelle» et celui d’une «trop grande concentration du pouvoir».
Anthropic, qui développe le modèle Claude, a pour sa part averti dans son prospectus d’introduction en Bourse que ses technologies d’IA pourraient présenter des «risques existentiels pour l’humanité», selon le Financial Times.
Une prise de position de Dario Amodei appelant, à la mi-septembre, à ralentir le rythme de développement de l’IA a été vivement critiquée par les républicains, mais aussi au-delà, bien que Sam Altman (OpenAI), Demis Hassabis (Google DeepMind), Elon Musk et Satya Nadella (Microsoft) l’aient soutenue.
Donald Trump a aussi confirmé mardi son soutien enthousiaste à la construction de centres de données, malgré les protestations locales que ces projets suscitent à travers les États-Unis.
Le Parti républicain redoute de perdre le contrôle de l’une ou des deux chambres du Congrès, composé du Sénat, dont le tiers des sièges sera renouvelé lors des élections de mi-mandat, et de la Chambre des représentants, dont tous les sièges seront remis en jeu le 3 novembre.
Le sujet divise également les acteurs de l’IA, entre ceux qui réclament une intervention publique face aux risques d’un développement sans garde-fous et ceux qui estiment que la sécurité constitue un défi technique relevant de la responsabilité des entreprises.