Lors de la dernière journée de compétition aux Jeux mondiaux des robots humanoïdes à Pékin, un robot de fabrication chinoise a parcouru 100 mètres en 8,64 secondes — soit près d’une seconde de moins que le record mondial d’Usain Bolt. Puis il a littéralement percuté un mur.
Une barrière bleue rembourrée est installée au-delà de la ligne d’arrivée lors de ces jeux, et elle est là parce que, pour les robots humanoïdes, il est plus facile de sprinter que de s’arrêter. Ainsi, les machines franchissent la ligne à pleine vitesse, percutent le rembourrage et s’effondrent souvent au sol.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Des étincelles peuvent jaillir. Parfois, le personnel accourt avec des extincteurs, et les robots sont souvent évacués sur une civière.
Si cela donne l’impression d’une technologie en difficulté, l’analyste technologique Carmi Levy affirme que c’est tout le contraire.
«L’échec fait partie intégrante du processus de développement de technologies de pointe comme la robotique et l’IA. On itère, ça échoue, on comprend pourquoi ça échoue, on améliore la technologie, et on part de là», a-t-il expliqué. «SpaceX fait exploser ses fusées tout le temps, et elles s’améliorent à chaque lancement successif. Ces robots suivent exactement le même plan d’action.»
La deuxième édition des Jeux mondiaux des robots humanoïdes s’est déroulée du 22 au 26 août à l’Oval national de patinage de vitesse de Pékin, un site construit pour les Jeux olympiques d’hiver de 2022. Selon les organisateurs, plus de 2000 robots provenant de plus de 600 équipes et de 16 pays ont participé à des épreuves, notamment la boxe, le soccer, le tir à la corde, le break dance et des tests en situation réelle comme l’assemblage industriel et le pliage de linge. Il y avait même des cheerleaders robotiques, munies de pompons.

Pour vous donner une idée de la rapidité avec laquelle les robots progressent, pensez au saut en hauteur sans élan, où les machines sautent à partir d’une position immobile. Le gagnant de cette année a atteint 3,4 mètres, ce qui est plus haut que la plupart des plafonds. Lors des jeux de l’année dernière, le meilleur résultat obtenu par un humanoïde était de 0,95 mètre.
Le record du sprint a été battu trois fois en cinq jours, à chaque fois par la même machine: Tiangong Ultra, construit par le Centre d’innovation de Pékin en robotique humanoïde. Il a couru le 100 mètres en 9,39 secondes le jour de l’ouverture, en 8,86 en demi-finale et en 8,64 en finale. Il y a un an, lors de la première édition de cet événement, le robot le plus rapide avait terminé la course en 21,50 secondes.
Le record d’Usain Bolt, établi à 9,58 secondes, a été réalisé à Berlin en 2009, bien qu’il ne se soit pas écrasé sur un tapis de sécurité à la fin de la course.
«Cela montre à quel point la robotique a progressé, et tout aussi important, à quelle vitesse la technologie évolue», a rapporté M. Levy. «Il y a un an, lors de cet événement, les vidéos étaient bien moins impressionnantes. Les robots ne pouvaient pas courir tout seuls. Ils avaient besoin de surveillants humains pour les relever lorsqu’ils trébuchaient et les orienter dans la bonne direction.»
La Chine met en valeur ses prouesses en robotique
D’autres épreuves ont donné lieu à des faux pas cette année. Une tentative d’haltérophilie s’est soldée par une chute tête la première, devenant l’une des vidéos les plus partagées de la semaine. Mais bon nombre de robots ont également impressionné, et l’ensemble du spectacle a fait l’objet d’une promotion intensive de la part du gouvernement chinois.
«La Chine ne fait pas cela pour le plaisir. Elle fait savoir au monde entier à quel point elle est désormais puissante en robotique et en intelligence artificielle, et à quelle vitesse sa technologie progresse», a souligné M. Levy. «Il ne s’agit pas d’une sorte d’olympiade technologique. Il s’agit de montrer au monde entier que l’on est une superpuissance technologique.»
«On appelle cela les Jeux mondiaux des robots humanoïdes, mais en réalité, c’est le spectacle de la Chine, et tous les autres ne sont que des figurants.»
— Carmi Levy, analyste technologique Carmi Levy
Selon le China Daily, 641 des 666 équipes présentes aux jeux étaient chinoises. Le pays fabrique environ 85 % des robots humanoïdes dans le monde, et Morgan Stanley prévoit que le marché chinois des robots humanoïdes pourrait à lui seul atteindre 15 milliards de dollars américains d’ici 2030.
Washington en a pris bonne note. En juillet, la Commission fédérale des communications des États-Unis a interdit l’importation de nouveaux robots humanoïdes et quadrupèdes fabriqués à l’étranger, invoquant des risques liés à la cybersécurité et à la chaîne d’approvisionnement. Pékin a qualifié cette mesure de protectionnisme. Ottawa n’a imposé aucune restriction de ce genre.
Quant aux Jeux, tout le monde n’interprète pas ce spectacle de la même façon.
Dans une déclaration à CTV News, Tarek Rahim, chef de la direction et cofondateur de Mirsee Robotics à Cambridge, en Ontario, affirme qu’il ne croit pas que l’objectif de ces robots était de présenter la Chine comme le chef de file incontesté de la robotique de pointe — une interprétation que, selon lui, la plupart des gens ont mal comprise.
Il reconnaît que les fabricants chinois ont réalisé des progrès significatifs en matière de production de masse, et estime que les jeux en valaient la peine si l’objectif était de montrer ce qui est possible et de susciter la curiosité à l’égard de la robotique.
Mais il estime que les machines ne sont pas aussi avancées qu’elles pourraient le paraître. Selon lui, les entreprises chinoises spécialisées dans les humanoïdes visent la production en grande série de robots rapides et à faible coût, conçus principalement pour la recherche universitaire et le divertissement, plutôt que pour des tâches pratiques.

À son avis, la grande majorité des modèles présentés à Pékin n’étaient ni sophistiqués ni bien conçus; il les décrit comme des machines dotées de «quelques dizaines d’actionneurs à faible coût poussés bien au-delà de leurs limites de puissance nominales».
«Un spectacle visuel époustouflant n’est pas synonyme de conception brillante», a avoué Tarek Rahim.
Les entreprises occidentales optimisent leurs produits en fonction d’autres critères : la sécurité, l’utilité et la fiabilité. Elles pourraient construire des robots capables de faire des sauts périlleux arrière ou de courir à des vitesses vertigineuses, mais ce serait dangereux et inutile, d’après l’expert.
«Il y avait d’innombrables exemples de robots qui s’écrasaient, de batteries qui explosaient et d’un mépris imprudent pour la sécurité», a ajouté M. Rahim dans son communiqué. «Pour nous, battre un record du monde ne vaut pas la peine de compromettre la sécurité.»
Un «signal d’alarme» pour le Canada
Mais l’analyse Carmi Levy estime que ces jeux devraient accentuer les inquiétudes quant à un écart croissant en matière d’innovation.
«Cela devrait servir de signal d’alarme pour le secteur canadien de la robotique : d’autres pays font mieux que nous», a-t-il dit. «Nous devons redoubler d’efforts en matière d’investissements, tant sur le plan financier qu’en termes de ressources et de soutien de la part de tous les paliers de gouvernement.»

Quant aux vidéos virales montrant des accidents, M. Levy estime qu’elles donnent une mauvaise impression.
«À première vue, ces vidéos semblent drôles», a-t-il précisé. «Mais il n’y a rien de drôle à ce que la Chine établisse sa domination en robotique et en IA aux yeux du monde entier.»
