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Le nombre de centres de données pourrait exploser au pays dans les prochaines années

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La zone d'Olds, en Alberta, où Synapse Real Estate prévoit de construire un complexe de centres de données doté d'une centrale électrique alimentée au gaz naturel d'une puissance de 1,4 gigawatt, vue le jeudi 4 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Lauren ... La zone d'Olds, en Alberta, où Synapse Real Estate prévoit de construire un complexe de centres de données doté d'une centrale électrique alimentée au gaz naturel d'une puissance de 1,4 gigawatt, vue le jeudi 4 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Lauren Krugel)

Un document rédigé à l’intention du ministre fédéral chargé de l’intelligence artificielle, destiné à être utilisé lors de présentations auprès d’investisseurs internationaux sur l’écosystème canadien de l’IA, fait état d’un projet d’augmentation massive de la capacité des centres de données au Canada.

Mais des porte-parole du gouvernement ont vivement contesté les chiffres présentés, affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une projection de la capacité que le Canada prévoit de construire, et que la capacité totale serait bien inférieure.

Selon le document, le Canada dispose actuellement d’une capacité d’environ 337 mégawatts pour ses centres de données consacrés à l’IA. Les projets «en cours de planification ou de développement» requièrent plus de 20 gigawatts, soit 20 000 mégawatts.

Ce chiffre figurait dans une présentation préparée par un département du gouvernement à l’intention du ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, afin qu’il puisse l’utiliser auprès d’investisseurs internationaux. La Presse Canadienne a obtenu ce document grâce à la loi sur l’accès à l’information.

«L’IA devant se développer massivement dans les années à venir, ce qui saturera les marchés existants, de plus en plus d’investisseurs recherchent d’autres options pour implanter leurs centres de données», indiquait le document.

Cette projection figurait dans un dossier de présentation préparé par le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique à l’intention de M. Solomon, et signé par le sous-ministre délégué Mark Schaan. Un site internet du gouvernement notait que ce document avait été reçu le 8 janvier 2026.

«À la suite de votre demande concernant un bref dossier de présentation sur l’écosystème canadien de l’intelligence artificielle (IA), adapté à une utilisation auprès d’investisseurs internationaux, veuillez trouver ci-joint le document demandé», est-il écrit dans le document.

Un communiqué du cabinet du ministre Solomon indique que ce dernier «n’a utilisé cette présentation ni mentionné le chiffre de 20 gigawatts lors de ses échanges externes, notamment avec les investisseurs ou ses homologues internationaux».

Ces projets s’inscrivent dans un contexte où une opposition à la construction de nouveaux centres de données se fait de plus en plus sentir dans diverses collectivités à travers le pays.

Des projections hasardeuses

Dans une déclaration écrite, le cabinet de M. Solomon a précisé que le chiffre de 20 gigawatts «constituait un aperçu général, à un moment donné, des projets du secteur privé annoncés publiquement ou proposés à travers le Canada. Il regroupait des projets à des stades de développement très différents, allant de premières propositions à des plans plus avancés, et visait à illustrer l’ampleur de l’intérêt du marché à cette époque».

Le communiqué précise que tous ces projets ne seront pas réalisés.

«Ces projets demeurent assujettis à des décisions commerciales, au financement, à la disponibilité de l’électricité, aux approbations réglementaires et à la concertation avec les provinces, les municipalités, les services publics, les communautés autochtones et les collectivités locales, indique-t-il. La majeure partie de cette capacité proposée ne devrait pas se concrétiser, et les projets qui se concrétiseront pourraient être mis en œuvre selon des échéanciers différents ou à une échelle différente de celle initialement prévue.»

La déclaration a également fait référence aux chiffres figurant dans la récente stratégie nationale du gouvernement en matière d’IA.

Voici la nouvelle stratégie d’Ottawa sur l’IA La présidente de l'institut québécois d'intelligence artificielle MILA, Valérie Pisano, discute de la stratégie d’Ottawa en matière d’IA.

«Bien que les estimations varient, les analyses portent à croire que le Canada nécessitera d’ici 2030 jusqu’à 5,5 gigawatts de capacité de calcul pour l’IA afin de répondre aux besoins de ses acteurs commerciaux. Une part importante de cette capacité proviendra des fournisseurs à très grande échelle desservant à la fois les marchés canadiens et internationaux, et le Canada continuera d’accueillir les investissements étrangers qui génèrent des retombées manifestes pour les Canadiens», indiquait cette stratégie.

Une note d’information antérieure destinée à M. Solomon, rédigée en août 2025, avançait un total légèrement supérieur pour la capacité prévue des centres de données.

On pouvait y lire que «la liste proposée de centres de données dédiés à l’IA au Canada pourrait placer le pays en deuxième position au sein du G7, si leur capacité atteignait 22,1 gigawatts, comme il est proposé».

Elle soulignait également qu’une grande partie de cette nouvelle capacité serait destinée aux plus grandes entreprises technologiques américaines.

«Si tous les projets de centres de données dédiés à l’IA proposés étaient menés à bien, le Canada ne serait devancé que par les États-Unis au sein du G7 en ce qui concerne la capacité de traitement, mais une grande partie de cette capacité servirait à soutenir les centres américains de données à très grande échelle.»

Opposition aux projets

L’opposition aux centres de données ne cesse de croître dans les collectivités partout au Canada.

Fin juin, des manifestants se sont rassemblés à Vancouver pour protester contre l’ouverture de centres de données dédiés à l’IA.

Plus tôt dans le mois, le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a opposé son veto à la construction d’un immense centre de données au sud-est de Winnipeg.

Il a invoqué comme raison l’ampleur du projet, affirmant que la consommation d’énergie qu’il entraînerait et son impact sur la communauté l’emporteraient sur les gains limités qu’il produirait. Il a soutenu qu’il s’agissait d’«une menace importante pour l’environnement et d’un bénéfice économique négligeable».

À Olds, en Alberta, les habitants se mobilisent contre un projet de campus composé de dix bâtiments et doté d’une capacité totale de production d’électricité au gaz de 1,4 gigawatt.

Meta, le géant technologique à l’origine de Facebook et d’Instagram, a annoncé mercredi son intention d’implanter en Alberta son premier centre de données d’intelligence artificielle au Canada, et le plus important hors des États-Unis.

Ce projet de plus de 13 milliards $ sera construit dans le comté de Sturgeon, dans la région industrielle du Heartland, au nord d’Edmonton. Le centre de données d’une capacité d’un gigawatt sera alimenté par une centrale au gaz naturel construite par un consortium incluant Pembina Pipeline Ltd, basée à Calgary.

À Hamilton, en Ontario, un projet d’un complexe de centres de données dans le secteur riverain de la ville a suscité une vive opposition de la part des habitants. Une requête en cours d’examen au conseil municipal propose un moratoire sur les nouveaux centres de données.

Lors d’une réunion en juin, les résidents ont exprimé diverses préoccupations, notamment le risque de surcharge du réseau électrique et de hausse des factures d’électricité engendrée par les grands centres de données, ainsi que les nuisances sonores, la pollution de l’eau et la chaleur dégagées 24 heures sur 24 par un centre de données, qui seraient particulièrement ressenties par les quartiers déjà fortement impactés par l’activité industrielle de Hamilton.

Le dossier de présentation préparé en janvier à l’intention de M. Solomon énumère les raisons pour lesquelles le Canada est la «destination de choix pour les nouveaux centres de données» — notamment la présence de six opérateurs de centres de données dans le pays et les crédits d’impôt.

«Le Canada dispose d’un réseau électrique stable, alimenté par des sources d’énergie propres et abondantes à des prix abordables, qui est soutenu par une réglementation cohérente», indiquait le document.

La majeure partie de la capacité des centres de données proposés se situe en Alberta. Le document gouvernemental d’août 2025, classé «commercialement confidentiel», indique que cette capacité ne sera pas alimentée par le réseau électrique.

«La stratégie de l’Alberta en matière de centres de données d’IA vise à attirer 100 milliards $ d’investissements. Les projets à ce jour totalisent plus de 18 gigawatts, qui seraient alimentés par des centrales au gaz naturel», indiquait-il.

«Si ces 18 gigawatts étaient ajoutés et alimentés au gaz naturel, cela pourrait générer 20 millions de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone, soit près de 3 % des émissions totales du Canada en 2023.»

Avec la collaboration de Jordan Omstead à Hamilton, Ian Bickis à Winnipeg et Lauren Krugel à Olds, en Alberta.

Anja Karadeglija

Anja Karadeglija

Journaliste