Les entreprises tardent à fournir des consignes claires à leurs employés sur l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA). Les jeunes travailleurs, pour leur part, n’attendent pas le feu vert de leur patron avant de s’en servir, souvent dans le secret.
C’est le portrait qui se dégage d’un sondage Léger commandé par le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ), dévoilé mardi.
Les deux tiers (66%) des 800 professionnels québécois de moins de 35 ans interrogés jugent que l’encadrement de l’IA dans leur organisation est inexistant ou au mieux informel.
Un peu moins de la moitié, soit 44%, admettent avoir déjà utilisé l’IA sans en informer leurs employeurs, leurs collègues ou leurs clients.
Ces résultats «posent plusieurs enjeux», prévient le PDG du RJCCQ, Pierre Graff, en entrevue. «Évidemment, on pense au risque de sécurité des données.»
«Il faut aussi penser qu’il peut y avoir des enjeux, soit de qualité ou de responsabilité, notamment liés à des hallucinations dont ne se seraient pas aperçus les usagers d’intelligence artificielle», ajoute-t-il.
Les entreprises qui utilisent l’IA doivent également s’assurer de respecter la loi 25 sur la protection des renseignements personnels. Certains éléments touchent directement l’IA.
M. Graff souligne qu’il y a des obligations de divulgation lorsqu’une décision a été prise majoritairement en utilisant l’IA. «Il pourrait y avoir donc des conséquences si on ne respecte pas ce cadre légal là.»
Un outil utile
Le PDG du RJCCQ est loin d’être opposé à l’IA, qui permet de réaliser des gains de productivité. Les entreprises devraient toutefois prendre le taureau par les cornes et encadrer son utilisation. «Laisser une zone grise, ça ne bénéficie à personne.»
«Il faudrait clairement que les entreprises fassent au moins mention qu’elles sont ouvertes à une utilisation éthique et responsable de l’intelligence artificielle», suggère-t-il.
Établir une politique interne ne serait pas si complexe, selon lui. «Il y en a qui sont disponibles d’ailleurs, qu’on peut reproduire facilement.»
En laissant les jeunes à eux-mêmes, les nouveaux employés peuvent donner une fausse impression d’autonomie en s’appuyant sur l’IA, prévient M. Graff. Cette béquille freinerait toutefois le développement de leurs compétences.
Contrairement aux stéréotypes de la recrue exaspérée par le retard technologique de ses collègues plus âgés, près de 40% des répondants se sentent parfois dépassés par la rapidité avec laquelle leur domaine évolue
«Les besoins de main-d’œuvre et ce qu’on attend aussi de ces personnes-là changent énormément», souligne M. Graff.
«Il y a une réelle volonté, chez les jeunes professionnels, d’avoir de la formation, du développement des compétences, notamment en intelligence artificielle», ajoute-t-il.

