MILAN — Deanna Stellato-Dudek affirme qu’il est trop tôt pour parler de sa blessure, qui a failli mettre un terme à son rêve olympique.
Visiblement émue, sa voix tremblait lorsqu’elle a décrit le soutien immense qu’elle a reçu.
« Ces 10 derniers jours ont été un véritable cauchemar, je ne le souhaite à personne », a-t-elle confié. Les médecins m’ont dit que ma convalescence était remarquable.
« J’ai reçu des milliers de messages du monde entier, des gens qui allumaient des bougies pour moi et priaient pour moi, et je crois que c’est ce qui m’a permis d’être là aujourd’hui. »
À 42 ans, Stellato-Dudek s’apprête à devenir la patineuse artistique la plus âgée depuis près d’un siècle à participer aux Jeux olympiques.
La championne du monde de patinage en couple de 2024, avec son partenaire Maxime Deschamps, s’est entraînée pour la première fois aux Jeux vendredi, après s’être cogné la tête sur la glace lors d’un entraînement à Québec le 30 janvier.
Ils participeront à l’épreuve individuelle de couples à partir de dimanche à la patinoire de Milan, après avoir déclaré forfait pour l’épreuve par équipes la semaine dernière.
Hormis le fait de préciser qu’elle n’avait pas de commotion cérébrale, Stellato-Dudek a refusé de donner plus de détails sur la nature de sa blessure ou sur les circonstances de l’accident.
« Je ne vais pas entrer dans les détails, a-t-elle dit. Je n’ai pas encore réalisé ce qui s’est passé. Dès l’instant où l’accident s’est produit, je n’avais qu’une seule obsession: ‘Comment me rendre ici?’ »
« Il me faut du temps pour… digérer ce qui s’est passé avant de pouvoir en parler avec la moindre élégance. »
Lorsqu’un journaliste a insisté auprès de Stellato-Dudek sur la nature de sa blessure, si ce n’était une commotion cérébrale, elle a refusé de répondre.
« Dans tous les pays, il existe des lois qui protègent la vie privée de chacun concernant ses dossiers médicaux, a-t-elle indiqué. Je n’ai pas le droit de connaître les informations médicales personnelles de qui que ce soit, et vous n’avez pas le droit de connaître les miennes. »
« Nous sommes encore en train de digérer tout ce qui s’est passé, et je continue mes exercices hors glace », a-t-elle ajouté.
Stellato-Dudek a bien voulu révéler que, avec Deschamps, elle avait retiré le salto arrière assisté de leur programme court de «Carmina Burana» en raison des risques liés à cette figure.
Cette figure avait fait les gros titres en début de saison, et le duo canadien espérait être la première équipe à l’exécuter aux Jeux olympiques.
« Nous ne voulons rien faire qui puisse compromettre ma santé pour le reste de ma vie, a-t-elle expliqué. Nous voulions simplement éliminer tout risque inutile. En patinage, tout le reste se fait à l’endroit. C’est la seule chose qui se passe la tête en bas. »
Par ailleurs, Stellato-Dudek et Deschamps ont exécuté des sauts, des lancers et des portés lors d’une répétition sur la patinoire d’entraînement située de l’autre côté du stationnement de la patinoire de Milan, vendredi. Les journalistes se pressaient près de la bande pour tenter d’apercevoir son état.
Stellato-Dudek a semblé hésiter lors de plusieurs sauts, notamment son salchow, mais a affirmé se sentir «parfaitement bien» et «comme si de rien n’était».
« Elle est parfaitement normale, je le vois bien », a ajouté Deschamps.
« Si je prenais 10 jours de vacances et que je revenais, j’aurais peur de tout. Mais il y a une citation célèbre d’Eleanor Roosevelt, qui dit qu’il faut faire chaque jour quelque chose qui nous fait peur, a déclaré Stellato-Dudek, qui a précisé par la suite n’avoir passé que trois jours hors de la glace. On a peur, mais il faut surmonter cette peur. C’est tout. Il n’y a pas d’autre solution. »
Cette blessure a mis en péril l’une des histoires les plus inspirantes du patinage artistique.
Originaire de la région de Chicago, Stellato-Dudek, médaillée d’argent aux Championnats du monde juniors en 2000, était pressentie pour devenir la prochaine vedette américaine du patinage individuel féminin lorsqu’une blessure chronique à la hanche l’a contrainte à prendre sa retraite à 17 ans.
Elle est revenue sur la glace 16 ans plus tard et s’est lancée dans le patinage en couple, déménageant au Canada en 2019 pour faire équipe avec Deschamps, près de Montréal.
Deschamps, quant à lui, avait déjà eu huit partenaires et était sur le point d’accrocher ses patins avant de rencontrer celle qui allait le mener à un titre mondial et à une qualification olympique.
Le Québécois de 34 ans, originaire de Vaudreuil-Dorion, a eu le cœur brisé de voir leur rêve « leur échapper » lorsque Stellato-Dudek s’est blessée.
« Mais j’ai toujours cru en Deanna, a-t-il ajouté. Et je me suis entraîné très dur pendant cette période et je l’ai soutenue. »
Les Canadiens, qui en sont à leurs premiers Jeux olympiques, ont été sacrés champions du monde il y a seulement deux ans, mais n’ont pas retrouvé ce niveau depuis. Ils ont terminé cinquièmes aux Championnats du monde de Boston l’an dernier.
Stellato-Dudek a confié avoir été très émotive depuis son arrivée en Italie jeudi avec Deschamps.
« Depuis notre arrivée et la vue des anneaux olympiques, nous avons pris des tas de photos et j’ai pleuré devant tout le monde, a-t-elle avoué. Je suis affreuse sur toutes les photos, mais c’est tellement émouvant d’être ici. Quand j’ai entamé cette aventure en 2016, personne ne m’avait dit que j’irais aux Jeux olympiques.
« Me connaître, c’est savoir que je n’allais pas me laisser faire. »
