Le patineur de vitesse sur longue piste canadien Laurent Dubreuil a lancé un cri d’alarme au sujet du manque de financement du sport amateur canadien et des conséquences que celui-ci pourrait bientôt avoir sur les succès du pays aux Jeux olympiques d’hiver, notamment.
Le Québécois n’a pas caché une certaine amertume, mardi, après avoir paradé sur toutes les tribunes avec sa médaille de bronze acquise au 500 mètres pendant les Jeux de Milan-Cortina. Il a d’ailleurs dénoncé dans une chronique publiée mardi matin dans le ‘Journal de Québec’ et dans celui de Montréal une réalité beaucoup plus glauque, deux jours après la conclusion de ces JO.
Ainsi, plutôt que de rentrer au bercail pour voir ses proches et savourer son triomphe olympique, Dubreuil a choisi de se rendre directement à Heerenveen, aux Pays-Bas, en vue des Championnats du monde de patinage de vitesse longue piste, qui auront lieu du 5 au 8 mars.
Il a ainsi pu épargner sur le coût des billets d’avion reliant Montréal aux Pays-Bas, et s’est installé dans une famille d’accueil pour essayer d’épargner chaque sou disponible. Dubreuil a d’ailleurs qualifié son style de vie lorsqu’il est en compétition de «frugal».
«Il faut que les choses changent. Tant que les athlètes obtiennent de bons résultats, ça camoufle un peu les problèmes, a d’abord mentionné Dubreuil en visioconférence de Heerenveen. Le problème du financement, c’est un petit problème à court terme, mais qui peut en devenir un gros à long terme. Ça n’a pas été un désastre (les Jeux de Milan-Cortina), mais ça n’a pas été nos meilleurs non plus.
«Je ne peux pas parler pour les autres athlètes, des autres sports, car notre fédération est l’une des mieux financées, mais, bien que ça fasse 16 ans que je fais partie de l’équipe nationale, je constate qu’à chaque cycle olympique, il y a moins de fonds disponibles que le cycle d’avant. Et ça n’est pas à cause de nos résultats; on a gagné cinq médailles en Italie, soit le même nombre qu’à Pékin (en 2022).
«Il faut réaliser qu’on s’en va droit dans le mur si ça ne change pas, et que ça n’est pas si facile que ça de trouver des solutions», a résumé le patineur originaire de Lévis.
Dubreuil, qui est âgé de 33 ans, s’inquiète d’ailleurs de la relève dans son sport, surtout que celle-ci ne semble pas en mesure actuellement de pouvoir rivaliser avec l’élite mondiale. Faut-il rappeler que ses collègues, les médaillées olympiques Valérie Maltais et Ivanie Blondin, sont âgées de 35 ans, et qu’elles pourraient bientôt contempler la retraite, elles aussi?
«Chaque athlète aux Jeux olympiques a un premier souvenir d’avoir regardé une idole à la télévision aux Jeux qui l’a inspiré en gagnant des médailles, a expliqué Dubreuil, qui avait remporté l’argent au 1000 mètres aux Jeux de Pékin en 2022. Moi, c’était Marc Gagnon et Jonathan Guilmette (aux Jeux de Salt Lake City) en 2002. Deux Québécois sur le podium, c’était incroyable! Ç’a marqué une génération de patineurs. Mais le but, pour moi, ça n’est pas de gagner des médailles, mais simplement d’inspirer la jeunesse. Si tu as de bons athlètes dans plein de sports, c’est comme ça que tu inspires les jeunes à lâcher la télé et autres applications comme Instagram.»
Pour remédier au problème de financement, Dubreuil a cité en exemple la Norvège, première au tableau des médailles des JO de 2026 avec 41 disques (18-12-11), malgré le fait que ce soit un pays qui compte à peine plus de la moitié de la population du Québec.
«Ils ont instauré une loterie d’État là-bas, dont une partie des recettes est redistribuée dans le sport. Ça pourrait être ça, ou ça pourrait être autre chose, mais ça prend une initiative concrète (pour rehausser le financement des athlètes). Ensuite, on verra les effets se ressentir sur les résultats», a-t-il mentionné.
Entre-temps, le champion du monde sur 500 m en 2021 poursuit sa préparation en vue des Mondiaux.
Dubreuil tentera de causer un autre coup d’éclat sur l’une de ses distances de prédilection, le sprint de 500 m ou de 1000 m. Le principal intéressé a reconnu que l’Américain Jordan Stolz et le Néerlandais Jenning de Boo seront de nouveau les favoris sur ces distances, mais il croit qu’il pourra lutter avec les autres patineurs pour grimper sur la troisième marche du podium.
«Je m’attends à ce que la plupart des meilleurs patineurs au monde soient là, en sprint masculin. (...) Ce sera très relevé, avec Stolz, de Boo, le Polonais Damian Zurek, les trois favoris, et même avec le Chinois Ning Zhongyan... Ce sont tous des prétendants aux médailles, et je devrai battre certains d’entre eux si je veux grimper sur le podium», a-t-il analysé.
Ainsi, bien qu’il ne soit pas aussi bien soutenu financièrement qu’il souhaiterait l’être par le gouvernement canadien, Dubreuil a indiqué qu’il pourra compter sur un soutien indéfectible pendant ces Mondiaux: sa famille. Celle-ci le rejoindra dans sa famille d’accueil — «ça n’est plus une famille d’accueil, a-t-il précisé, mais de véritables amis» — aux Pays-Bas pour l’encourager, car, a-t-il dit, «les billets (pour les Mondiaux) coûtent pas mal moins cher que ceux aux Jeux à Milan».
Alexandre Geoffrion-McInnis, La Presse Canadienne
