Les images de Lindsey Vonn allongée sur la neige, hurlant de douleur, puis évacuée par hélicoptère après sa chute aux Jeux olympiques ont rappelé de manière frappante les dangers de la descente.
Tout comme le fait que ses skis ne se sont pas détachés.
Les chaussures de Lindsey Vonn sont restées fixées à ses skis même après sa chute spectaculaire aux Jeux de Milan Cortina, pointant maladroitement dans différentes directions alors qu’elle glissait jusqu’à s’arrêter, visiblement en proie à une douleur intense.
Il est impossible de savoir si l’athlète aurait subi une blessure moins grave — sa fracture complexe du tibia a déjà nécessité plusieurs interventions chirurgicales — si ses skis s’étaient détachés. Mais cette blessure dévastatrice a mis en lumière l’importance des fixations, qui maintiennent les chaussures aux skis et restent l’une des technologies les plus anciennes de ce sport.
Les responsables ont déclaré à l’Associated Press qu’un système de fixation conçu pour détacher automatiquement les skis lorsqu’un skieur comme Lindsey Vonn perd le contrôle en est encore au stade de la conception après des années de discussions sans issue.
«Malheureusement, il faut parfois des accidents horribles pour mettre encore plus en lumière ce qui peut être fait», a indiqué Sophie Goldschmidt, présidente et directrice générale de l’Association américaine de ski et de snowboard. «C’est un domaine dans lequel nous ne pouvons pas être compétitifs ; nous devons tous nous y atteler ensemble avec nos homologues des différents pays et la Fédération internationale de ski et de snowboard [FIS].»

La conception de base des fixations n’a pas beaucoup changé depuis un demi-siècle : une fois que le skieur a enfilé ses chaussures et les a verrouillées en appuyant sur ses talons, il faut exercer une pression pour que le système libère les chaussures. Les skieurs moins expérimentés ont des fixations qui se détachent plus facilement afin d’éviter les blessures aux jambes ; plus le niveau de compétence est élevé et plus le ski est intense, plus les fixations sont serrées afin de maintenir les skieurs de haut niveau sur leurs skis.
Peu de gens ont été surpris que les skis de Lindsey Vonn ne se soient pas détachés. La question est de savoir s’ils auraient dû se détacher.
Une meilleure fixation envisagée?
Une fixation «plus intelligente» pourrait garantir que «les skis d’un athlète se détachent».
Un système dit «de fixation intelligente», basé sur un algorithme et conçu pour se déclencher automatiquement lorsqu’un skieur perd le contrôle, «aurait certainement» contribué à empêcher Lindsey Vonn de se casser la jambe, selon Peter Gerdol, directeur des courses féminines de la FIS aux Jeux olympiques et sur le circuit de la Coupe du monde.
«C’est exactement ce pour quoi le système sera conçu», a-t-il dit à l’AP. «Ses skis se seraient certainement détachés. ... Nous avons vu beaucoup d’autres cas où les fixations ne se sont pas ouvertes et où cela a entraîné des problèmes au niveau des genoux, en particulier lorsque le ski encore attaché agit comme un levier, que ce soit sur le filet, sur la neige, sur une porte ou sur tout autre obstacle. La jambe se bloque et le genou cède.»
Neuf jours avant son accident aux Jeux olympiques, Lindsey Vonn s’était déchiré le ligament croisé antérieur du genou gauche lors d’une chute à Crans-Montana, en Suisse. Elle avait fini dans les filets de sécurité, ses skis toujours attachés.
Un système de fixation intelligent pourrait emprunter la technologie du système de coussin de sécurité gonflable qui est devenu obligatoire pour les skieurs cette saison dans les épreuves de vitesse.
«Il faudra encore du temps pour le développer, mais l’idée est que la fixation serait déclenchée par le même algorithme qui déclenche le gonflage de l’airbag», a expliqué M. Gerdol. « La talonnière glisserait vers l’arrière et les skis de l’athlète se détacheraient. »
— Peter Gerdol, directeur des courses féminines de la Fédération internationale de ski et de snowboard aux JO et sur le circuit de la Coupe du monde
Dainese et sa société sœur, D-Air Lab, ont passé des années à développer un algorithme permettant aux coussins de sécurité de se gonfler sous les combinaisons de course des skieurs après avoir créé un système similaire pour les courses de moto.
En coordination avec la Fédération internationale de ski et de snowboard, Dainese partage l’algorithme du coussin de sécurité gonflable avec les principaux fournisseurs de fixations tels que Look, Tyrolia, Salomon, Atomic et Marker afin d’adapter la formule pour libérer les skis.
Le déclenchement des skis est potentiellement plus dangereux que le gonflage d’un coussin de sécurité. Les skieurs d’élite sont parfois capables de récupérations spectaculaires après avoir été projetés en l’air et ils peuvent aussi souvent utiliser leurs skis pour freiner avant de heurter les barrières de sécurité.
«C’est un projet très compliqué», a lancé Marco Pastore, représentant de Dainese sur le circuit pour le système du coussin de sécurité gonflable. «Si vous déclenchez une fixation, vous devez être absolument sûr de le faire au bon moment. Pour le coussin de sécurité gonflable, vous pouvez observer les rotations et la position globale du corps. Mais avec les fixations, vous devez examiner comment les pieds bougent, quelle est la trajectoire des skis, ainsi qu’une série d’autres variables.»
Manque de financement
Si la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS) souhaite coordonner le projet, la question de son financement reste en suspens.
«Ce sont des projets très coûteux et, pour être honnête, Dainese n’a pas beaucoup gagné avec les coussins de sécurité gonflable», a rapporté M. Pastore. «Pour l’instant, cela nous coûte de l’argent. Tout le monde veut ces équipements formidables, mais au final, quelqu’un doit les payer.»
Sasha Rearick, entraîneur en chef de l’équipe masculine américaine de ski de 2008 à 2018, se souvient des discussions animées lorsqu’il était responsable du groupe de travail des entraîneurs de la Coupe du monde il y a près de dix ans.
«Le problème, c’est que c’est Dainese qui investit l’argent et qui finance tout», a-t-il mentionné. «Donc, s’ils partagent cela avec les fabricants de fixations, ceux-ci doivent désormais investir massivement, et cela coûte probablement (très cher).»
Rainer Salzgeber, directeur de course en chef, qui participe au projet via Tyrolia, ajoute: «C’est déjà beaucoup.» Il a suggéré une solution plus simple et plus rapide pour les accidents comme celui de Lindsey Vonn: des panneaux de porte qui cèdent.
Markus Waldner, directeur des courses masculines de la Coupe du monde et des Jeux olympiques, a déclaré plus tôt cette saison que la FIS «travaille avec des biomécaniciens et des fabricants pour affiner les normes relatives aux chaussures et aux fixations afin de réduire le risque de prises de carre catastrophiques à grande vitesse».
Peter Gerdol a toutefois suggéré que le projet pourrait prendre entre deux et six ans avant d’être mis en œuvre.
Les skieurs de compétition utiliseront-ils cette technologie?
Pour éviter que les skis ne se détachent, les techniciens de ski resserrent les fixations des skieurs afin qu’elles soient pratiquement verrouillées.
Leo Mussi, technicien de ski pour les skieurs américains Bryce Bennett et Sam Morse, a déclaré qu’il réglait les fixations de ses skieurs à une pression de 200 kg (440 livres), soit plus du double de ce dont sont capables les fixations vendues dans le commerce.
Le skieur autrichien Marco Schwarz a subi une grave blessure au genou lors d’une chute en décembre 2023 pendant la descente de Bormio. Ses skis ne se sont pas détachés lorsqu’il a glissé dans le filet de sécurité.

«C’est difficile à dire», a-t-il dit à propos de la question de savoir si le détachement des skis l’aurait sauvé de sa blessure, et il n’est pas sûr de vouloir changer les choses.
«Le mieux est de rester simple», a-t-il ajouté. «Je ne veux pas trop insister sur la technologie.»
Nina O’Brien, une Américaine qui a dû subir quatre opérations après une horrible fracture ouverte aux Jeux olympiques de Pékin en 2022, a déclaré qu’elle ne reprochait aucun problème d’équipement pour sa chute et a félicité son technicien.
«Peu importe si j’ai porté les skis ce matin-là, si je les ai détachés et si je suis allée prendre un café», a-t-elle lancé. «Quand je les remets, il les vérifie pour s’assurer qu’ils sont parfaits.»
Rendre le ski plus sécuritaire
Le système d’airbags a été testé pour la première fois sur le circuit de la Coupe du monde en 2013 et ce n’est que cette saison qu’il est devenu obligatoire pour les épreuves de vitesse de descente et de super-G. Entre-temps, certains skieurs ont affirmé que les coussins de sécurité gonflable nuisaient à leur aérodynamisme, étaient inconfortables à porter ou pouvaient même causer des blessures.
Les questions de sécurité sont devenues plus pressantes récemment lorsque le skieur italien Matteo Franzoso est décédé à la suite d’un accident lors d’un entraînement de pré-saison au Chili.

«Malheureusement, il faut toujours qu’un événement grave se produise pour que les gens se disent: “Non, il faut faire quelque chose”», a soutenu Sasha Rearick.
C’est également la première saison où un sous-vêtement résistant aux coupures est obligatoire pour toutes les épreuves de la Coupe du monde et des Jeux olympiques.
Il y a encore beaucoup à faire en matière de sécurité. Alors que le système de fixations intelligentes est en cours de développement, Sasha Rearick, aujourd’hui directeur de l’Apex 2100, une académie internationale de ski à Tignes, en France, a suggéré de se pencher sur les combinaisons de course.
«Fabriquons une combinaison en un seul matériau pour tout le monde, qui soit un peu plus chaude, un peu plus lente et résistante aux coupures», a-t-il conclu. «Cela rendra ce sport beaucoup plus sûr pour tout le monde.»
