Jesse Marsch a toujours insisté auprès de ses joueurs sur l’importance du calme et de la concentration.
Ce message de l’entraîneur-chef du Canada a porté ses fruits jeudi lors d’un match de Coupe du Monde de la FIFA riche en émotions.
Deux cartons rouges. Une blessure grave. Six buts. Un stade bruyant, rempli par plus de 52 000 partisans déchaînés.
Le Canada a su naviguer à travers tout cela et a écrasé le Qatar 6-0 à Vancouver, obtenant ainsi sa toute première victoire en Coupe du monde masculine.
«De manière générale, c’était un match très intense émotionnellement, différent de tout ce que nous avons pu vivre jusqu’ici, a admis Marsch vendredi. Je suis très fier de l’équipe qui a su gérer ces émotions tout en restant concentrée sur l’objectif.»
Il a ajouté que les aspects mentaux qui ont permis cette performance exceptionnelle pourraient devenir plus difficiles à maîtriser au fil du tournoi, et a souligné que l’équipe suscitera probablement un intérêt accru dans les jours et les semaines à venir.
«Maintenant, tout le monde est partisan de soccer canadien après cette victoire de 6-0, a indiqué Marsch. Mais nous allons essayer de garder notre calme et de nous concentrer sur notre objectif.»
Si Marsch a souvent parlé de concentration et de sérénité ces dernières semaines, la victoire de jeudi est le fruit d’années de travail acharné, sur et en dehors du terrain, a affirmé le gardien Maxime Crépeau.
«Nous devons aussi avoir confiance en notre préparation, ce que nous avons fait, a-t-il dit. Nous avons beaucoup travaillé ensemble ces deux dernières années. Jesse est arrivé, a imposé son style de jeu, et nous avons tous adhéré à ses exigences. La victoire d’hier en est la preuve.»
Cette victoire a battu de nombreux records.
Le plus grand nombre de buts jamais marqués par une équipe de la CONCACAF en Coupe du monde. La plus large victoire d’une équipe hôte depuis 1978, année où l’Argentine avait battu le Pérou 6-0. L’attaquant Jonathan David est devenu le premier joueur du pays hôte à inscrire un triplé depuis l’Anglais Geoff Hurst en 1966.
Crépeau a permis au Canada de réaliser son premier blanchissage du tournoi, une victoire que Marsch a qualifiée de relativement facile.
«La présence de Max a été cruciale hier. Mais soyons honnêtes, il n’a pratiquement rien eu à faire, a dit l’entraîneur-chef. Je ne crois pas qu’on ait vu une performance aussi dominante dans l’histoire de la Coupe du monde. C’est la vérité. Je pense que notre équipe en tirera beaucoup de confiance, et Max aussi.»
Le Canada a dominé la possession du ballon à 65 % et a tiré 33 fois au but contre seulement deux pour le Qatar, qui n’a cadré aucun tir.
Crépeau a admis avoir dû prendre une décision en fin de match, lorsqu’il a récupéré un ballon au milieu du terrain. Des milliers de partisans canadiens vêtus de rouge ont alors scandé «Tire!».
Interrogé sur la possibilité de tenter sa chance, le gardien a souri.
«Je vous jure, j’avais le petit diable qui me disait “Vas-y!” et le petit ange qui me disait “Fais une passe et retourne en arrière”, a-t-il raconté. J’ai entendu la foule et je me suis dit “Non, je ne le ferai pas.”»
L’ambiance survoltée du BC Place a été quelque peu refroidie en début de deuxième demie lorsque le milieu de terrain canadien Ismaël Koné s’est effondré sur la pelouse après un tacle par-derrière. Sa jambe gauche a été fracturée à deux endroits.
Koné a été opéré à Vancouver jeudi soir et devrait se rétablir complètement, mais il est forfait pour le reste du tournoi.
Il a été remplacé sur le terrain par son ami de longue date, Nathan Saliba, qui a marqué six minutes plus tard sur coup franc et a célébré son but en formant un huit avec ses doigts, le numéro de Koné.
«Cette capacité à se concentrer sur le jeu tout en rendant hommage à un coéquipier blessé montre à quel point cette équipe canadienne est spéciale, a illustré Marsch. Je connais le caractère de cette équipe et de chacun de ses membres, et cela ne me surprend pas. Mais je suis toujours impressionné par leur esprit d’équipe et leur solidarité.»
Après le match, le premier ministre Mark Carney a visité le vestiaire canadien et s’est adressé aux joueurs pour leur parler de la façon dont leur performance reflétait les valeurs du pays, surtout compte tenu de la blessure de Koné.
C’était un discours émouvant», a affirmé Crépeau.
«C’était un véritable moment de fierté canadienne, a-t-il ajouté. Son message était sincère. Il a vraiment surpris beaucoup de joueurs, et l’émotion était palpable, car il venait du cœur.»
Le Canada tentera de poursuivre sur sa lancée mercredi lors de son dernier match du groupe B contre la Suisse à Vancouver.
Les deux nations comptent quatre points chacune, mais le Canada devance la Suisse grâce à un meilleur différentiel de buts (plus-6) et prendrait la première place en cas de victoire ou de match nul.
Terminer au premier rang du groupe B permettrait au Canada de disputer un match de seizièmes de finale à Vancouver, où Marsch a déclaré avoir vécu jeudi «la meilleure ambiance sportive qu’il ait jamais vue».
«C’était un véritable atout, et ce sera essentiel pour poursuivre notre parcours», a-t-il affirmé.
L’enthousiasme des partisans canadiens a ajouté une motivation supplémentaire à la soif de victoire de l’équipe, a ajouté l’entraîneur.
«Il y a de l’émotion, mais je pense qu’il est primordial de rester concentré sur l’essentiel : les matchs et les adversaires, a rappelé Marsch. Bien sûr, nous savons que l’enjeu est important, mais je pense qu’ils apprennent maintenant à le gérer de la bonne manière et à améliorer sans cesse leurs performances.»

