Jan Maracewicz voulait exprimer sa frustration face aux coûts exorbitants de la Coupe du monde de cette année. Alors qu’il brandissait une pancarte à Exhibition Place dénonçant la «cupidité» de la FIFA, ce retraité a été arrêté et accusé d’intrusion.
«Je pense que j’avais le droit d’exprimer mon opinion. Ce n’était pas vulgaire, c’était pacifique, ça n’incitait pas à la violence», a-t-il expliqué lors d’une entrevue avec CTV News Toronto.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News
Cet homme de 64 ans affirme qu’il adore ce sport et qu’il avait assisté au tournoi précédent au Qatar avec sa conjointe de fait, ce qui leur avait coûté 50$ par billet. Lorsque les billets ont été mis en vente pour la première fois pour les matchs de Toronto en décembre, les billets les moins chers étaient des places de catégorie 3 pour le match Ghana-Panama, au coût de 195$ par place. Les billets pour assister au premier match à domicile du Canada variaient entre 1300$ et 3035$.
Plusieurs partisans ont confié à CTV News que ces prix exorbitants les empêchaient d’assister aux matchs, les visiteurs de l’extérieur de la ville soulignant que les coûts supplémentaires liés à l’hébergement et aux vols représentaient un fardeau financier trop lourd.
«C’est un sport que le monde entier adore depuis, bon sang, plus d’un siècle», a rapporté M. Maracewicz. «Il a toujours représenté tout le monde. Et tout à coup, il n’est plus accessible qu’aux gens qui ont de l’argent. La classe ouvrière, les gens aux revenus modestes, les retraités, etc., qui pourraient eux aussi aller voir un match, mais cela leur coûterait, disons, leurs économies. Ils doivent établir des priorités.»
Le retraité a donc décidé de faire part de son opinion en prenant un morceau de tissu blanc sur lequel il a griffonné «FIFA=GREED» à la peinture bleue. Il raconte s’être tenu plusieurs fois avec cette pancarte près de la place Nathan Phillips et à proximité de l’entrée du Festival des partisans de la FIFA, où quelques passants ont exprimé leur soutien à son message.

«J’espérais, vous savez, faire passer le message», a-t-il dit. «Si on n’a pas d’argent, pourquoi devrait-on sacrifier tant d’autres choses juste pour y aller parce qu’on aime le soccer?»
Avant le match Irak-Sénégal à Toronto, M. Maracewicz s’est mis avec sa pancarte entre l’entrée de la station GO et le stade de Toronto. Il explique qu’il s’était déjà rendu à cet endroit à deux reprises auparavant sans problème, mais que cette dernière fois, il a été abordé par des agents de sécurité.
«Je me tenais au même endroit, probablement pendant environ 15 ou 20 minutes, quand tout à coup, deux agents de sécurité se sont approchés de moi et m’ont dit: “Vous devez partir avec cette banderole. Vous n’êtes pas censé manifester”», a-t-il raconté. «Je ne manifeste pas, j’exprime simplement mon opinion, c’est un espace public… J’ai tout à fait le droit, dans ce pays, d’exprimer mon opinion.
M. Maracewicz a vu d’autres personnes près de l’Exhibition Gate manifester pour diverses autres causes, sans rapport avec la FIFA ou la Coupe du monde, mais n’avoir vu personne d’autre se faire interpeller. Il affirme au contraire avoir été arrêté par la police, «traîné» hors de la zone, puis relâché après avoir été accusé. D’après le procès-verbal d’infraction qu’il a reçu, examiné par CTV News Toronto, M. Maracewicz a été accusé d’intrusion sur une propriété – pour y être entré et y avoir mené une activité interdite – et doit payer 65$.

«Ils (les policiers) m’ont dit que j’étais interdit d’accès aux lieux (Exhibition Place) jusqu’au 7 juillet», a-t-il ajouté.
La police de Toronto a confirmé à CTV News Toronto que M. Maracewicz avait été arrêté puis relâché en vertu de la Loi sur l’intrusion sur une propriété le 26 juin.
«L’incident s’est produit sur le terrain d’Exhibition Place, et non sur une propriété publique», a expliqué l’agente Stephanie Miceli dans un communiqué envoyé par courriel. «Les agents agissaient sous l’autorité du propriétaire des lieux après que l’individu eut reçu l’ordre de quitter les lieux et eut refusé d’obtempérer.»
Les droits d’un manifestant
Si M. Maracewicz est libre de s’exprimer comme il l’entend, un avocat a toutefois précisé à CTV News Toronto qu’il n’était pas libre de le faire où bon lui semble.
«Lors d’un événement sportif, voire de presque tous les événements sportifs, les exploitants des lieux bénéficient d’une protection juridique en vertu de la Loi sur l’intrusion sur une propriété (Trespass to Property Act) ici en Ontario», a mentionné Gavin Tighe, associé chez Gardiner Roberts.
«Ils ont toute autorité pour contrôler l’accès, refuser l’entrée, émettre des avis d’intrusion afin de faire partir les personnes qu’ils jugent perturbatrices; celles qui restent sur leur propriété après avoir reçu l’ordre de partir peuvent, en effet, tout à fait faire l’objet d’une expulsion par la police et de contraventions», a-t-il précisé.
Le fait que M. Maracewicz se trouvait aux abords d’Exhibition Place, une propriété appartenant à la ville, n’y change rien non plus, puisqu’il s’agit d’une propriété privée, selon l’avocat.
«Quand on pense à Exhibition Place, il faut payer pour y entrer. Ils ont le droit de vous faire payer; vous ne pouvez pas dire: “Non, désolé, c’est un bien public, j’ai le droit d’y entrer gratuitement”», a-t-il dit. «C’est un événement public, mais ce n’est pas un bien public; c’est donc une situation très nuancée.»
Même dans un espace public, Me Gavin Tighe affirme que le comportement des manifestants est «quelque peu restreint». «On ne peut pas faire tout ce qu’on veut. Si on commet un acte illégal dans un espace public, on peut tout de même être arrêté», a-t-il précisé.
Quant à M. Maracewicz, il a déposé une plainte auprès de la police.

