Une équipe de France «sans Français». L’ex-premier ministre conservateur espagnol Mariano Rajoy a déclenché un tollé en France, dimanche à deux jours de la demi-finale de Coupe du monde contre l’Espagne, de même qu’un sévère recadrage par son successeur socialiste Pedro Sanchez.
Au cœur du scandale, une tribune publiée dans le média El Debate, dans laquelle l’ancien chef du gouvernement (Parti populaire, conservateur) livre son analyse sur l’équipe de France, prochain adversaire de la Roja.
Il y écrit que la France dispose d’«un effectif de très haut niveau», toutefois «sans Français».
Dans un message sur le réseau social X, Pedro Sanchez a dénoncé ces «déclarations xénophobes».
«Il y en a qui mesurent encore l’appartenance par le nom de famille, le lieu de naissance ou la couleur de peau. D’autres la mesurent par l’attachement à un pays et la volonté d’y contribuer», a déclaré Pedro Sanchez. «France, on se retrouve en demi-finale. Que le meilleur gagne et que le racisme perde», a-t-il conclu.
En France, après les insultes racistes proférées par une sénatrice paraguayenne contre le capitaine Kylian Mbappé, les réactions ont été extrêmement vives dans la classe politique.
«C’est un festival d’attaques racistes contre notre équipe de France», a déploré le social-démocrate Raphaël Glucksmann, eurodéputé et probable candidat à la présidentielle.
«Nous sommes extrêmement fiers que la France soit un pays républicain, une nation civique et qu’être Français, ce n’est pas une couleur de peau, une origine, ce n’est pas une religion, c’est bien plus que cela», a-t-il ajouté sur BFMTV.
«L’équipe de France ne comprend que des Français» car «la France n’est pas une nation ethnique (...), c’est une nation politique rassemblée autour de la devise républicaine. N’en déplaise à la droite raciste», a abondé Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, quand son homologue du Parti communiste français, Fabien Roussel a dénoncé un «racisme crasseux».
«Obsessions et insultes racistes»
Des membres du gouvernement français ont aussi réagi.
«À chaque victoire des Bleus, les mêmes obsessions et insultes racistes ressurgissent. Ce ne sont pas des “dérapages”. C’est une haine méthodique et banalisée de la France et de ce qu’elle est», a tancé la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, invitant la Fédération française de football (FFF) à engager des «poursuites».
Sa collègue Aurore Bergé (Lutte contre les discriminations) a elle critiqué des «dérapages racistes répétés». «Il est temps qu’ils cessent et que le sport redevienne du sport : un lieu où on est jugé sur son talent et sur aucun autre critère».
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a estimé pour sa part que cette déclaration était «absolument inacceptable».
La sortie de l’ancien dirigeant espagnol, dont le gouvernement avait chuté en 2018 sur fond de poursuites pour financement illégal de son parti, a aussi fait réagir en Espagne, outre Pedro Sanchez.
Le ministre des Transports, Oscar Puente, a qualifié l’ancien chef du gouvernement d’«idiot post-franquiste», n’ayant selon lui jamais été «modéré».
L’ambassade de France à Madrid a aussi réagi sur les réseaux sociaux : «tous les joueurs de l’équipe de France sont français. Sur les 26 joueurs, 23 sont nés en France. Les trois qui sont nés à l’étranger sont également français».
