⚽ Coupe du monde

Les pauses d’hydratation suscitent une vague de critiques à la Coupe du monde

«Ils ont marqué, puis, peut-être 30 secondes plus tard, le jeu s’est arrêté. Ça a donc brisé leur élan.»

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Uruguay's Agustin Canobbio cools off during a hydration break in a World Cup Group H soccer match against Saudi Arabia in Miami Gardens, Fla., Monday, June 15, 2026. (AP Photo/Lynne Sladky) Uruguay's Agustin Canobbio cools off during a hydration break in a World Cup Group H soccer match against Saudi Arabia in Miami Gardens, Fla., Monday, June 15, 2026. (AP Photo/Lynne Sladky) (Lynne Sladky)

Les partisans de Curaçao se sont déchaînés. Les Allemands étaient sous le choc.

Livano Comenencia avait marqué un but pour la plus petite nation en termes de population à s’être jamais qualifiée pour la Coupe du monde, face à l’Allemagne, quadruple championne du monde.

Avec un score de 1-1 à Houston, un renversement de situation historique semblait possible.

C’est alors qu’est survenue la pause d’hydratation.

Curaçao a perdu l’initiative, concédant deux buts avant la mi-temps dans ce qui s’est finalement soldé par une défaite de 7-1 face aux Allemands.

«En fait, j’ai eu de la peine pour eux», a confié l’ancien attaquant anglais Alan Shearer au balado The Rest is Football. «Ils ont marqué, puis, peut-être 30 secondes plus tard, le jeu s’est arrêté. Ça a donc brisé leur élan.»

Les nouvelles pauses d’hydratation de la FIFA au milieu de chaque demie — une nouveauté pour cette Coupe du monde — ont été introduites pour aider les joueurs à composer avec la chaleur estivale aux États-Unis, au Canada et au Mexique.

Mais les critiques affirment qu’elles ont des conséquences imprévues, qu’elles brisent le rythme du match et qu’elles donnent aux entraîneurs l’occasion de renverser la tendance en faveur de leur équipe grâce à des ajustements tactiques.

Bien que le bien-être des joueurs soit une préoccupation réelle, les températures devant dépasser les 90 °F (32 °C) dans les stades les plus chauds de la Coupe du monde, certains affirment que les pauses d’hydratation ne sont qu’un prétexte pour les diffuseurs afin de diffuser des publicités au milieu du match.

«On est en Amérique, non? Alors, c’est comme un temps d’arrêt», a soutenu l’ancien international irlandais Roy Keane dans The Overlap, un balado qu’il coanime avec Gary Neville, son coéquipier de longue date à Manchester United. «On aime le soccer pour le rythme du match… ce que ça fait, c’est interrompre le déroulement du match, briser l’élan.»

Une occasion pour les entraîneurs de se concerter avec les joueurs

Plutôt que de se contenter de permettre aux joueurs de s’hydrater, les entraîneurs profitent de l’occasion pour transmettre des consignes tactiques en cours de match, ce qui ne serait normalement pas possible. Et les premiers résultats indiquent que cela porte ses fruits.

«On peut profiter de la pause pour dire aux joueurs ce qu’ils doivent améliorer, ce qui est bien ou ce qu’ils devraient mieux faire», a expliqué l’entraîneur des Pays-Bas, Ronald Koeman. «On peut donc l’utiliser de différentes façons à son avantage, et c’est ce que nous ferons.»

Dans huit des 16 premiers matchs, des buts ont été marqués dans les 10 minutes suivant la pause de réhydratation.

Curaçao ne s’est jamais remis de la reprise du match contre l’Allemagne.

Le Maroc en a fait les frais contre le Brésil au New Jersey, après avoir dominé le match dès le début et marqué juste avant la première pause. Moins de 10 minutes après la reprise du jeu, le score était à égalité grâce au but égalisateur de Vinicius Junior.

Le Canada, les États-Unis, l’Australie, l’Écosse, la Suède et l’Iran ont tous profité de buts marqués peu après la pause.

Les cartes de dynamique de jeu ont montré comment les matchs ont basculé après ces nouvelles interruptions de jeu.

Les pauses d’hydratation ont également une incidence sur l’expérience des partisans présents dans les stades. La première pause du match de mardi entre l’Irak et la Norvège, à Foxborough, au Massachusetts, a été accueillie par des huées de la foule.

Les pauses seront mises en œuvre quelles que soient les conditions météorologiques

Les arbitres interrompent les matchs à la 22e minute de chaque mi-temps, et les joueurs disposent de trois minutes pour se réhydrater.

La FIFA a stipulé que les pauses auraient lieu quelles que soient les conditions météorologiques, le lieu ou l’emplacement, ce qui signifie que le match Espagne-Cap-Vert disputé lundi à Atlanta a été interrompu bien qu’il se déroule sous un toit et dans un stade climatisé.

L’instance dirigeante a expliqué que cette mesure visait à «garantir des conditions équitables pour toutes les équipes, dans tous les matchs».

L’entraîneur de l’Espagne, Luis de la Fuente, a déclaré que ces pauses se justifiaient dans des conditions de chaleur «extrême», mais s’est demandé si elles étaient nécessaires à chaque match.

«On fait une pause, on se rafraîchit, puis on continue. Demain, quand la température dans ce stade sera fraîche, ces pauses ne seront peut-être pas si nécessaires, mais nous devons respecter les règles», a-t-il dit.

L’entraîneur de la Norvège, Staale Solbakken, partageait cet avis. «Je peux le comprendre quand c’est comme ça a été le cas à Greensboro (en Caroline du Nord), où il faisait 35 degrés (95 Fahrenheit) et où il faisait vraiment chaud, avec une certaine vibration dans l’air – dans ce cas, je pense que c’est justifié. Mais sinon, je n’aime pas ça. Je pense que c’est inutile», a-t-il ajouté.

Les diffuseurs enchaînent sur des publicités

Outre l’impact sportif sur les matchs, ces interruptions ont été critiquées pour nuire au spectacle offert aux partisans, les diffuseurs profitant de l’occasion pour insérer des pauses publicitaires.

Aux États-Unis, Fox passe immédiatement à des publicités pendant les pauses d’hydratation. Telemundo, un diffuseur américain de langue espagnole, ne le fait pas.

Contrairement aux sports professionnels américains comme le baseball, le basketball et le football américain, les pauses publicitaires ne sont pas courantes au soccer, sauf pendant la mi-temps.

«Chaque fois qu’on passe à la publicité, c’est un peu… ce n’est pas vraiment quelque chose que j’apprécie», a déploré le capitaine des Pays-Bas, Virgil van Dijk, qui a regardé des matchs de la Coupe du monde à la télévision avant que les Néerlandais n’entament leur campagne par un match nul de 2-2 contre le Japon. «Je pense que pour les téléspectateurs neutres, ce n’est pas génial non plus.»

L’entraîneur de la France, Didier Deschamps, a toutefois affirmé qu’il s’agissait là de l’évolution du soccer.

«Ce ne sont pas deux demies, mais plutôt quatre quarts-temps que nous avons. C’est ce qui a été décidé et les joueurs ainsi que les entraîneurs s’adaptent donc à cette nouvelle réalité», a-t-il dit

On ignore si la FIFA mettra en place des pauses d’hydratation lors de toutes les futures Coupes du monde, mais la Fédération anglaise de soccer a indiqué qu’il était peu probable que cette mesure soit appliquée lors du Championnat d’Europe, qui sera organisé par le Royaume-Uni et l’Irlande en 2028.