Il est peut-être en train de mener le Canada vers un parcours historique en Coupe du monde de la FIFA, mais le sélectionneur Jesse Marsch n’est pas prêt à commettre l’erreur typiquement canadienne de présenter des excuses.
L’entraîneur américain sait qu’il a essuyé des critiques pour avoir déclaré aux médias qu’il s’attendait à ce qu’Alphonso Davies joue un rôle important lors du match de groupe de mercredi, puis pour avoir affirmé après la défaite de 2-1 contre la Suisse que son latéral gauche vedette n’était pas prêt à jouer.
Il s’en fiche.
«Certains se demandent pourquoi j’ai utilisé Alphonso comme leurre. Mais enfin, c’est la Coupe du monde!», a déclaré Marsch jeudi avant l’entraînement du Canada.
«Ce n’est pas un match amical. C’est une compétition où nous voulons saisir le moindre avantage. Même un avantage de deux ou trois pour cent, qui oblige l’adversaire à réfléchir un peu plus, nous voulons qu’il soit obligé de le faire. Je ne vais donc certainement pas m’en excuser.»
Le Canada continuera de rechercher des avantages tout au long du tournoi, a ajouté le sélectionneur.
Et il s’attend toujours à ce que Davies, qui se remet d’une blessure aux ischiojambiers depuis début mai, soit de la partie.
Le joueur vedette du Bayern Munich, âgé de 25 ans, pourrait être titulaire pour un autre match historique du Canada dimanche, a indiqué Marsch.
Malgré sa défaite face à la Suisse mercredi, le pays coorganisateur a terminé deuxième du groupe B, se qualifiant ainsi pour son tout premier match à élimination directe en Coupe du monde masculine.
Les Canadiens affronteront l’Afrique du Sud, deuxième du groupe A, en seizièmes de finale à Los Angeles.
L’Afrique du Sud a décroché sa toute première place en phase éliminatoire de Coupe du monde en créant la surprise en battant la Corée du Sud 1-0 mercredi.
Beaucoup s’attendaient à ce que les Coréens dominent ce match, a déclaré Marsch.
«Ce que l’on voit en l’Afrique du Sud, c’est une équipe très physique, très athlétique dans les espaces ouverts, et qui a actuellement une grande confiance en son jeu. J’ai été impressionné par eux lors de ce match, a-t-il admis. Au final, force est de constater que l’Afrique du Sud a mérité ce résultat. Ils ont été la meilleure équipe et ils vont nous donner du fil à retordre.»
Le défenseur Alistair Johnston dînait en famille pendant le match Afrique du Sud-Corée du Sud.
Il a consulté le pointage de temps à autre sur son téléphone, mais il supposait déjà savoir qui lui et ses coéquipiers de l’équipe nationale allaient affronter à Los Angeles.
«On avait tous vu les différentes possibilités. La Corée semblait favorite, a-t-il dit. Du coup, je n’y ai pas trop prêté attention. Et puis, on apprend que l’Afrique du Sud a marqué un but, qu’ils ont bien défendu et qu’ils ont réussi à gagner.»
Johnston admet qu’il n’a pas encore étudié en profondeur les Bafana Bafana, mais il sait qu’ils seront une menace.
«Il y a une raison pour laquelle on les affronte. Ils ont terminé deuxièmes de leur groupe, c’est donc une équipe très forte», a-t-il dit.
«Ce sera un bon match. Je pense que ce sera un match ouvert. Je pense que ce sera un match entre deux équipes qui aiment courir et jouer en transition, a-t-il ajouté. Il y aura beaucoup de talent sur le terrain, et je pense que ce sera non seulement un bon match pour les spectateurs neutres, mais aussi, je l’espère, un très bon match pour les partisans canadiens. »
Le fait que le match à élimination directe ne se joue pas à domicile est toujours une déception.
Une victoire ou un match nul contre la Suisse aurait permis au Canada de remporter le groupe B et de disputer un match de seizièmes de finale à Vancouver le 2 juillet.
Ces dernières semaines, les partisans canadiens se sont mobilisés autour de l’équipe, remplissant le BC Place et le stade de Toronto, passant des heures devant les hôtels de l’équipe pour encourager les joueurs, transformant les rues en véritables marées d’amateurs enthousiastes vêtus de rouge.
«Évidemment, nous voulions rester au Canada, jouer devant nos partisans et profiter de toute cette énergie, a avoué Marsch. Mais c’est aussi une grosse pression mentale pour notre équipe. Avec toute cette foule en ville, à l’hôtel, c’est un peu le cirque. On a vraiment apprécié, mais je pense que ce départ nous permettra de prendre du recul et d’aborder la situation avec plus de sérénité, et de nous concentrer pleinement sur le match.»
L’ambiance est complètement différente de tout ce que le programme a connu jusqu’ici, a dit Johnston.
«Depuis le premier jour, on a toujours dit qu’on voulait développer le soccer au Canada, a déclaré l’arrière droit vétéran de 27 ans. Et le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de gagner des matchs dans les grands tournois. On est en phase éliminatoire contre une équipe qui sera très difficile à battre, mais on est convaincus que si on joue à notre meilleur niveau, on peut leur poser beaucoup de problèmes. Ensuite, ce ne seront plus que 90 ou 120 minutes, et on verra bien.»

