Les partisans des Canadiens de Montréal sont les plus bruyants et les plus passionnés de toute la Ligue nationale de hockey. C’est du moins ce que clament plusieurs personnes. Et «la fièvre tricolore» ne fait que s’intensifier alors que le CH enchaîne les gains en séries éliminatoires et se rapproche de la Coupe Stanley.
Les joueurs des Canadiens ressentent tout cet engouement. Le défenseur Noah Dobson, blessé au début des séries, avait déclaré qu’il avait «hâte de revenir au Centre Bell» après avoir raté les rencontres à domicile contre le Lightning.
«C’est la meilleure ambiance de la ligue. À cette période de l’année, il n’y a pas d’endroit comme celui-ci», a ajouté Dobson, originaire de Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard.
Des joueurs des équipes adverses, dont Tage Thompson des Sabres, qui a remporté une médaille d’or avec l’équipe américaine de hockey aux Jeux olympiques d’hiver de 2026, ont admis qu’il pouvait être difficile de maîtriser ses émotions lorsqu’on joue devant des partisans montréalais qui crient et chantent.
«C’est un défi, c’est certain. L’ambiance était bruyante. On sent l’énergie et on sent qu’ils en tiraient leur élan», a mentionné Thompson aux journalistes après la victoire des Canadiens lors du troisième match de la série dimanche soir dernier.
Les experts attribuent cet enthousiasme aux 117 ans d’histoire de l’équipe — la plus ancienne de la Ligue nationale de hockey — et à la façon dont elle s’est imbriquée dans l’histoire du Québec.
«Montréal est une ville de hockey», affirme Nicolas Moreau, professeur de sciences sociales à l’Université d’Ottawa et auteur du livre Le Canadien de Montréal : une légende repensée.
M. Moreau explique que, historiquement, les partisans se sont ralliés à l’équipe au XXe siècle pour célébrer leurs héros locaux, qui étaient les meilleurs au monde. C’était à une époque où les tensions étaient vives entre anglophones et francophones, et où certains avaient le sentiment que les Canadiens anglophones et les Américains avaient toujours le dessus.
«Les Canadiens français, en général, ne connaissaient pas de succès aussi évidents… il n’y avait pas de grandes réalisations économiques ou culturelles. Les Canadiens ont donc comblé un vide. Le succès est venu grâce à eux», a raconté M. Moreau.
Il affirme que le climat géopolitique actuel est similaire, car de nombreux Montréalais et Canadiens se rallient à la cause des Canadiens ce printemps.
«En remportant des matchs sur le sol américain, en accueillant ici une équipe des États-Unis et en la battant, c’est en quelque sorte une revanche symbolique contre la domination économique que le Canada pourrait subir à cause des droits de douane américains», a ajouté M. Moreau.
Il a ajouté que même si chaque équipe est composée de joueurs canadiens et américains, «cela n’a pas d’importance; ils portent le maillot des Canadiens».
Bien que les Canadiens soient l’équipe la plus titrée de la ligue, cela fait plus de trois décennies qu’ils n’ont pas remporté la Coupe Stanley. Les partisans en ont clairement envie, explique Benoît Melançon, professeur de littérature française à l’Université de Montréal qui a écrit trois livres sur le Bleu-Blanc-Rouge.
Il affirme qu’il y a quelque chose de naturel dans cette frénésie — surtout après un long hiver — mais ajoute qu’il existe une «boucle de rétroaction» où l’on dit aux partisans qu’ils sont les meilleurs et les plus bruyants, et ils veillent à être à la hauteur de cette réputation.
«Il y a un très fort sentiment d’identité, et cela ne vient pas de l’extérieur — cela vient des Canadiens eux-mêmes», explique M. Melançon. «L’équipe marketing dit: “Regardez, nous sommes Montréal.”»
Selon M. Melançon, c’est «le bon moment pour s’investir» dans l’équipe.
La plupart des joueurs sont là pour rester, dit-il, ce qui renforce l’enthousiasme qui semble particulièrement fort cette année, et plusieurs d’entre eux sont originaires du Québec.
«Historiquement, les joueurs des Canadiens restaient à Montréal pendant très, très longtemps», se souvient-il, faisant référence à d’anciennes vedettes telles que Jean Béliveau et Maurice Richard, qui sont restés dans l’équipe pendant toute leur carrière de joueurs, remportant plusieurs Coupes Stanley.
M. Moreau est d’accord, affirmant: «Cela fait aussi longtemps que nous n’avons pas eu une équipe aussi passionnante, avec de jeunes joueurs capables de créer des occasions.»
Même ceux qui fréquentent les centres d’aide aux personnes en situation d’itinérance ne manquent pas de suivre les matchs le soir, pariant sur le score final et encourageant leurs joueurs préférés.
Il n’est pas étonnant que le hockey occupe une place particulière dans le cœur des Montréalais et qu’il rassemble la ville, explique M. Moreau. Le sport peut aider à «forger un lien social qui transcende la société, en réunissant des personnes très différentes et en mettant de côté, l’espace d’un instant, nos différences économiques et sociales».
Mais M. Moreau précise que cet effet est généralement de courte durée.
«Ensuite, ce sera la Coupe du monde», a-t-il conclu.
