On va se le dire : l’odeur enivrante de coupe Stanley qui flottait autour du Centre Bell et du Canadien depuis l’élimination du Lightning de Tampa Bay et des Sabres de Buffalo a été remplacée par celle bien moins agréable de l’élimination et des vacances qui en découleront.
Des vacances qui commenceront dès vendredi si le Tricolore et les «Canes» jouent comme ils l’ont fait mercredi soir alors que le Canadien a été blanchi 4-0.
Un score qui ne reflète pas vraiment l’allure du match. Du moins pour les Hurricanes. Car n’eut été des trois, cinq, sept arrêts magistraux effectués par Jakub Dobes, ce n’est pas quatre, mais cinq, six et pourquoi pas huit buts que la Caroline aurait multipliés.
De son côté, le Canadien méritait pleinement le jeu blanc qu’il a encaissé tout autant que l’impatience, le sarcasme et les huées qui ont remplacé, en fin de match, les Olé! Olé! Olé! qui faisaient pourtant vibrer le Centre Bell avant la partie.
Grand héros du printemps qui porte son nom depuis 16 ans déjà, Jaroslav Halak avait pourtant fait sa part pour soulever la foule. Flambeau porté bien haut d’une main, panneau d’arrêt rebaptisé Dobes dans l’autre main, Halak a ravivé les souvenirs heureux de 2010.
Des souvenirs qui l’ont replongé tout droit au printemps qui a marqué sa carrière.
«C’était sensationnel, a-t-il assuré avec un large sourire accroché au visage lorsque je l’ai croisé près du vestiaire du Canadien après la rencontre. Pendant un instant, je me suis revu sur la patinoire. J’ai ressenti les mêmes émotions que je vivais lorsque je me tenais devant le filet avant les matchs disputés devant nos partisans» a ajouté le gardien qui avait fait le voyage de Boston, où il vit aujourd’hui avec sa famille, vers Montréal expressément pour transporter le flambeau.
Ce qui était si bien parti a toutefois rapidement dégonflé, chaviré, déraillé.
Et je ne fais pas seulement référence ici au fait qu’Alexandre Sylvestre et Diane Bibeau ont perdu la note et le rythme dans l’interprétation de l’hymne national américain.
Je fais plutôt référence à la piètre qualité du jeu offert par tous les joueurs qui portaient le chandail du Canadien à l’exception de Jakub Dobes et de son adjoint Jacob Fowler qui devait craindre de se retrouver derrière une équipe qui jouait aussi mal.
«Dobie et le seul joueur qui s’est présenté ce soir», a lâché avec grand dépit Lane Hutson qui en a encore eu plein les bras mercredi soir.
«Shoot the Puck!»
Déployant avec des surdoses d’efficacité, d’agressivité et de rapidité l’échec avant qui les caractérise, les Hurricanes n’ont pas seulement contenu le Canadien. Ils l’ont ridiculisé.
Avant qu’ils ne marquent le premier des trois buts qu’ils ont enfilé en 167 secondes (2 min 47 s) en fin de première période, les « Canes » avaient déjà obtenu trois excellentes occasions de marquer. Des occasions dont les joueurs du Canadien leur ont fait cadeau à grands coups de passes ratées, de rondelles perdues, de sorties de zone bousillées.
Loin de déployer une trappe défensive qui ternissait le hockey, il y a un quart de siècle, les Hurricanes se défendent avec une telle agressivité que c’est beau de les voir aller.
Bon! C’est moins beau pour les partisans du Canadien qui vivent les mêmes déceptions, voire frustrations que les partisans des Sénateurs et des Flyers ont vécues en première et deuxième ronde, mais c’est beau quand même.
Et c’est surtout très efficace.
Après une période, le Canadien s’était contenté de deux tirs de plus (cinq) que le nombre de buts marqués par les Hurricanes.
En troisième, le Canadien s’est contenté de trois tirs au but alors que leurs rivaux en ont obtenu 19. Et ces trois tirs sont venus sur le tard.
Et ils ont été ovationnés avec une bonne dose de sarcasme.
Un sarcasme qui a monté d’un cran lorsque les partisans ont ovationné Jakub Dobes qui a réalisé que ce que ses coéquipiers ont été incapables de réaliser toute la soirée : une sortie de zone.
Un sarcasme qui a atteint un niveau rarement vu au Centre Bell lorsque les «fans» ont scandé des «Dobes! Dobes! Dobes!» quand Nikolaj Ehlers a frappé la barre horizontale alors que le gardien du Canadien avait été rappelé au banc à la faveur d’un sixième attaquant.
«Ce n’est pas plaisant d’entendre ce genre de réactions de la part des partisans. Et ils n’avaient pas tort», a reconnu l’entraîneur-chef du Canadien en ajoutant que la seule manière d’affronter un tel châtiment et de se dresser devant la critique. De se tenir bien droit et de faire face à la musique.
Trop peu, trop tard?
Entre les première et troisième périodes, le Canadien a connu quelques bonnes séquences en période médiane. Rien pour raviver les espoirs de victoire dans les gradins du Centre Bell. Rien pour faire suer le gardien Frederik Andersen qui a facilement fait remonter son taux d’efficacité dans la série qui l’oppose au Canadien.
Mais juste assez pour se demander si Martin St-Louis n’aurait pas dû effectuer les nombreuses permutations apportées à ses trios dès le début du match plutôt que d’attendre en début de deuxième.
Je sais! C’est très facile et un brin opportuniste de lancer une telle question après la partie.
Mais après avoir vu ses joueurs s’enliser en zone défensive face à des Hurricanes trop vites, trop forts et trop efficaces lundi soir, il est clair que Martin St-Louis, qui pense toujours deux, trois, cinq coups d’avance, avait déjà mis sur papier les solutions de rechange apportées en début de deuxième.
D’où la pertinence de se poser cette question. Surtout que l’étincelle recherchée a été obtenue... du moins en partie puisque le Canadien a obtenu 10 de ses 18 tirs cadrés.
Il est normal qu’un entraîneur-chef fasse confiance aux joueurs, aux trios d’attaquants et duos de défenseurs qui ont permis à son équipe de se rendre en finale d’association.
Mais parfois, de petits changements peuvent avoir de gros impacts.
Avec un recul de 1-3 dans la finale de l’Est, est-il trop tard pour croire que de tels changements pourraient relancer le Canadien?
Martin St-Louis a ricané lorsqu’un collègue lui a souligné que lui et son équipe étaient toujours en vie. Contre des Hurricanes qui n’ont perdu qu’une fois en 12 matchs depuis le début des séries, des Hurricanes qui viennent de les battre trois fois de suite, Martin St-Louis pouvait difficilement promettre une remontée historique.
«Il faut commencer par un match. Un seul. J’ai vécu ce genre de remontée trois fois comme joueurs. Et ce que je peux dire aux gars, c’est que de l’autre côté de ça, c’est incroyable!»
Si les Hurricanes n’étaient pas aussi rapides et efficaces dans toutes les phases du jeu, il serait plus facile de croire aux chances des joueurs du Canadien de se rendre de «l’autre bord» d’une telle situation.
Surtout que les petits gars de Martin St-Louis semblent avec les jambes très lourdes, les épaules endolories et les piles à plat après 17 rencontres dont sept se sont décidées en prolongation.
Mais Mike Matheson avait un message à livrer à tous ceux et celles qui afficheraient des doutes ou pis encore qui auraient déjà lancé la serviette.
«La seule chose qui compte, c’est la confiance qui règne dans ce vestiaire et qui nous anime. Si on avait écouté tout ce qui se dit autour de l’équipe, nous n’aurions pas atteint les séries l’an dernier et nous ne serions pas en finale de l’Est cette année.»
Bien prêt à acheter cette profession de foi de Matheson à l’égard de son équipe et de ses coéquipiers.
Mais un fait demeure: ça sentait bien plus les vacances que la coupe Stanley dans le vestiaire après la défaite de mercredi.






